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Billet de blog 28 déc. 2008

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Visages de l’identité nationale

Qu’est-ce que l’identité nationale ? On nous explique en haut lieu qu’elle est principalement liée aux quelque 5% d’étrangers vivant en France. Prenant au mot cette surprenante affirmation, nous vous offrons en bouquet une sélection d’actions et d’évènements, qui impliquent tantôt les autorités, tantôt des individus ou des associations, tantôt un mélange. Aussi contradictoires qu’ils soient, tous ensemble ils construisent l’identité nationale.

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Qu’est-ce que l’identité nationale ? On nous explique en haut lieu qu’elle est principalement liée aux quelque 5% d’étrangers vivant en France. Prenant au mot cette surprenante affirmation, nous vous offrons en bouquet une sélection d’actions et d’évènements, qui impliquent tantôt les autorités, tantôt des individus ou des associations, tantôt un mélange. Aussi contradictoires qu’ils soient, tous ensemble ils construisent l’identité nationale. Le ministère de l’éducation nationale offre des classes spéciales, dans le primaire et dans le secondaire, où les enfants récemment arrivés d’ailleurs sont acclimatés à la langue et aux bases scolaires pendant quelques semaines ou quelques mois. Après quoi ils prennent leur place dans la vie normale de l’école. D’autres ministères recherchent les parents de certains de ces enfants pour les arracher à ce début d’intégration. D’où le scandale, la colère ou la détresse des enseignants dont la mission est de faire entrer ces enfants dans la république (www.educationsansfrontieres.org/?article10105). Il est terrible le bruit de la chaise vide... (www.ldh-toulon.net/spip.php?article3027). D’où aussi l’incompréhension des enfants qui se savent menacés. Laissons-les grandir ici !(www.educationsansfrontieres.org/spip.php?article4633). Les centres de rétention administrative (CRA) sont le lieu de passage obligé entre l’interpellation et l’expulsion, car le droit doit être respecté. L’identité nationale, c’est ici d’un côté l’enfermement de ceux dont le ‘’crime’’ est de vivre en France sans autorisation, et de l’autre celles et ceux qui les aident à faire valoir leurs droits (www.mediapart.frhttp://blogs.mediapart.fr/blog/fini-de-rire/131108/les-associations-dans-les-centres-de-retention-administrative-cra). C’est la tentative de requalifier cette mission en marché (www.rue89.com/2008/12/19/sans-papiers-la-retention-marche-de-la-discorde) mais aussi la pression de la société civile pour tenter se sauvegarder la dignité de tous, enfermés et enfermeurs (www.gisti.org/spip.php?article1331). A propos de dignité, l’identité nationale, c’est aussi ce qui se passe à Mayotte (www.gisti.org/spip.php?article1330). Plus largement, ces personnes qui ne peuvent accepter des agissements inhumains ‘’au nom de la loi’’, pourquoi viennent-elles en aide à ces étrangers ? Elles aussi construisent l’identité nationale. Il est facile de récuser d’un mot, "compassion", leurs motivations. Ce mot ne contribue pas à clarifier la question. Nous vous proposons ci-dessous un petit exercice d'anthropologie d'amateur.
1) Dans un pays X, les tensions politiques, ou les impasses économiques, mettent en danger la vie de personnes et les font désespérer de pouvoir assurer à leurs enfants un avenir correct.
2) Les plus courageux, ou les plus menacés, ou les plus entreprenants, peut-être même les plus responsables, partent chercher ailleurs de meilleures conditions. C'est ce qu'a toujours fait l'homme, depuis Cromagnon et même avant.
3) Ils finissent pas arriver dans un pays Y dont ils ont entendu dire que la vie y était possible. Ils cherchent à s'y intégrer, en travaillant et en confiant leurs enfants à l'école.
4) Là, la vie pour eux restera précaire pendant plusieurs années, et ils le savent. C'est l'éternelle bagarre des sédentaires contre les "autres", nomades, migrants. Dans les pays de l'Union Européenne comme dans beaucoup d'autres, cette lutte est fortement structurée par des lois et des règlements, ce qui rend la période d'acclimatation encore plus hasardeuse. Il faut du temps pour parvenir à entrer dans la légalité, sous la menace permanente de l'intervention des forces de l'ordre, dont le boulot est de faire respecter ces lois et règlements. Ce temps ne dépasse généralement pas la dizaine d'années, mais c'est quand même bien long.
5) Dans ce pays, il y a aussi d'autres humains, qui ne voient pas d'abord en eux des intrus, mais des "frères humains", comme disait François Villon, qui sont en danger(s). Et ils leur tendent la main. Cela fait partie de l'acclimatation et de l'intégration dans le pays. Les motivations des ces autochtones occupent toute une palette: politiques, instinctives, réalistes, etc. Elles relèvent, elles aussi, de l’identité nationale. Ces activités, qui confinent au délit d’opinion, sont interdites sous le terme ‘’aide au séjour irrégulier’’ par le code de l’entrée et du séjour des étrangers et demandeurs d’asile (CESEDA), une autre expression de l’identité nationale. De leur côté, les auteurs d’entrave à l’expulsion sont passibles de peines pouvant aller jusqu’à 8 ans d’emprisonnement et 70 000 € d’amende. C’est annoncé dans une notice d’information du ministère de l’intérieur, distribuée par la police de l’air et des frontières (PAF) au départ d’avions transportant des étrangers ‘’reconduits’’. Cette notice est reproduite en fichier attaché. Les philosophes s’intéressant à la culture du dialogue et au passage des frontières sont aussi des constructeurs de l’identité nationale. L’aventure récente de trois d’entre eux (www.liberation.fr/societe/0101307630-les-philosophes-les-sans-papiers-et-l-aeronef, www.ldh-france.org) confirme le caractère dialectique en diable de cette fameuse identité…Martine et Jean-Claude Vernier

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