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Billet de blog 14 oct. 2018

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La traque à la nantaise : une semaine de harcèlements des migrants et leurs soutiens

Retour sur une folle semaine qui conduit à la surveillance généralisée et la criminalisation des Justes qui viennent en aide aux personnes qui cherchent l’hospitalité à Nantes, par le Collectif Motte Rouge.

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Au matin du 11 octobre 2018 dans les rues de Nantes, les habitant.e.s de Motte Rouge (ndlr. À deux pas du commissariat central) ont été confrontés au quadrillage de leur quartier par les forces de l’ordre. Le but ? L’expulsion d’un immeuble abandonné dans lequel s’étaient réfugiés des sans-papiers et la mise en détention de l’un d’entre eux. Les autres exilés ont réussi à se réfugier chez une voisine. La maison de cette dame est surveillée, les personnes venues en soutien sont systématiquement suivies par un important dispositif policier.
Une semaine auparavant, l’ancien EPHAD de la rue Bréa, réquisitionné par les habitant.e.s de Nantes pendant l’hiver dernier pour accueillir les réfugié.e.s, a été évacué par plusieurs centaines de policiers. Quatre personnes sans-papiers ont été enfermées en Centre de rétention administrative. Alors que la mairie de Nantes s’était engagée pour l’accueil inconditionnel, quel que soit leur statut, la mairie a demandé l’expulsion conduisant à l’enfermement d’êtres humains « illégaux ».
Les paroles et les actes de la mairie, qui voudrait allier fermeté et humanité, ne semblent pas permettre d’apaiser la situation. Vendredi soir, alors que L’Autre Cantine terminait sa distribution au Skate Park en face du CHU, plusieurs dizaines de policiers (Compagnie départementale d’intervention et Brigade anti-criminalité) ont empêché littéralement la cinquantaine de personnes présentes de trouver un abri pour la nuit. Ils ont été suivis et encadrés jusque tard dans la nuit. Ils ont fini par s’arrêter dans un square pour trouver un demi sommeil sous la pluie, toute forme de toit leur étant interdit. Le Jardin des Fonderies, square couvert, avait permis à quelques personnes de s’abriter. La police municipale a participé au réveil violent de ces personnes : depuis, la mairie a fait grillager et surveiller le parc. Les vigiles venus de Rennes pensaient encore hier, mercredi 10 octobre, lutter contre un trafic de drogue…
Samedi matin, sur le marché de la Petite Hollande, la maire de Nantes est mise face à sa position ambivalente par le « collectif Farine » composé de personnes solidaires avec les quatre exilés emmenés en Centre de rétention administrative l’avant-veille. Considérant le jet de farine comme une « agression », l’ensemble de la classe politique locale, à l’exception de la France Insoumise et d’Europe Écologie Les Verts, a condamné le geste qu’ils qualifient de « violence inouïe » en allant jusqu’à parler de « méthodes fascistes ».
Peut-on sérieusement comparer cet « attentat » à la farine bio à la violence institutionnelle subie par les sans-papiers ? Sans-papiers laissés à la rue pendant des mois, déplacés, harcelés, tributaires de tractations politiciennes entre un État et une mairie qui se renvoient la balle dans une des villes les plus riches d’Europe.
Depuis le début de cette semaine, la violence institutionnelle s’étend aux soutiens des exilé.e.s. Comme Cédric Herrou dans le Sud, deux personnes pâtissent d’une incroyable répression policière et judiciaire. Ouest-France l’a indiqué en début de semaine : une jeune femme a été violemment interpellée par une vingtaine de membres de la Brigade anti-criminalité (BAC) à la fin de la manifestation de mardi, donnant lieu à une chasse dans la rue de la Paix. Une des personnes ayant participé à l’arrestation sans brassard ou autre signe distinctif, s’est éclipsée dès l’arrivée de la BAC. Tout ce dispositif n’est lié qu’à une improbable insulte envers une adjointe à la maire, crime de lèse-majesté ? On apprend en écrivant ce message que cette même jeune femme a été de nouveau interpellée par la Brigade anti-criminalité devant le commissariat Waldeck-Rousseau, alors qu'elle venait participer au rassemblement de soutien pacifique au réfugié enfermé dans la matinée. Pourquoi tant de moyens policiers sont-ils déployés pour s’acharner sur une personne solidaire, au lieu de les consacrer à une politique d’accueil ? Pourquoi des poursuites judiciaires de cette ampleur alors que les membres du collectif Farine et les élu.e.s ont continuité à discuter sur la place de la Petite Hollande pendant plus d’une demi-heure ?
A propos du jet de farine, le jeune homme a assumé cet acte politique à visage découvert. Pour le retrouver, la police n'a pas hésité à perquisitionner et saccager le local de L’Autre Cantine, qui a nourri des centaines de personnes en distribuant plus de 15 000 vrais repas depuis cet été. Non contents de faillir à leur devoir d’accueil, les pouvoirs publics s’attaquent aux réseaux de solidarité pour satisfaire l’orgueil de quelques édiles locaux.
Si la mairie prétend avoir résolu le problème en évacuant le square Daviais, en réalité nous en sommes à l’heure du choix. Le choix entre une politique de répression et une politique de solidarité.
Nous invitons les organisations politiques et associatives nantaises à ne pas se laisser berner par la rhétorique sans grumeau du « en même temps ». Le cas des personnes harcelées par la police cette dernière semaine signale qu’accueil et traque sont incompatibles.
Le collectif de soutien aux Justes de Motte Rouge invite l’ensemble des habitant.e.s de Nantes à veiller à ce que les personnes qui font preuve de solidarité ne deviennent pas les Ennemis Publics numéro un.

Informations recueillies par Martine et Jean-Claude Vernier
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