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Billet de blog 15 nov. 2022

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En Guadeloupe, la gendarmerie tue « sans regrets »

C’est le seul procès pour soi-disant « refus d’obtempérer » ayant abouti à une condamnation d’un agent de la force publique à de la prison ferme. Le procès en appel devait se tenir à Lyon, le 28 novembre 2022. Il vient d’être reporté et aura lieu en octobre 2023.

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11 mars 2018, Baie Mahault (Guadeloupe).

Le commandant de la brigade de gendarmerie Romain Dobritz tire sept balles en direction de Yannick Locatelli qui décède peu après. Le scenario est typique : bien vite, le procureur égrène dans la presse le passé délinquant de la victime, et la thèse du « refus d’obtempérer » est brandie par les deux gendarmes présents. Mais une bande de vidéosurveillance infirme ce récit. Le gendarme est condamné par la cour d’assises de Basse-Terre en février 2021. Il écope de 5 ans de prison, dont 3 avec sursis. C’est a priori la seule condamnation à de la prison ferme prononcée dans ce type d’affaires. Le parquet avait fait appel, jugeant la condamnation trop peu sévère. Il avait requis 15 ans de prison, estimant que les faits constituaient un homicide volontaire. La cour d’assises, elle, n’avait retenu que des « violences volontaires ayant entraînées la mort sans intention de la donner ». Le résultat est paradoxal : Romain Dobritz, placé en détention provisoire à l’issue du procès, fait l’objet d’une mise en liberté quelques semaines plus tard. Le procès en appel devait se tenir le 28 novembre à Lyon. Il vient d’être reporté en Octobre 2023. Voici le témoignage d’Alexandra Cerruti, la compagne de la victime (Juste avant l’annonce du report).

La justice ou « une technique pour gagner du temps »

« Pour le procès qui arrive le 28 novembre, un des avocats du gendarme demande un report car sa femme a une grossesse difficile. Je suis désolée pour sa femme mais moi mes enfants sont en thérapie depuis bientôt 5 ans et tout le monde s’en fiche. Personne ne prend en compte le fait que cette attente est vraiment difficile. Ça ne devrait pas prendre autant de temps. La justice, je ne la comprends pas. Si ça avait été une personne lambda, ça aurait été bien différent. Le procès peut être annulé jusqu’à la veille pour le lendemain. D’habitude pour que des assises comme celle-là soient reportées, il faut que ce soit très grave. Je me demande même si ce n’est pas une technique pour eux de gagner du temps. Je viens de Nice donc j’ai dû réserver les hôtels pour les avocats, les billets de trains. Les frais s’accumulent. Il faut payer les avocats, les longues thérapies, les billets d’avions, c’est une fortune. On n’aurait jamais dû subir tout ça. 

Mensonges des gendarmes

Mes filles ont perdu leur père, moi j’ai perdu mon mari. Yannick n’était pas un ange. Il aurait dû aller en prison mais il ne méritait pas de mourir comme ça, comme un chien. C’était de l’acharnement, le gendarme a vidé son chargeur sur lui. Quand on lui a montré la vidéo, la seule chose qu’il a su dire c’est qu’il a été pris dans “un effet de tunnel”. En plus de cela, des collègues, dans leur déposition, ont dit qu’il s’était vanté d’avoir tiré dans le cœur que “c’était visé dans le mille”. Le gendarme qui était avec lui ce soir-là a témoigné, il raconte que le gendarme Dobritz lui a fait répéter une version bien ficelée de ce qu’il fallait dire. Et c’est ce qu’il a fait. Sans la vidéo, il n’y aurait même pas eu de procès car les deux avaient la même version des faits. Heureusement, après sa garde à vue, le collègue de Dobritz a craqué et a donné une version qui correspondait à la vidéo. Il a expliqué que Romain Dobritz, qui était aussi son supérieur, l’avait forcé à mentir.

Le gendarme Dobritz a fait de Yannick une histoire personnelle. Sur place, il n’a respecté aucune procédure. Certains de ses collègues ont dit qu’il avait une photo de Yannick sur son bureau. Je ne sais pas ce qu’il s’était passé entre eux mais il voulait Yannick, c’est sûr. Il n’a pas attendu que ses équipes se placent. Il est parti sans radio, dans une voiture banalisée, ce qui apparemment est interdit dans ce type d’intervention et a agi seul.

« Il n’a jamais exprimé aucun regret »

Ce gendarme, le capitaine Romain Dobritz, est un meurtrier. On a constaté qu’il avait menti tout au long de sa déclaration. Entre ce qu’il dit et la vidéo, il n’y a rien qui correspond. Et puis lorsque l’on tire à un mètre en visant la poitrine de quelqu’un, on ne peut pas dire qu’il n’y avait pas d’intention de donner la mort.

Il a été quelques jours en détention, même pas trois semaines. Il est ressorti direct. Pour nous, c’est impensable. Je pense que son statut doit jouer en sa faveur car c’est impossible qu’on relâche une personne en si peu de temps pour des faits aussi graves. Est ce qu’il a des connexions quelque part ? Je n’en sais rien. Mais là, c’est tellement flagrant que je ne comprends pas que personne ne réagisse. Il y a des gens qui, pour un défaut de permis prennent six mois, un an, et lui pour un meurtre, qu’il sorte de prison aussi vite, c’est impensable. On se moque de nous, clairement. Aujourd’hui il est toujours à la gendarmerie, il travaille, il vit normalement. Il n’a jamais exprimé aucun regret, n’a jamais présenté ses excuses, rien du tout. On est dans un film et on est impuissant. On ne peut rien faire, on regarde, on subit et ce n’est toujours pas terminé. »

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