Covid 19 dans les centres de rétention : de la misère sanitaire à la révolte

"Ils ne respectent pas le droit des gens, pas de mesures sanitaires dignes et quand tu dis quelque chose les policiers ils te frappent, c'est pas humain ! Sérieux, les avions ils vont pas redécoller avant septembre, on nous a dit, ça veut dire quoi ? On va pas rester ici jusqu'en septembre !"

La fermeture des centres de rétention (CRA), lieu d'enfermement des étrangers en voie d'expulsion, avait fait l'objet d'un recours collectif devant le Conseil d'État. Recours rejeté le 27/03/2020, au motif que « les conditions de fonctionnement des CRA dans ces circonstances particulières ne sauraient caractériser une carence dans l’accès aux soins ou à la mise à disposition de produits d’hygiène dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19».

Et pourtant, rien ne va plus dans certains CRA.

Samedi 11 avril 2020, 23:28. Au Mesnil-Amelot (aéroport Charles-De-Gaulle), c'est le blocage.

La promenade est bloquée par tout le monde avec les matelas et les couvertures sorties, les keufs sont avec les prisonniers dans la cour

"Ils ne respectent pas le droit des gens, pas de mesures sanitaires dignes et quand tu dis quelque chose les policiers ils te frappent c'est pas humain ! Sérieux les avions ils vont pas redécoller avant septembre on nous a dit, ça veut dire quoi ? On va pas rester ici jusqu'en septembre !"

"On a bloqué on s'est mis tous dans une cour, c'est à dire les 4 bâtiments qui étaient ouverts dans la cour tous ensemble. Tant qu'ils trouvent pas de solution on bougera pas d'ici ! Tout à l'heure ils nous ont gazé matraqués ils ont des boucliers, depuis tout à l'heure on subit des violences pour rien ! Là ils sont à la sortie de la cour vers la grille matraque à la main, casque et ce qui va avec ! Que les journalistes nous appellent mais là ! Maintenant !"

Dimanche 12 avril 2020, 07:02. Urgent appel du centre de rétention du Mesnil Amelot

Nous sommes en panique car l'un d'entre nous à été relâché il y a quelques jours suite à une suspicion de covid 19.
On à ni masques ni gel hydro-alcoolique ,et les deux personnes qui font le ménage n'ont ni produits ni javel.
On a ni visites de nos familles ni cigarettes ni vêtement propre.
Nous voulons des tests nous voulons être soignés , le service médicale est la une heure par jour et la laverie ne marche pas non plus.
Depuis hier soir 19h la nous subissons la violence de la police au centre de rétention du Mesnil Amelot suite au tabassage et au gazage de l'un d'entre nous qui poussé par la faim a gardé discrètement du pain sur lui en sortant du réfectoire.
En solidarité nous avons franchis les grilles pour nous rassemblé dans la cour .le directeur du centre à dit très bien puis à cadenassé l'entré des bâtiments eh bien vous dormirez dehors par terre a t'il dit ,puis il nous on pris nos matelas pour nous punir.

Au secours aidez nous !

ATTENTION notre association confirme de source policière qui ajoute que la direction du centre interdit également aux policiers de portez des masques « pour ne pas effrayer les sans papiers ».
les policiers se disent apeurés et demandes aussi la fermeture du centre !
Mr Gabriel Alexandrescu producteur Roumain invité au festival de cannes marié en France et père de deux enfants , enfermé dans le centre dénonce les mêmes faits

des papiers pour tous
fermeture des centres de rétentions
libre circulation ,libre installation

Dimanche 12 avril 2020, 11:30 : intervention policière

Pour un suivi avec des témoignages au téléphone, voir ici ou , ou encore l'article de Bondyblog.

Quelques échos de la situation dans d'autres CRA :

  • En mars, des juges de la liberté et de la détention (JLD) ont fait libérer quelques personnes à Bordeaux, Toulouse ou Rouen.
  • Le CRA d'Hendaye a été fermé mi-mars.
  • Le CRA de Rennes a été fermé fin mars.
  • Mais Oissel, près de Rouen, début avril, témoignage : « Tout le monde ici on est malade, y a pas à manger, y a pas de femme de ménage, ya pas pour acheter quelque chose [L’Offi]. On est pas des humains ou je sais pas moi. […] L’Offi est pas là, il a dit il vient pas jusqu’à la fin du Coronavirus. On est malade, tout le monde il est malade, moi je suis malade. Même les policiers ils ont dit « on vient pas à la prochaine semaine ». On vient pas ? On reste ici tout seul ? ou je sais pas moi si y’a possibilité de rentrer chez nous chez nos familles ? On reste ici, 14 tous les détenus qui viennent de prison. Y’a pas de libération, les albanais, les géorgien ils ont été libéré un peu mais les noirs et les arabes pas de libération. On reste ici je sais pas pourquoi. Même les frontières pour nous ramener dans nos pays elles sont fermés pendant deux mois ou jusqu’à quatre mois peut-être je sais pas moi. Pour le Ramadan aussi je sais pas comment ça va etre.. Y’a pas de femme de ménage, ici l’odeur dans les cellules… […] je te passe mon ami. »
  • Le 2 avril, le député européen Manuel Bompard a exercé son droit de visite parlementaire en me rendant au CRA de Cornebarrieu, près de Toulouse. Extrait de son rapport : « Une fois à l’intérieur de la zone de rétention, j’ai pu constater que huit personnes se trouvaient sur place, réparties dans deux ailes distinctes. Chacun dispose d’une chambre individuelle. Mais les retenus que j’ai interrogés m’ont indiqué que ce n’était que le cas depuis la veille. Ils se sont plaints fortement des conditions d’hygiène et du manque de produits de nettoyage. Ils m’ont indiqué ne plus pouvoir communiquer avec l’extérieur car le téléphone commun fonctionne avec des pièces mais le distributeur de monnaie est cassé.
    Or, la Cimade et l’Office Français de l’Immigration et de l’Intégration (OFII), présents en temps normal pour veiller au respect des droits, ont dû se retirer des lieux pour des raisons sanitaires. Les retenus ont donc comme seuls interlocuteurs les forces de police.
     »
  • Le 10 avril, au CRA de Vincennes, une plainte est déposée après un cas de Covid-19. « Cela devait arriver ! La configuration du CRA (centre de rétention administrative) ne permet tout simplement pas la mise en place des mesures de protection sanitaires minimum. » Ce militant résume en deux phrases la colère des associations d'aide aux migrants après l'annonce d'un cas de contamination au Covid-19 dans le centre de rétention parisien, situé au cœur du bois de Vincennes (XIIe).

Informations recueillies par Martine et Jean-Claude Vernier
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