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Billet de blog 9 oct. 2009

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Collectifs de sans-papiers, syndicats, associations, trois approches pour une même lutte

La fermeture de la loi crée les sans-papiers : des gens qui ont choisi de venir, qui sont là, et qui veulent rester malgré la difficulté à se faufiler dans les minces ouvertures qu’elle leur laisse. De nombreux groupes et réseaux luttent pour obtenir un séjour légal pour les travailleurs, les étudiants et les familles qui souhaitent continuer à vivre en France. Si tous sont mus par un désir de justice et de dignité, chacun à ses origines et ses méthodes.

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La fermeture de la loi crée les sans-papiers : des gens qui ont choisi de venir, qui sont là, et qui veulent rester malgré la difficulté à se faufiler dans les minces ouvertures qu’elle leur laisse. De nombreux groupes et réseaux luttent pour obtenir un séjour légal pour les travailleurs, les étudiants et les familles qui souhaitent continuer à vivre en France. Si tous sont mus par un désir de justice et de dignité, chacun à ses origines et ses méthodes.

Bien des étrangers sont venus pour travailler, envoyés par leur famille ou leur village gagner ici de quoi les faire vivre là-bas. La loi est ainsi faite qu’il faut être là depuis dix ans (et le prouver) pour avoir une chance d’obtenir un titre de séjour. Alors, s’ils ne l’obtiennent pas, ils en trouvent un. "C’est obligé, nous a dit l’un d’entre eux, tu en as besoin pour travailler". Dix ans d’insécurité, c’est long. D’où les collectifs qui se regroupent autour d’un slogan logique dans sa radicalité : "Régularisation de tous les sans-papiers" (tiens, un alexandrin ! Au pays de Racine et Hugo…). Ils lancent des actions spectaculaires, telle l’occupation de la Bourse du travail pendant 14 mois, créant parfois incompréhension et malaise chez les associations "amies" et les syndicats. Cet épisode a été commenté ici , ici , ici , ou . Poussant encore plus loin le défi, ils ont inauguré le 26 septembre un "Ministère de la régularisation de tous les sans-papiers" dans un autre lieu occupé, rue Baudelique à Paris (voir l’affiche en fichier joint).

Les syndicats représentent une deuxième attitude. Il s’agit de défendre le droit des travailleurs au respect. Et aussi de lutter contre le travail hors la loi. Ils sont au travail sur des métiers pénibles que personne ne veut exercer et leur situation de surexploitation pèse sur les conditions de travail de tous. Le moyen d’action des syndicats est la négociation sous la pression des grèves avec occupation des chantiers, des restaurants, etc. Le bilan de la campagne commencée en avril 2008 – 2500 grévistes, plus de 3000 régularisations connues, la rediscussion des conditions de travail dans certains cas – est encourageant mais fragile, car les acquis risquent de s’évaporer. Rappelons que les régularisations obtenues de haute lutte prennent la forme d'un titre de séjour provisoire, valable un an et renouvelable selon le bon voulir du préfet.

Enfin, de nombreux groupes et associations interviennent aussi. Mais leur état d’esprit, qui n’a rien à voir avec la compassion qu’on leur prête parfois, se distingue de ceux des collectifs et des syndicats. Leur motivation est politique : la loi bafoue le droit des gens, son application crée des situations injustes et cruelles, elle ne correspond pas aux réalités de notre société. Le slogan serait "La loi doit être changée". En attendant, chacun s’active à chercher avec les étrangers qui le demandent ce qui dans la loi peut leur offrir une ouverture, prêts au besoin à forcer le passage par des mobilisations. Et tous participent à une campagne permanente pour alerter la population française sur une situation et des comportements indignes de la République. Ainsi des manifestations prévues jusqu’au 20 novembre 2009 pour célébrer les vingt ans de la Convention Internationale des Droits des Enfants – dont la série des rendez-vous du dimanche à 16h devant Notre dame de Paris (photo jointe).

Un voisin blogueur conduit une réflexion sur les modes d’action dans ce contexte. Il distingue deux approches.

  • Le « rapport de force », qu’il résume ainsi : "une demande politique est légitime quand elle démontre son caractère majoritaire : « nous sommes les plus nombreux, donc nous avons raison »"
  • La « tension de justice » : "« La dignité de chaque humain doit être respectée. Nous ne sommes pas traités en humains. Soit nous ne sommes pas des humains et vous nous laissez mourir, soit nous en sommes et vous changez de politique ».
Nous en proposons une troisième,
  • le « défi de visibilité », qui consiste à faire savoir au pouvoir que ses actions contre les étrangers sont vues et connues par le plus grand nombre possible. Car si le pouvoir ne négocie pas (rapport de force) et s'il a toujours raison (tension de justice), ses agents ne sont peut-être pas si désireux que cela de voir leurs actes étalés dans la presse et sur internet.

Même si la réalité est plus complexe, on pourrait dire que la tension de justice serait la voie privilégiée par les collectifs, le rapport de forces celle des syndicats et le défi de visibilité celle des associations. Les différences entre approches se superposent aux différences d’arrière plan social, rendant parfois difficiles les convergences. Mais rien n’est perdu, puisque de nombreux participants à cette lutte sont actifs simultanément dans plusieurs groupes de différentes mouvances. Ils parviennent même souvent à faire confluer leurs organisations respectives sur des actions communes.

Ainsi, des organisations d’aidants, des syndicats et des partis politiques soutiennent le nouveau Collectif de sans-papiers de Paris 17ème, des organisations d’aidants cosignent avec des syndicats une lettre au premier ministre demandant la clarification des conditions de régularisation des salariés (fichier joint), ou le GISTI appelle à la manifestation des Collectifs de sans-papiers de samedi 10 octobre à Paris.

Martine et Jean-Claude Vernier

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