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Billet de blog 28 nov. 2008

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Cynique république

Une monarchie à esclaves est logique. Une république à esclaves est cynique.Victor Hugo Où l’on doit bien se rendre compte que l’esclavage rampant n’est pas réservé à des pays exotiques prétendument rétrogrades. Notre société condamne une partie de la population, petite mais décisive pour son équilibre, à un destin qui n’a rien à voir avec la liberté et la dignité promises par la République. Etrangers indispensables mais cependant déclarés indésirables,

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Une monarchie à esclaves est logique. Une république à esclaves est cynique.Victor Hugo

Où l’on doit bien se rendre compte que l’esclavage rampant n’est pas réservé à des pays exotiques prétendument rétrogrades. Notre société condamne une partie de la population, petite mais décisive pour son équilibre, à un destin qui n’a rien à voir avec la liberté et la dignité promises par la République. Etrangers indispensables mais cependant déclarés indésirables,

leur travail ne leur procure pas plus de droits que celui d’un esclave. Pire encore, expulsables à tout moment, ils sont privés de la seule compensation qu’offre une société esclavagiste, la relative sécurité découlant de l’intérêt économique de leur propriétaire.

Dans son Voyage à Tombouctou, René Caillié signale la présence dans la boucle du Niger de villages dont la population entière est constituée d’esclaves employés à cultiver les terres de leurs propriétaires. Comme pour l’asservissement des femmes (selon Germaine Tillion dans Le harem et les cousins), il s’agit d’une organisation millénaire de la société des régions au Sud et à l’Est de la Méditerranée dont l’Islam, malgré les tentatives civilisatrices du Coran, s’est accommodé jusqu’au milieu du vingtième siècle, et même au-delà dans certaines régions. Dans L’esclavage en terre d’Islam, Malek Chebel explique que le commerce oriental, qui reposait sur la razzia et les prises de guerre, avait deux provenances géographiques principales. Au nord, les blancs du Caucase et des pays slaves (origine du mot esclave) fournissaient les armées et les harems (femmes et eunuques).Au sud, on s’approvisionnait en travailleurs noirs en Afrique sub-saharienne. Ainsi leurs propriétaires pouvaient-ils vivre cette vie de luxe et d’oisiveté si bien accordée à la chaleur excessive du climat. L’Europe chrétienne était très présente dans ces pratiques. Ainsi, par exemple, des catalans qui vendaient des Maures et des Sarrasins en Italie au 13ème siècle, et du rôle central de la République de Venise dans ce commerce. A Athènes, les créateurs de la démocratie et de la culture occidentale représentaient une petite minorité des habitants, à laquelle une majorité de travailleurs esclaves ou ilotes - "des étrangers qui sont pas d’ici" comme on peut l’entendre dire à Marseille - permettait de philosopher en toute liberté d’esprit. Bien plus près de nous dans le temps et dans l’espace, le servage (du nom latin de l’esclave, servus) des paysans a constitué la base de la société pendant des siècles. Mais depuis, avec le développement des cités et de leur bourgeoisie, les Lumières ont inventé les droits de l’Homme. Ouf !... A bien y regarder pourtant, le statut social et l’appellation même des domestiques dans les pièces de Marivaux évoquent plus l’appartenance à la maison (en latin : domus) du patron qu’au prolétariat (de proletarius, citoyen de la dernière classe). Et puis, la mère des révolutions a produit et propagé la Déclaration des Droits de l’Homme, devenue Universelle, avec des majuscules partout, au milieu du 20ème siècle. A partir du 19ème siècle, l’ingérence des colonisations européennes avait contribué à la disparition progressive des pratiques de l’esclavage sur place. Pratiques probablement non complètement abandonnées à ce jour. Cet esclavage-là, au coeur même d’une société, a une différence essentielle avec le commerce transatlantique de la traite qui a fourni la main d’œuvre de l’agriculture coloniale des Amériques : il est transparent, invisible presque. Il est "normal", en somme. Une question se pose alors : notre moderne société n’est-elle pas en train de réaliser la synthèse de ces deux formes, esclavage structurel et esclavage d’importation, ici même, sous nos yeux ? Certes, il ne s’agit plus de 50 à 80% d’une population, mais de quelques centaines de milliers de travailleurs, "transparents" ou "choisis", pour 60 millions de citoyens, soit moins de 1%. Examinons cette réalité, et comment les lois et les pratiques bien de chez nous y parviennent. La suite de ce texte est en fichier joint.Le GISTI consacre au servage des saisonniers le numéro d’octobre 2008 de sa revue « Plein droit » (www.gisti.org/spip.php?article1237). Bribes de bibliographie René Caillié (1830/2007). Voyage à Tombouctou. La Découverte. Malek Chebel (2007). L’esclavage en terre d’Islam. Fayard. Nicolas Jounin (2008). Chantier interdit au public. La Découverte. Germaine Tillion (1966). Le harem et les cousins. Seuil.

Martine Vernier

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