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Billet de blog 23 sept. 2018

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L’Aquarius refuse de remettre à la Libye 11 naufragés qu’il avait secourus

Les opérations de sauvetage dans la zone de détresse de la Méditerranée dite « SAR zone », qui étaient coordonnées par le MRCC italien, sont désormais gérées par Tripoli. L’Aquarius a refusé de transborder sur le bateau des garde-côtes libyens des migrants secourus quelques heures plus tôt. Hors de question de renvoyer des naufragés dans un pays qui ne garantit pas leur sécurité.

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Après 19 jours d'escale forcée à Marseille et sous un nouveau pavillon (le Panama lui avait retiré son pavillon, après Gibraltar), l'Aquarius a mis le cap vers le large le 16 septembre 2018 afin de poursuivre sa mission: sauver des vies. Celles de migrants qui tentent de rejoindre l’Europe.

Quelques jours plus tard, jeudi 20 septembre, l’Aquarius a refusé de transborder sur le bateau des garde-côtes libyens des migrants secourus par le navire humanitaire quelques heures plus tôt. Hors de question de renvoyer des naufragés dans un pays qui ne garantit pas leur sécurité, se justifient les militants.

"Conformément à la Convention SAR [zone de recherche et de sauvetage, ndlr], nous ne pouvons ni ne devons transférer des personnes secourues aux garde-côtes libyens", écrit l’Aquarius, dans un email envoyé aux autorités portuaires libyennes.

L’ONG SOS Méditerranée répète inlassablement le même credo depuis des mois. "La Libye ne peut être considérée comme un port sûr. Nous ne ramènerons jamais les migrants secourus en Libye", a encore déclaré l’ONG, joint par InfoMigrants.

UPDATE Le JRCC Libye a dit à l'#Aquarius de transférer les rescapés sur un patrouilleur Libyen. La Libye n'étant pas à l'heure actuelle reconnue "lieu sûr" (place of safety), l'Aquarius a répondu qu'il ne pouvait pas légalement transborder des personnes qui y seraient renvoyées pic.twitter.com/y0Ugomorwp — SOS MEDITERRANEE France (@SOSMedFrance) 15:50 - 20 sept. 2018

Que s’est-il passé ? Dans la matinée du 20 septembre, l’Aquarius repère, au large des côtes libyennes, une embarcation en difficulté avec 11 personnes à bord. L’équipage suit alors la procédure officielle et contacte le centre de contrôle maritime libyen (JRCC). Depuis la mi-juin, les opérations de sauvetage dans la zone de détresse de la Méditerranée appelée "SAR zone", ne sont en effet plus gérées par le MRCC italien, sorte de tour de contrôle maritime chargée de coordonner les actions de secours en mer. Ces missions sont désormais gérées par Tripoli.

>> À lire sur InfoMigrants : Repérés mais pas encore sauvés : la réalité des migrants à la dérive en Méditerranée

Les autorités libyennes ne répondent pas. Sans réponse, l’Aquarius avertit alors les autorités italiennes que le navire s’apprête à procéder au sauvetage. Une fois les migrants en sécurité à bord, les humanitaires reçoivent finalement un email du JRCC libyen. "En tant qu’autorités libyennes, nous assurons la coordination des secours. Nous allons dépêcher un navire afin de récupérer les migrants", écrivent les autorités portuaires. "Nous vous ordonnons de vous diriger vers Zaouïa [ville côtière libyenne, NDLR] pour un rendez-vous avec la patrouille libyenne".

"Que l’Aquarius aille où il veut, mais pas en Italie"

L’Aquarius refuse catégoriquement le transfert. "Nous avons toutes les raisons de croire qu’aucun des ports libyens ne constitue un lieu de sécurité pour les rescapés", fait savoir l’équipage du navire humanitaire aux autorités libyennes, italiennes et maltaises. "Nous avons également toutes les raisons de croire qu’une opération de transfert mettrait en danger la sécurité des personnes secourues et de mon équipage en raison de risque de panique". La Libye a dit prendre note du refus de l’Aquarius.

Sur Twitter, le ministre italien de l’Intérieur, Matteo Salvini, a déjà pris les devants. Il estime que l’Aquarius" a refusé de collaborer avec les garde-côtes libyens". "Maintenant il erre en Méditerranée. Je le dis et je le répète : qu’il aille où il veut mais pas en Italie, les ports sont fermés", a ajouté le ministre.

La #Aquarius2 ha recuperato una decina di persone in acque sar libiche, a poche miglia dalla terraferma, ma si è rifiutata di collaborare con la guardia costiera di Tripoli. Ora vaga nel Mediterraneo.
Lo dico e lo ribadisco: vada dove vuole, ma non in Italia. #portichiusi — Matteo Salvini (@matteosalvinimi) 19:22 - 20 sept. 2018

Actuellement, le navire humanitaire reste dans la zone de sauvetage et ne cherche pas un port de débarquement. "Nous avons encore de la place à bord et nous savons que nous allons devoir procéder à d’autres sauvetages dans les jours qui viennent", précise à InfoMigrants Julie Bégin, porte-parole de SOS Méditerranée.

Reste à savoir où seront débarqués les rescapés. "Nous ne savons pas, nous verrons au moment voulu", conclut-elle. 

Depuis plusieurs mois, les autorités italiennes et maltaises refusent d’ouvrir leurs ports aux navires humanitaires. Des refus qui ont entraîné des dissensions au sein de l’Union européenne – toujours aussi déchirée sur la politique à adopter pour faire face à l’afflux de migrants.

Source : L'Aquarius refuse catégoriquement de renvoyer les migrants secourus en Libye. Crédit : Maud Veith / SOS Méditerranée

Informations recueillies par Martine et Jean-Claude Vernier
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