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Billet de blog 28 juin 2009

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Expulsion cordiale

Encore un bouquet d’actions récentes du pouvoir concernant la présence d’étrangers parmi nous.

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Encore un bouquet d’actions récentes du pouvoir concernant la présence d’étrangers parmi nous.

Il y a peu, un internaute qui avait exprimé sur le blog du ministre de l’immigration son désaccord avec sa politique a reçu une lettre "cordiale" de ce dernier. Pensant que cette réponse n’avait pas vocation à rester confidentielle, l’internaute l’a diffusée dans le Réseau Education Sans Frontières (RESF). On en trouvera en fichier joint le texte intégral.

Le ministre saisit l’occasion de s’insurger (de façon classique) contre le parallèle (tout aussi classique) de l’action de la police française vis-à-vis des étrangers en séjour irrégulier d’aujourd’hui avec ce qui s’est passé pour les juifs il y a plus de soixante ans. Il s’en prend notamment à Emmanuel Terray qui s’était élevé contre l’internement administratif d’enfants. Le lecteur pourra se faire sa propre opinion de la pensée subversive de cet "intellectuel tordu", qui prône une politique alternative de l’immigration.

Le ministre le précise bien : "Le maintien de l'unité familiale est une règle immuable, générale, plus encore un droit, qui s'applique à toutes les familles qu'elles soient ou non en situation régulière. Il est donc inenvisageable de séparer les enfants de leurs parents lors du placement en centre de rétention administrative. Ceux-ci sont d'ailleurs aménagés de façon à recevoir dignement des parents accompagnés de jeunes enfants".

Il ne faut donc pas hésiter à expulser des familles, puisqu’on le fait dans le respect des règles d’hygiène. D’ailleurs, poursuit le ministre, "laisser entrer et séjourner en France toutes les familles étrangères qui le souhaitent, sans se préoccuper de savoir si notre pays peut leur proposer un emploi, un logement, une éducation, une intégration, c'est faire le lit du racisme et de la xénophobie". Il semble que l’emploi, ils le trouvent sans aide – il n’y a qu’à regarder autour de soi : qui construit et entretient les bâtiments, qui fait la cuisine et la plonge dans les collectivités et les restaurants, qui fait le ménage et garde les enfants des autochtones ? Le mal-logement est une plaie de notre société, mais cela est vrai pour les pauvres en général, qu’ils soient nés ici ou ailleurs. L’école publique reste un bastion de la république ; la libération de quelques chaises permettrait-elle de supprimer encore plus de postes dans l’enseignement ? Quant à la célèbre intégration, elle ne s’octroie pas, elle se construit jour après jour par les principaux intéressés.

La lettre se termine sur un Très cordialement qui intrigue.

Intrigué, on peut l’être si l’on considère une série d’actions récentes du pouvoir dans ce domaine :

- La liquidation, à grand renfort de com, de la ‘’jungle’’ du Calaisis, dont Carine Fouteau nous décrit ici même l’efficacité toute relative. C’est que l’éradication de toute cette mauvaise herbe n’est peut-être pas si facile que cela à mener à bien. Le préfet du Pas de Calais dit miser sur les retours volontaires subventionnés, qui semblent intéresser une trentaine de personnes, sur une population évaluée à un millier environ.

- Un petit millier, c’est le nombre d’étrangers naufragés sur l’île de Malte, membre de l’Union Européenne. Dans un geste de solidarité européenne, le gouvernement français va accorder l’asile à 80 d’entre eux dès cet été. "Chaque cas a été longuement étudié, d’autant que certains sont accompagnés d’enfants", souligne l’ambassadeur de France. "Il fallait penser aussi à leur construire un avenir en terre française. Ont été regardées les compétences des uns et des autres, la possibilité en conséquence d’un travail futur, la langue aussi : parlaient-ils bien l’anglais ? Si oui, ils apprendront d’autant plus facilement le français. Le comportement personnel a joué dans le choix des immigrants". La France fait son marché.

- Un gros millier, c’est à peu près le nombre de membres de la Coordination des Sans Papiers de Paris (CSP75). Le 24 juin, une partie d’entre eux a fait l’objet d’une expulsion musclée de la Bourse du Travail. Sans l’intervention directe des forces de l’ordre, mais au sein de leur étau. Lequel étau ne s’est pas relâché autour des occupants réinstallés sur le trottoir. Selon un témoignage en date du 26 juin, "les flics contrôlaient tous les sacs pour empêcher qu'on passe de la NOURRITURE ET DES BOISSONS!!! aux sans papiers installés derrière le cordon des CRS". Il se dit que le ministère pourrait lâcher quelques titres de séjour…

- Un millier c’est, peut-être, la masse des forces de l’ordre fortement équipées qui, le 19 juin, encerclaient la zone du centre de rétention administrative (CRA) de Vincennes pour la poignée d’inconscients venus, à l’appel du MRAP, relayé par le RESF, marquer l’anniversaire de l’incendie qui avait détruit le CRA un an auparavant. "J’ai eu la peur de ma vie. Les flics étaient bien plus nombreux que nous, et ils étaient menaçants", a dit ensuite une vieille routière des manifs pour les droits de l’Homme.

Tout cela relève-t-il d’une vision ? Laquelle ? Nous offrons un carambar pour la meilleure réponse.

Martine et Jean-Claude Vernier

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