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Billet de blog 17 oct. 2011

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Quatre demandes d'asile et un chewing-gum volé

Un drame évité fait sortir de l'ombre la souffrance multiforme des demandeurs d'asile et autres migrants indésirables, pauvres entre les pauvres que piétine notre société.

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Un drame évité fait sortir de l'ombre la souffrance multiforme des demandeurs d'asile et autres migrants indésirables, pauvres entre les pauvres que piétine notre société.

Le Réseau Education Sans Frontières (RESF), c'est une nuée de personnes de bonne volonté, dont certaines ont développé une spécialité incisive de suivi-sauvetage de personnes en route pour l'expulsion. Elles se désignent elles-mêmes comme les "veilleuses", en lien permanent avec le reste du réseau via des listes internet.

Echos de leurs efforts de la semaine passée autour d'une jeune géorgienne prise dans les filets.

Mardi 11 octobre, 15h50 Alerte. Une jeune femme géorgienne arrivée en France en décembre 2010, avec son mari et ses deux enfants (7 ans et 2 ans) est enfermée au Centre de rétention Administrative (CRA) dans les sous-sols du Palais de Justice de Paris depuis le 7 octobre. Elle est sous le coup d’une OQTF (Obligation de Quitter le Territoire Français) du 12 juillet 2011 délivrée par la Préfecture de Police de Paris.

La famille est hébergée dans un centre d'accueil de familles demandeuses d'asile (CAFDA). Elle a fait une demande d’admission au titre de l’asile dans le Doubs, demande rejetée, elle a refait une demande à Paris. Elle a reçu un rejet OFPRA (Office Français de Protection des Réfugiés et Apatrides) et a un recours pendant auprès de la CNDA (Cour Nationale du Droit d'Asile).

Madame s’est fait interpeller dans un magasin pour vol de chewing gum.

Elle passe devant le Juge des Libertés et de la Détention (JLD) à Paris demain mercredi 12 octobre. Elle saura ce soir si c’est le matin ou l’après midi. Y aurait-il un avocat pour l'assister ?

Mardi 11 octobre, 20h41

Avocat trouvé ! Il assistera Mme A. au JLD demain à 14h. Merci de transférer sur la liste Resf Paris pour présence tribunal dans la mesure du possible.

Mercredi 11 octobre, 18h26

Malgré trois moyens intéressants soulevés par l'avocat, madame A. a été maintenue en rétention.

Nous allons avoir besoin d'un relais sur Romainville où habite cette famille. Merci de transférer sur la liste Ile de France.

Vendredi 14 octobre, 01h35

CA (Cour d'Appel) du JLD à Paris, 9h pour madame A. C'est sa dernière chance. Soutiens bienvenus.

(Et, l'après-midi, au bout du même couloir, à 13h30, suite du procès de l'incendie de Vincennes: Poignant. L'acharnement de l'histoire qui rattrape et déchire de nouveau de braves types. Des vidéos fantômatiques remâchent inlassablement les mêmes gestes bénins. Une brochette d'avocats célèbres tente de ramer contre ce flux. Arrivez tôt, la salle est bondée d'amis).

Vendredi 14 octobre, 10h38

Même si ce n'est pas ce qui nous préoccupe dans l'immédiat, je vais essayer d'appeler la mairie de Romainville pour l'enfant de 7 ans non scolarisé car je ne crois pas un instant à l'histoire de la demande d'inscription égarée, d'autant plus que la maire est connue pour ne pas vouloir scolariser les enfants des familles prises en charge par le 115. Rappelez-vous en 2007.

Vendredi 14 octobre, 10h38

Yeeaaahhhh!!!!!

Libérée en fin de matinée par la Cour d'Appel. Tous les arguments présentés avaient intéressé le juge, mais je n'ai pas encore lu l'ordonnance.

Le CRA nous avait fait une très mauvaise blague en nous affirmant qu'elle était retournée en rétention, et nous nous partagions déjà les tâches entre ceux qui parlent allemand et russe pour les visites, et l'aide au reste de la famille (ni moi ni Miss V. ne parlons allemand, mais quand on a envie... on nous avait laissées une heure entière, fallait bien apprendre). Et tout à coup, le coup de portable "die kinder wein nicht mehr", ou quelque chose comme ça. Sept jours à pleurer pour rien - Maman cherchant l'asile dans quatre pays de suite, fuyant la violence, a maintenant une OQTF en plus.

Voilà, elle est dehors, notre travail commence à se préciser, enfin s'accentuer, M. et M. en ont déjà fait beaucoup.

M'enfin, qui parle de demande d'inscription égarée? (et, comment te dire, je ne me souvenais pas très bien de 2007).

En parlant avec des voisines du quartier à Romainville, il y a bien des refus de scolarisation dans le coin. Mais aussi la connaissance que la commune ne fera pas la moindre concession sur le prix de la cantine, et donc des enfants qui pourraient être scolarisés fuient ailleurs .

Samedi 15 octobre, 17h58

Super ! La libération n'étant pas une fin en soi, il va falloir maintenant suivre cette famille et notamment régler le problème de la scolarisation de l'enfant de 7 ans. C'est en discutant avec le travailleur social de la CAFDA que nous avons su que la mairie disait ne pas avoir trace de la demande d'inscription scolaire pourtant bien déposée.

Je faisais allusion à 2007 car une partie des 136 familles des résidences sociales de la Plaine-Saint-Denis étaient issues de l’hôtel incendié de Romainville le Paladin. Ces familles avaient aussi été confrontées au refus de la maire de scolariser leurs enfants. Une fois les travaux de l'hôtel terminés, sommées par le Samu social de regagner les lieux, les familles avaient refusé, mettant en avant, entre autres, le fait que leurs enfants ne pourraient être scolarisés dans les écoles de la ville.

Dimanche 16 octobre, 03h35

J'ai parlé à plusieurs dames de Romainville dont les enfants ne sont pas scolarisés dans la ville, et elles habitent justement à l'hôtel B. ou à l'hôtel P. ou à l'hôtel C. et, tu sais quoi? c'est tous le même hôtel de 2007 avec des noms différents.

Je précise que bien que récentes habitantes, elles ne continuent pas forcément dans l'ancien lieu de scolarisation, mais se domicilient dans des communes parfois pas très avoisinantes et y accompagnent les enfants.

Mekeskipeut bien les pousser à aller si loin, à part l'ostracisme social, l'insinuation que la maternelle n'est pas nécessaire, les paroles rudes et les tarifs prohibitifs?

Décidément, rien de nouveau le long du mur anti-bruit de l'A3.

Le moyen de l'avocat qui n'avait pas intéressé le premier juge mais avait prospéré en Cour d'Appel du JLD, c'est la notification tardive des droits après le placement en garde à vue. Le Président du JLD rend souvent un jugement conformiste pour éviter de se faire retoquer par préfet et procureur, tandis que celui de la Cour d'appel a les moyens d'être plus novateur. La CA JLD, c'est pas comme à Guignol, on ne tape pas sur le jugement du premier juge. 24h après, on regarde juste sous un autre angle.

Mais à moi, ça fait toujours plaisir de voir ces jugements en appel, comme des pans sur le bec.

Martine et Jean-Claude Vernier

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