« Bella Ciao » : la lente digestion des luttes par le capitalisme

Le capitalisme est dans son rôle lorsqu'il s'accapare un chant de révolte tel que « Bella Ciao » pour le vider de sa substance. C'est un système comparable au système digestif humain, dont la fonction est d'évacuer la forme lorsque le fond n'est plus.

Aujourd'hui, qui connait encore « Bella Ciao » ? et en saisit l'histoire et la portée ? Une poignée de gauchistes érudits perdus dans le vide libéralisé. La reprise de cette chanson par l'industrie n'est donc rien d'autre qu'un avis de décès, une notification qui fait ding dans la longue rubrique nécrologique des idéaux humanistes.

Et c'est notre faute si nos luttes sont devenues réductibles à des refrains, des slogans poussiéreux, des punchlines dont on a oublié le sens. La résistance n'est pas un musée, et un beau jour, même le plus noble des combats devient déposé à la Sacem ou imprimé sur des t-shirts H&M.

Alors, faut-il être amer ? Peut-on s'indigner ? Doit-on empêcher un artiste industriel de s'accaparer une chanson révolutionnaire ? La réponse est non, bien sûr. On n'entretient pas la résistance avec du formol. La récupération capitaliste n'est pas une stratégie, c'est un oubli, une excrétion.

Il existe des milliers de combats plus actuels, plus urgents que celui des désherbeurs de rizière italiens du XXième siècle, que - soyez-en sûrs - vous n'entendrez pas sur la FM. Il suffit de tendre l'oreille.

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