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Billet de blog 11 oct. 2009

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Refus d’embarquer

"La France, aimez la ou quittez la." Cette injonction fameuse du président de la République rend difficile à comprendre la ferme insistance des forces de police, qui ont tenté par quatre fois en sept jours d’embarquer un monsieur tunisien qui ne veut absolument pas la quitter, cette France-là.

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"La France, aimez la ou quittez la." Cette injonction fameuse du président de la République rend difficile à comprendre la ferme insistance des forces de police, qui ont tenté par quatre fois en sept jours d’embarquer un monsieur tunisien qui ne veut absolument pas la quitter, cette France-là.

Monsieur D. est tunisien, il a 37 ans. Venu en France il y a cinq ans, il a "oublié" de repartir à l’expiration de son visa de court séjour. Depuis, il a fait sa vie en France. Sa mère est morte il y a quinze ans, son père il y a un mois. Il n’a plus aucune attache en Tunisie. Il n’attend que la régularisation de son séjour pour parfaire son intégration à la société française. Il dispose même d’une promesse d’embauche ferme.

Mais voilà : aucun article du CESEDA (Code de l’Entrée et du Séjour des Etrangers et Demandeurs d’Asile) ne lui ouvre la possibilité d’une vie normale ici.

Donc, le 21 septembre 2009 il est arrêté lors d’un contrôle à la Porte de St Ouen, alors qu’il se rendait à son travail. La procédure se déroule sans accroc et il est transféré au Centre de Rétention Administrative (CRA) du Mesnil Amelot, en bout de piste de l’aéroport Charles De Gaulle, en vue de son "éloignement".

Depuis, il a été l’objet de quatre tentatives d’expulsion :

  • La première fois, le 30 septembre, il s’oppose avec succès à son embarquement dans un avion en partance pour la Tunisie.
  • Le 4 octobre, c’est le commandant de bord qui exige son débarquement de l’aéronef : les passagers avaient refusé de gagner leurs places, en protestation au sort qui lui était réservé.
  • Deux jours plus tard, le 6 octobre, il est extrait de sa cellule à 4h du matin et transporté à Roissy. Pendant son attente dans le commissariat de l’aéroport - et dans son immense désespoir - il se tape la tête contre le mur. Il est alors transféré à l’hôpital.
  • Le même jour, vers 17h, il est de nouveau conduit à l’aéroport, casqué, ligoté à ne plus pouvoir bouger ni respirer. Cette fois encore, le commandant de bord refuse de l’embarquer avec son escorte de trois officiers de police : ils ne disposaient pas de réservations pour ce vol !

La durée de rétention en vue de l’expulsion étant encadrée par la loi, le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) ne laisse plus à la police que deux jours (avant le 13 octobre en milieu de journée) pour réussir cet embarquement.

Monsieur D. a résisté chaque tentative avec la force et le courage du désespoir. Il ne veut pas rentrer en Tunisie, il n'a personne là-bas. Mais… aime-t-il vraiment la France ?

Cette information a été diffusée sur l’une des listes de discussion du RESF (Réseau Education Sans Frontières). Signalons la possibilité d’être informé, sans être débordé de messages, en s’inscrivant sur la liste RESF Info (38000 abonnés, environ un message par semaine).

Martine et Jean-Claude Vernier

Crédit photo : Olivier Jobard/SIPA, d’après le site du Comité de soutien aux philosophes poursuivis pour s'être indignés de la reconduite de plusieurs étrangers à bord d'un vol Paris-Kinshasa en décembre 2008.

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