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Billet de blog 17 oct. 2020

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Lettre d’alerte sur l’état de l’hébergement d’urgence à Rennes

Des personnes très malades, des femmes enceintes, des bébés de moins d’un an, se retrouvent à la rue, sans aucune perspective d'hébergement. Alors que les conditions sanitaires ne cessent de se dégrader, comment toutes ces personnes vont-elles traverser l’hiver ?

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À Rennes, le 16/10/2020

L’association Un Toit c’est Un Droit a lu avec beaucoup d’intérêt le Rapport d’Observatoire 2019 du service départemental chargé de répondre aux besoins d'hébergement.

Nous y avons appris que 61 635 demandes d’hébergement d’urgence ont été exprimées auprès de SIAO1 en 2019, soit une augmentation de 40 points par rapport à l’année précédente. Ces demandes représentent 5847 personnes différentes. Parmi ces demandes, 52 % ont reçu une réponse positive. Ce qui a laissé 80 personnes par jour sans solution.

En 2020, la situation est bien différente, en raison des conditions sanitaires. En mars 2020, à la veille du confinement, tous les appels au 1152 ou presque se sont vu proposer une solution, y compris les personnes qui s’étaient réfugiées dans le squat des Veyettes. Et depuis, toutes ces personnes sont toujours prises en charge, ce qui est une excellente nouvelle.

Cependant quelques personnes ont été remises à la rue, dont certaines n’ont trouvé d’autre solution que de s’installer dans un campement derrière l’auberge de jeunesse. Et surtout, depuis juin, les CADA3, CAES4 et autres structures ont repris les remises à la rue des demandeurs d’asile déboutés. Les demandeurs d’asile non repérés comme particulièrement vulnérables sont toujours aussi nombreux à ne pas être orientés vers des CADA ou autres dispositifs dédiés, ce qui a entraîné la condamnation de la France par la Cour Européenne des Droits de l’homme le 2 juillet 2020, et sont cependant exclus de fait du 115.

Toutes ces personnes appellent le 115, mais obtiennent toutes la même réponse : Pas de place, personne ne sort, toutes les places sont occupées, donc personne ne peut obtenir de place. Même les personnes très vulnérables signalées par les services sociaux ou les associations par le biais de la DHU5 ne peuvent obtenir de solution.

Nous sommes à la veille de l’hiver. Des personnes très malades, des femmes enceintes, des bébés de moins d’un an, se retrouvent à la rue, sans aucune chance d’une solution du 115. Comment toutes ces personnes vont-elles traverser l’hiver, alors que les conditions sanitaires ne cessent de se dégrader ?

Après une période de plusieurs mois où le taux de réponses positives devait avoisiner les 100 %, il doit maintenant être très proche de 0%. En ce début d’automne, la situation est très tendue, la mairie de Rennes est très sollicitée par les familles avec enfants, les associations proposant des hébergements de plus ou moins longue durée sont saturées.

Comment le SIAO et l’État envisagent-ils de répondre à la situation pour répondre à leurs obligations fixées par le code de l’Action Sociale et des Familles, article L345-2-2 : « Toute personne sans abri en situation de détresse médicale, psychique et sociale a accès, à tout moment, à un dispositif d'hébergement d'urgence » ?

Il faut ouvrir des places d’hébergement, dès maintenant, et en nombre suffisant. Sans quoi, une catastrophe humanitaire semble inévitable en ces temps de crise sanitaire.

UN TOIT, C’EST UN DROIT !

Lettre ouverte écrite à l’intention de la DDCSPP6 35, et du SIAO 35
Copie à la Maire de Rennes

Rédigée par l’association Un Toit c’est Un Droit,
membre du collectif inter-organisation de soutien aux personnes exilées de Rennes

Contact : 07 54 37 62 67 / untoitundroit35@gmail.com

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1 SIAO : Service Intégré de l’Accueil et de l’Orientation, qui « a pour vocation de simplifier les démarches d’accès à l’hébergement et au logement, de traiter avec équité les demandes, de coordonner les différents acteurs de la veille sociale et de l’accès au logement, de contribuer à la mise en place d’observatoires locaux ».

2 Le 115 est un numéro d'urgence et d'accueil des personnes sans abri, appel gratuit depuis un téléphone fixe ou un mobile en France métropolitaine et en outre-mer, ouvert du lundi au dimanche, 24h/24.

3 CADA : les Centres d'accueil des demandeurs d'asile hébergent les demandeurs d'asile durant le déroulement de la procédure d'examen de leur demande. Celles et ceux qui ont été déboutés sont remis à la rue.

4 CAES : Centre d'accueil et d'examen de situation administrative des exilés, dont la mission est « d’offrir un hébergement de transition (durée moyenne de séjour de 10 jours) en urgence, de recenser les personnes, d’examiner sur place les situations administratives des réfugiés accueillis et ainsi procéder à une orientation adaptée ».

5 DHU : Département Hospitalo Universitaire

6 DDCSPP : Direction Départementale de la Cohésion Sociale et de la Protection des Populations

Informations recueillies par Martine et Jean-Claude Vernier
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