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Billet de blog 9 août 2009

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Cachez ce pauvre, cachez cet étranger que je ne saurais voir

Nous poursuivons la chronique en pointillés de la maltraitance institutionnelle des pauvres et des demandeurs de protection que notre accueillant pays ne se résout pas à traiter dignement. Deux cents familles logées-délogées au Nord de Paris. S’agirait-il d’alimenter l’adage « il n’y a pas de place pour eux » ?

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Nous poursuivons la chronique en pointillés de la maltraitance institutionnelle des pauvres et des demandeurs de protection que notre accueillant pays ne se résout pas à traiter dignement. Deux cents familles logées-délogées au Nord de Paris. S’agirait-il d’alimenter l’adage « il n’y a pas de place pour eux » ?

Extraits d’un appel du Réseau Education Sans Frontières (RESF) de Saint Denis (93) du mercredi 5 août 2009 :

"Voici déjà quatre mois que 200 familles (la moitié sans-papiers) avec enfants scolarisés sur Paris (9éme, 10ème, 11ème, 17ème, 18ème, 19ème et 20ème) et Saint-Denis, logées dans le quartier de la Plaine-Saint-Denis (93) par le Samu social de Paris, dans deux résidences hôtelières, se sont constituées en collectif pour lutter contre un transfert forcé, massif et sans motif valable vers d’autres hôtels de la région parisienne aux conditions de vie déplorables. Contrairement aux multiples hôtels où les familles ont séjourné (parfois 10 changements d’hôtel en seulement une année !), ces résidences contemporaines du Stade de France sont salubres et permettent aux familles de mener une vie normale (chambres avec coin cuisine et sanitaires) dans l’attente de leur régularisation administrative et/ou d’un relogement pérenne. Le comité de soutien (RESF Saint-Denis, DAL, coordination 93, FCPE, MRAP, MECI, RSL) et les délégués des familles ont rencontré maintes fois le sous-préfet de Paris afin qu’une issue allant dans l’intérêt des enfants soit trouvée. Jusqu’à présent les pouvoirs publics ont fait la sourde oreille aux revendications des familles : le maintien dans ces résidences en attendant la tenue d’une table ronde avec toutes les parties concernées pour discuter du relogement définitif de toutes les familles avec au préalable la régularisation des sans-papiers.

(…)

Dans peu de temps, tous les résidents se retrouveront en situation de squat. Le Samu a profité des vacances scolaires et de l’absence d’un grand nombre de soutiens pour mettre son plan à exécution. Ils s’en sont pris, le contraire nous aurait étonné, aux familles les plus vulnérables, à commencer par les sans-papiers. De peur de voir leurs demandes de régularisation compromises, cinq familles ont cédé, il y a quelques jours, aux menaces (…). Elles ont été transférées à Saint-Ouen L’Aumône dans le Val d’Oise, loin des écoles où sont scolarisés depuis deux-trois ans leurs enfants et surtout loin de leurs soutiens."

Nouveau message, samedi 8 août (extraits)

"Plus d’une centaine de familles des résidences hôtelières de la Plaine Saint Denis ont occupé vers 10h le siège du Samu dans le 12ème. A notre arrivée pas de flics, portail grand ouvert (coup de chance, il était en panne ce jour-là) et effet de surprise pour ceux qui depuis quatre mois refusent toute communication avec les familles. Au bout d'une heure de tintamarre, une délégation de six personnes (DAL, RESF, quatre délégués) a été reçue par [la] directrice du Samu social de Paris, assistée d'un de ses collaborateurs. [Elle] nous a rappelé, pour des raisons de sécurité, la dangerosité de la présence d'enfants dans leurs locaux."

Suit le rappel des constats du collectif sur les conséquences sociales, psychologiques, scolaires (y compris la fermeture de cinq classes à St Denis !) qu’aurait le déplacement massif des 120 enfants de ces 200 familles, et le sentiment d’une "volonté politique d'empêcher la stabilisation des familles sans-papiers sur notre territoire et de les isoler".

A l’issue de la discussion, la direction du Samu a accepté la proposition d'une réunion avec la sous-préfecture de Paris, le Samu et les familles aux alentours du 20 août, et s'est engagée à geler temporairement tous les transferts jusque là .

Attendons la suite.

On peut critiquer les méthodes du SAMU social, lui attribuer des intentions inavouables, ou même faire le rapprochement avec les persécutions, et déplacements répétés de groupes de Rroms sédentaires.

Mais le fond des choses est qu’en Ile de France, il n’y a pas assez, mais pas du tout assez de logements de transition vers des logements sociaux, eux aussi très insuffisants. Patience ! Tout cela va bientôt s’arranger , annonce le secrétaire d’Etat au Logement.

Quant au "traitement" plutôt surprenant de ces familles, là aussi tout va bien, c’est la secrétaire d’Etat à la Famille qui l’a assuré le 26 mai dernier à Genève devant un comité d’experts de l’ONU : la politique d'immigration française est "humaine et responsable, exemplaire en matière d'éthique".

Martine et Jean-Claude Vernier

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