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Billet de blog 20 sept. 2009

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On le fait bien aux animaux; pourquoi pas aux étrangers?

Une famille kosovare entrée dans l’Union Européenne par la Bulgarie ou la Hongrie (ce n’est pas clair), a tenté de se stabiliser en France, envoyant ses cinq enfants à l’école. La machine à gérer les migrations de l’UE se transforme alors en machine à broyer les gens. Récit d'une déshumanisation.

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Une famille kosovare entrée dans l’Union Européenne par la Bulgarie ou la Hongrie (ce n’est pas clair), a tenté de se stabiliser en France, envoyant ses cinq enfants à l’école. La machine à gérer les migrations de l’UE se transforme alors en machine à broyer les gens. Récit d'une déshumanisation.

Mulhouse, mercredi 9 septembre 2009 12:50

Objet : Une famille arrêtée à Mulhouse

"Je viens d'apprendre que la famille Kadroli a été interpellée ce matin à Mulhouse et placée au local de rétention administrative de Saint-Louis. C'est une famille kosovare avec cinq garçons, deux sont scolarisés au collège Bourtzwiller, un en Lycée Professionnel et deux au primaire. Leur demande d'asile en France n'est pas recevable car ils ont déjà demandé l'asile en Bulgarie d'où ils se sont enfuis car les conditions de vie dans le foyer étaient extrêmement difficiles. Ils sont arrivés en France, il y a environ 6 mois et parlent tous allemand."

Mulhouse, dimanche 13 septembre 2009 22:41

Objet : Réadmission d'une famille kosovare

"La préfecture du Haut-Rhin (…) vient d'expédier une famille de sept personnes (les deux parents et cinq enfants dont un de deux ans) au CRA [Centre de Rétention Administrative, passage obligé vers l’expulsion, ndlr] de Lille après que le JLD [Juge des Libertés et de la Détention qui statue sur la régularité de l’arrestation, ndlr] ait pris une décision de maintien en rétention sur demande de la préfecture de Colmar!

Cette famille a été interpellée à Mulhouse mercredi 8 septembre à 07h00 par une vingtaine de fonctionnaires de la PAF [Police de l’Air et des Frontières], conduite au LRA [Local de Rétention Administrative] de Saint-Louis pour être envoyée dès le jeudi à Budapest! [D’où ils venaient, apparemment, ndlr]

Et là coup de théâtre, les autorités hongroises refusent de réadmettre la famille car elles n'ont pas été prévenues de l'arrivée de la famille et "rien n'est prêt pour les accueillir"!

Retour le soir même au LRA de Saint-Louis et passage vendredi matin devant le JLD pour une audience éprouvante de près de 2 heures 30 pendant lesquelles le jeune enfant commence d'abord à jouer, courant dans le bureau du juge, puis dans les couloirs, puis trouvant le temps long le fait savoir de plus en plus bruyamment, tout ça sous les yeux de la juge, du greffier, des policiers de la PAF et de votre serviteur.

Au bout d'un certain temps, les fonctionnaires pensant que l'enfant avait peut-être faim vont au ravitaillement, ramènent du lait et quelques confiseries pour le jeunôt (ainsi que pour les autres enfants qui eux aussi commençaient à s'ennuyer sérieusement, même s'ils comprenaient très bien la situation). Sur ces entrefaites, la maman se sent mal (elle a des problèmes de coeur), la juge lui demande si elle prend bien ses médicaments mais continue l'audience!

Même les flics (trois hommes et deux femmes), qui campaient dans le couloir devant le bureau du juge depuis les 7h du matin (théoriquement la période de rétention des 48h prenait fin à 07h25) commencent à se sentir faiblards (on approche des midi, leurs estomacs crient famine, ça s'entend!). Vous devinez la pression sur le juge. Le représentant de la préfecture (il y en avait un vu l'importance de l'affaire) commence lui aussi à trouver le temps long et jette des regards d'impatience sur l'interprète qui ne traduit pas la moitié de ce que dit le juge ou la famille...

Bref, du délire! A aucun moment, la juge ne s'émeut de la situation, surtout pas de la présence des enfants. Tout au plus, après avoir rendu son jugement (maintien en rétention, la famille n'ayant pas de passeports, ils sont en Hongrie!), voyant la maman de plus en plus pâle daigne-t-elle faire appeler un médecin! Mais il ne lui vient pas à l'esprit de dire que l'état de santé de la maman est incompatible avec un maintien en rétention (le représentant de la préfecture veille au grain, et les flics aussi, de peur que leur proie - deux adultes et 5 enfants - ne leur échappe!)

Avant que les flics ne partent avec leur précieux butin, la juge fera encore une dernière recommandation à la maman: "N'oubliez pas de prendre vos médicaments pour le coeur!". (…)

Bref, cette audience devant le JLD fût pitoyable d'un côté mais tragique de l'autre. Je me suis demandé après l'audience comment la juge, les greffières et les flics pouvaient tranquillement avaler leur repas de midi et être si insensibles à tant de douleurs infligées en notre nom à des enfants et à des parents impuissants à les protéger du malheur qui les attend en Hongrie (départ prévu mercredi ou jeudi !) ".

Lyon, Vendredi 18 septembre 2009 08:12

"Bonjour,

A mon sens, c'est l'illustration des familles sous Dublin II, ces familles ne se font pas connaître, elles espèrent souvent qu'elles pourront demander l'asile au terme des 18 mois de séjour en France, elles sont le plus souvent logés en CADA ou autres structures.

Quand la préfecture a reçu l'acceptation de la réadmission, tout peut aller très vite, parfois la famille est directement convoquée à l'aéroport et vient, parfois la police vient la chercher, une nuit en rétention et départ à l'aube avant qu'on ait eu le temps de même le savoir. Ici, la rétention a été plus longue à cause du refus de la Hongrie de les recevoir. Mais le délai était très court 72 heures !"

Note. Le règlement européen Dublin II "est destiné à identifier dans les plus brefs délais possibles l’État membre responsable de l’examen d’une demande d’asile et à établir des délais raisonnables pour chacun des stades de la procédure (…). Enfin, il vise à prévenir l’abus des procédures d’asile que constituent les demandes multiples".

[20 septembre 2009] La famille a finalement été expulsée. La préfecture précise que la décision est conforme à la Convention internationale des droits de l'enfant, dont on célèbre le 20ème anniversaire jusqu'au 20 novembre: « Celle-ci impose notamment que les États parties veillent à ce que l'enfant ne soit pas séparé de ses parents contre leur gré » (sic).

Martine et Jean-Claude Vernier

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