« Tout le monde sera relogé »

Depuis plus d'un mois, un square du centre de Nantes accueille, sous le maigre abri de tentes posées sous les arbres, des centaines de personnes demandeuses d'asile ou réfugiées. Abandonnées là par des autorités dépassées. Mais secourues et nourries par toutes sortes de collectifs solidaires.

Les exilés sans réel abri sont une réalité ancienne à Nantes, ville de squats. Des centaines d'hommes, de femmes d'enfants et d'adolescents isolés nomadisent ainsi de squat en squat au fil des expulsions. En novembre 2017, l'ancienne École des Beaux-Arts, qui avait été brièvement occupée, est évacuée par la police. S'ouvre alors l'occupation d'un bâtiment de l'Université, La Censive, qui sera évacuée en mars 2018. On se regroupe dans une ancienne EHPAD du centre-ville, qui comptera jusqu'à 350 ''pensionnaires'', avant que les autorités ne les trient pour en sélectionner 120, ce qui n'a pas manqué de provoquer tensions et bagarres. Après deux autres occupations suivies d’expulsions rapides (Cap 44, la Persagolière) les nomades contraints commencent à investir le square Daviais, en plein centre, fin mai.

Qui sont-ils ? En partie des sans-papiers, mais surtout des personnes venues à Nantes pour demander l'asile, des demandeurs d'asile enregistrés sans que l'État ne leur assure un toit, et même des réfugiés.

Une autre spécificité nantaise est la capacité de mobilisation de collectifs solidaires : plus de 200 tentes fournies, un service de restauration bénévole L'Autre Cantine :

« Spontanément, des collectifs et des citoyens se sont organisés pour préparer des repas au Square Daviais. Tous les soirs, entre 300 et 400 repas sont amenés.

Il y a une urgence à trouver un lieu pour mutualiser les dons alimentaires et les préparer avant distribution, afin d'assurer une bonne coordination face à l'urgence alimentaire de la "trêve estivale".

Ce lieu nous l'avons trouvé et nous demandons le soutien de la Ville de Nantes pour la création de "L'Autre Cantine", une espace de solidarités pour apporter des denrées alimentaires et mettre une cuisine à disposition qui pourra fournir 500 repas par jours tout l'été. »

Et Médecins du monde (MDM) a ouvert une clinique de campagne, où une centaine de personnes ont été reçues le premier jour. Les personnes venues trop tard ont été renvoyés vers le CHU qui a ouvert quelques créneaux de consultation.

Témoignage d'intervenants bénévoles présents avec MDM le 13 juillet :
« Pour les chiffres, c’est près de 450 personnes qui campent dans 230 tentes.
En fin de parcours des consultations, nous voyions les personnes sans hébergement qui nous ont été envoyées, en se concentrant plus spécifiquement sur les personnes vulnérables, pathologies, femmes enceintes, femmes avec enfants. Nous avons reçu une quinzaine de personnes pour lesquelles on peut tenter une action en référé pour leur obtenir un hébergement.
Nous avons vu beaucoup de demandeurs d’asile qui vivaient sur place.
Nous avons renseigné des personnes ne sachant pas comment ils allaient pouvoir rédiger en français (obligatoire) les motifs de leur demande d'asile. Bien entendu, ces personnes n’avaient aucun moyen pour trouver un traducteur.
Des personnes avec statut de réfugié étaient aussi au Square, nous allons creuser le parcours de l’une d’entre eux en contactant son assistante sociale pour essayer de lui trouver une solution.
Pour une jeune femme avec trois enfants, déboutée de sa demande d'asile, qui avait déjà perdu un référé, nous n’avions aucune solution à proposer. Elle dort à la rue, dans des recoins nous explique-t-elle, une nuit le crédit Mutuel ; une autre derrière la Médiathèque ; une autre dans un coin du petit parc près du miroir d’eau.
Un Érythréen malade devrait passer lundi à une prochaine permanence associative pour une mise en contact avec un avocat pour tenter un référé hébergement (il faudra un traducteur en arabe).
Très touché et admiratif devant les gens simples citoyens qui donnent de leur énergie et de leur temps sur place pour aider, faire à manger, accompagner les migrants »
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L’expulsion est imminente, la préfète Nicole Klein assure que tout le monde sera relogé. Parmi les bénévoles associatifs ou simples citoyens révoltés par la situation Square Daviais, personne ne croit en cette promesse.

Dernière minute : le 14 juillet, la maire de Nantes, Johanna Roland, qui a résisté à la mise en demeure de la préfète de demander l'évacuation du campement, annonce la mise en place d'une aide alimentaire dès lundi 16, avec la Croix Rouge et d'autres associations locales. Attendons la suite.

 

Informations recueillies par Martine et Jean-Claude Vernier
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