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Billet de blog 2 mars 2009

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Barouf à Roissy

Alerter les passagers d’un vol international qu’ils vont voyager avec un étranger raccompagné manu militari et contre son gré dans son pays d’origine est l’une des activités des membres du Réseau Education Sans Frontières (RESF), quand toutes les tentatives en vue de la régularisation de son séjour ont échoué. Dimanche 1er mars, il s’agissait d’un jeune père marocain qui veut vivre en France auprès de sa femme et de leurs deux fillettes. Histoire des démêlés d’une famille avec la loi et les préfets.

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Alerter les passagers d’un vol international qu’ils vont voyager avec un étranger raccompagné manu militari et contre son gré dans son pays d’origine est l’une des activités des membres du Réseau Education Sans Frontières (RESF), quand toutes les tentatives en vue de la régularisation de son séjour ont échoué. Dimanche 1er mars, il s’agissait d’un jeune père marocain qui veut vivre en France auprès de sa femme et de leurs deux fillettes. Histoire des démêlés d’une famille avec la loi et les préfets. Aéroport Charles de Gaulle, le 1er mars à midi. Deux membres du RESF viennent d'être interpellés. Ils informaient les passagers du vol Paris-Casablanca de 12h55 des conditions de l'expulsion de monsieur A.: celui-ci serait entravé, menotté, bâillonné. C'est la première fois, selon RESF, que la police répond ainsi à une information des passagers. Au commissariat du terminal 2F, après les avoir dûment informés des graves peines qui les menacent (à lire en fichier joint), on propose à leur signature un procès-verbal leur reprochant la «destruction (sic) de tracts». A 13h, les deux membres de RESF sont libérés. Ils seront convoqués au tribunal de police pour «distribution de tracts dans un lieu public», selon le nouveau procès-verbal qui leur a été remis et qu'ils ont aussi refusé de signer.En 2005, monsieur A. épouse au Maroc une jeune femme qui vit en France depuis l’âge d’un an. Ayant gardé la nationalité marocaine, elle est titulaire d’une carte de résident, valable 10 ans. Quelque temps après le mariage, elle rentre en France, où vit toute sa famille, afin de faire une demande de regroupement familial, démarche imposée par le CESEDA, le code de l’entrée et du séjour des étrangers et demandeurs d’asile. En attendant l’aboutissement d’une procédure longue et tatillonne, elle fait des aller-retour entre la France et le Maroc. Des enfants naissent, Maria puis Amina. En mars 2008, lassé d'attendre un regroupement familial qui ne vient toujours pas, plus de deux ans après son mariage, monsieur A. vient en France avec un visa de trois mois. A l’expiration du visa, il décide de rester auprès de sa famille. Il est alors rapidement interpellé à son domicile. Après les procédures d’usage, conduit à l'aéroport pour être expulsé, il refuse d’embarquer – ce qui lui vaudra une condamnation à un mois de prison. Quelques jours plus tard, des policiers se présentent à son domicile en lui demandant de les suivre « pour des formalités administratives à la préfecture ». L'après midi même, il est monté dans l'avion. Craignant une nouvelle condamnation pour refus d'embarquement, il se laisse ramener au Maroc. Deux mois plus tard, on est à la fin de l’été 2008, il est de retour auprès de sa femme et de leurs filles, cette fois-ci en clandestin. La situation n’est pas simple : l’épouse, qui touche une allocation de parent isolé, ne prévient pas la Caisse d’Allocations Familiale (CAF) de son retour, ce qui, à ses yeux, reviendrait à le dénoncer. Le climat absurde d’insécurité dans lequel vit cette famille entraîne des tensions, allant au moins une fois jusqu’aux violences, rapportées dans une main courante. Et quand il est de nouveau interpellé début février 2009, alors qu’il accompagne sa fille à l’école, la situation dérape. En effet, les actes visant à priver une femme de son époux et deux enfants de leur père s’accompagnent d’une campagne de dénigrement et de calomnies. Citons le RESF : ‘’Il est plus confortable d’expulser quelqu’un qu’on a au préalable sali… Certains hauts fonctionnaires ne s’en privent pas, ça leur soulage la conscience. Le préfet et les membres du cabinet du ministre l’ont fait avec ardeur, prenant l’air entendu, citant complaisamment un rapport de police, procédant par sous-entendus, insinuant, se fondant sur des ragots démentis… Toute une vilaine entreprise de démolition maîtrisée. On reste pantois devant ces procédés : ces très hauts fonctionnaires, polytechniciens, énarques, préfets qui se veulent l’élite font leur miel des trous de serrure. (…) S’il y avait eu délit, c’était à la justice de sanctionner. Ce n’est pas à l’administration de décider d’une peine arbitraire et disproportionnée (le bannissement) pour un délit qui n’existe pas. (…) Si madame A. a commis une faute vis-à-vis de la CAF, qu’on la poursuive en justice ! Pourquoi s’acharner sur son mari et ses enfants ?’’ La jeune femme s’explique sur tout cela dans la lettre ci-dessous. ‘’Je suis l’épouse de monsieur A. Mon mari a vécu la prison, aujourd’hui c’est la rétention. Mais ce n’est pas assez pour un homme qui refuse d’abandonner sa famille, il est menacé de reconduite à la frontière. Il est accusé de violence, un prétexte trop facile mais idéal aux yeux des autorités dans le but de dénigrer, de rabaisser et d’humilier mon mari et ma famille, mais encore de crédibiliser des actes déplorables et inadmissibles. Pire, afin de s’accorder le droit de briser à volonté une famille ! Arracher un homme à sa femme, un papa à ses enfants : y a-t-il une violence pire que celle-ci ?Visiblement nous n’avons pas tous la même notion de ce qu’est la violence.Mon mari est sans papiers mais pas sans sentiments, cela ne fait pas de lui un sous-homme et encore moins un criminel.Il serait violent mais cela n’a pas empêché le juge puis le préfet (qui soit-disant cherchent à me protéger) de me conseiller d’aller le rejoindre et vivre au Maroc avec mon mari. Cette prétendue violence n’intéresserait-elle plus personne hors du territoire français ??Mon mari est victime d’une politique d’affligeance et de diffamation !!! La violence, c’est à quatre personnes qu’elle est faite, c’est à Maria, à Amina et à moi. Nous cherchons tous les quatre protection contre cette violence-ci. On ne peut pas en vouloir à un mari qui ne cherche qu’à assumer ses responsabilités de père, qui veut vivre et protéger sa famille.Il a, depuis son arrivée en septembre 2008, vécu dans la crainte d’une nouvelle séparation d’avec nous. Il me disait sans cesse : ‘’ce n’est pas ma situation de sans-papier et de manque de liberté qui me chagrine le plus, mais ma peur d’être arraché à vous une nouvelle fois, je ne pourrai pas le supporter.’’ Aujourd’hui, le ministre me reproche de ne pas avoir déclaré à la CAF vivre avec mon mari. Comment pourrais-je faire une telle déclaration à des services qui me demanderaient l’identité de mon mari, alors que ma seule crainte était de perdre une nouvelle fois ce dernier ? On ne peut pas m’en vouloir d’avoir cherché à protéger le père de mes enfants. N’importe qui en ferait autant. Mais si j’ai bien compris, la protection, selon les autorités, c’est arracher un homme à sa famille et mettre en péril tous ses membres.Qui peut adhérer à de telles idées ???‘’Monsieur A. a une épouse qui est française de langue, de culture et pourrait l’être de papiers si elle s’en était souciée, le couple a un logement, deux enfants dont une scolarisée, et il a une promesse d’embauche. Et il serait expulsé ? --Dimanche 1er Mars / 16h25Dernières nouvelles : monsieur A., une nouvelle fois, a refusé l'embarquement ... il est maintenant acquis qu'il n'est pas parti ... il sera présenté de nouveau devant un juge… La suite des évènements devrait être ici .Martine et Jean-Claude Vernier--Pour consulter la liste des billets : Thème du blogPour être informé par courriel de la mise en ligne des nouveaux billets de Fini de rire, on peut s’inscrire via ce site.

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