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Billet de blog 28 oct. 2009

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L’hiver est déjà là pour les étrangers à la rue

L’identité nationale est une affaire sérieuse : elle doit être définie par le pouvoir, qui a eu le front de la confier à un ministère. Ce même ministère gère aussi la réponse de la France aux étrangers qui demandent à vivre normalement sur le sol national. La façon d’accueillir ces personnes participe donc à la définition de cette identité nationale. Pour certains ce sera à la rue, comme nos SDF nationaux.

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L’identité nationale est une affaire sérieuse : elle doit être définie par le pouvoir, qui a eu le front de la confier à un ministère. Ce même ministère gère aussi la réponse de la France aux étrangers qui demandent à vivre normalement sur le sol national. La façon d’accueillir ces personnes participe donc à la définition de cette identité nationale. Pour certains ce sera à la rue, comme nos SDF nationaux.

Les beaux jours sont finis pour cette année et la première demande des plus démunis est de trouver un toit.

La région d’Amiens compte, semble-t-il, une petite colonie caucasienne, à laquelle tentent de s’agréger quelques familles nouvelles. Le réseau Education Sans Frontières de la Somme communique :

"A Amiens, deux familles étrangères sont aujourd’hui sans toit et sans couvert.

En effet, le Préfet veut expulser les familles J. (ayant fui l’Arménie en passant par l’Autriche) et S. (ayant fui la Géorgie par la Pologne) à la première frontière européenne des pays par lesquels ces familles ont rejoint la France, sans vouloir écouter le fait qu'elles veulent rester à Amiens auprès d’une dernière parenté installée ici, les autres membres ayant été décimés dans leur pays d’origine…

Certes, l’action du 8 octobre 2009 devant l’école Michel-Ange, là où sont scolarisés les enfants des familles J. et S. (voir ici l’article du quotidien « le Courrier Picard ») a porté quelques fruits, en particulier le soutien des élus de la ville d’Amiens et du Conseil Général de la Somme, pour quelques nuitées et repas pour ces familles, les services « officiels » de l’aide d’urgence ayant l’interdiction (par le Préfet) de leur venir en aide…

Mais, le 12 octobre dernier, le Préfet a refusé la rencontre tripartite avec la mairie d’Amiens et le Conseil Général pour examiner la demande d’asile en France de ces familles. Il attend le « pourrissement de la situation », l’expulsion étant sa solution…

Résultat : le soutien des collectivités territoriales s’est arrêté depuis le 15 octobre au matin, chacune nous expliquant que c’est à l’Etat d’assurer le problème des sans papiers. Les familles (chacune avec 3 enfants et en plus la grand-mère pour la famille S.) sont maintenant logées par la solidarité familiale et de compatriotes (qui ont eux-mêmes 2 ou 3 enfants), dans des logements déjà exigus (type F2 pour chacune)

Une troisième famille, la famille A. (avec 4 enfants de 10 à 18 ans), l’une des dernière arrivées d’Arménie à Amiens (en passant par l’Autriche) vient par exemple de passer la nuit du 22 octobre dans les rues d’Amiens !!".

A Paris, dans le sillage du nettoyage du square Villemin, de la dévastation de la "jungle" de Calais, après quelques demandes d’asile et trois jeunes gens chartérisés et médiatisés, il reste ceux qu'on appelle les exilés du 10ème depuis la fermeture de l’abri de Sangatte, et que tentent encore d’aider un collectif et plusieurs associations(exemple):

"Ce sont majoritairement de jeunes afghans (pour la plupart entre 12 et 25 ans) qui vivent quasiment 24h/24 dans la rue et n'ont absolument rien. Certains d'entre eux n'ont même pas de duvet pour passer la nuit (dehors) et les associations, débordées sont à la limite de la rupture de stocks.

Les exilés étant exclusivement des hommes ou des jeunes garçons, il y a donc un besoin urgent de vêtements masculins. Manquent tout particulièrement des chaussures (taille entre 41 et 46), des pantalons, des chaussettes, des bonnets et des gants, des blousons chauds et bien sûr des duvets.

Beaucoup dorment dehors sans duvet. Les mineurs ne sont pris en charge par personne et notamment pas par la mairie de Paris qui devrait intervenir par l'intermédiaire de l'Aide Sociale à l’Enfance (ASE). C'est un problème plus politique qu'humanitaire. Chaque soir des bus ramassent quelques personnes pour les emmener dans des locaux d'urgence. Ils dorment par terre. Il y a des bus pour les Majeurs et des bus pour les Mineurs: on ne les mélange pas même si le bus pour les Majeurs n'est pas plein. Du coup, beaucoup de Mineurs restent dehors. Le collectif envisage une action médiatique genre "don de duvet". Les Mineurs ne sont pas scolarisés, pourtant ils sont très demandeurs. L'ASE les traite mal parce qu'ils sont des "errants" et pas stabilisés. Pas de solution trouvée ce soir ".

Où et comment ces personnes vont-elles pouvoir se poser, s’intégrer dans une vie civilisée ? Tiens, "Intégration" est une autre attribution du ministère aux quatre bras…

Plus encore : la mort rôde autour d’eux, comme nous le rappelle régulièrement la rubrique Les morts de la rue. Morts qui ont souvent un prénom venu d’ailleurs.

On peut bien jeter un voile sur ces situations en les attribuant à la part de misère du monde que nous ne pouvons pas accueillir. L’identité nationale se définirait-elle par exclusion ?

Martine et Jean-Claude Vernier

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