Le "monde d'après" c'est maintenant !

Je ne suis peut-être pas suffisamment informé, mais je ne vois pas que la mouvance de gauche se remue beaucoup pour construire dès maintenant une plate-forme de réflexion et d'action, référence politique pour les combats à venir. Qu'attendons-nous pour nous organiser et nous préparer à ce fameux "monde d'après" dont on nous rebat les oreilles avec force larmes de crocodile...

LE "MONDE D'APRES", C'EST MAINTENANT !

 

Retard dû à la crise sanitaire, à son confinement et aux difficultés supplémentaires que rencontrent les salariés de la poste, je viens seulement de recevoir le numéro d'avril du Monde Diplomatique attendu avec impatience.

Comme nombre d'entre vous, je suppose, j'applaudis des deux mains (avant 20 heures) l'édito de Serge Halimi: "Dès maintenant !" 

Avant-hier, j'ai commencé un article sur mon blog pour exhorter tous les réseaux de Mediapart - abonnés et collaborateurs divers, militants politiques et syndicaux - à construire une plate-forme de réflexion et d'action destinée à donner du sens, de la chair à cette aspiration d'un "monde d'après", que nous insufle "la première angoisse planétaire de nos existences", ainsi que l'écrit Serge Halimi. Cette idée de blog m'est venue en constatant la création évidemment opportuniste concoctée par LERM (qui se garde bien d'exhiber son étiquette) d'une plate-forme de réflexion politique et économique de l'après corona. Cela peut toujours servir, n'est-ce pas ? Ne serait-ce qu'à orienter des changements sur une voie qui ne remettrait pas en cause l'essentiel de la doctrine néo-libérale ?

Je n'ai pas écrit cet article, considérant que d'autres étaient mieux placés pour le faire qu'un modeste saltimbanque de la plume. En lisant aujourd'hui le Monde Diplomatique, j'ai le sentiment d'avoir eu raison d'attendre un article...qui me donne raison.

Pouvons-nous attendre de la part de l'équipe actuelle et plus généralement de tous ceux, Pascal Lamy par exemple - invité récemment sur France-Inter - la moindre remise en cause d'un système qu'ils ont soutenu ou auquel ils ont participé ? La réponse est claire. Mais pourquoi ne pas, "dès maintenant", non seulement ouvrir des perspectives de transformations politiques, économiques, sociales et écologiques, mais pérenniser des pratiques, les modéliser, les transférer - je pense particulièrement aux pratiques locales de production et d'échange ? Hélas, le temps serait au consensus mou, pas de vague en attendant la fin de la crise, solidarité, etc... Mais l'affaire des masques, ne serait-ce que ce scandale d'Etat, ne porte-t-elle pas à plus de dynamisme et à moins de calculs électoraux à cours terme, mesdames et messieurs les "challengers" de gauche ?

Des décisions de rupture sont à prendre - Serge Halimi donne notamment l'exemple des traités européens et des accords de libre-échange. D'autres ruptures, qui touchent aux inégalités profondes qui minent notre société, sont à mener, sur les rémunérations, les conditions de travail, le temps de travail, la répartition des richesses, l'identification des besoins essentiels des citoyens et de la Terre. La crise sanitaire agit comme un microscope géant qui nous montre l'absurdité des choix auxquels se sont livrés nos gouvernants depuis des décennies, calculettes à la main, en matière de santé, de prise en compte du vieillissement. Nous pouvons, nous devons exiger des actes "dès maintenant", rétablissement de l'ISF - avez-vous  entendu un de nos nouveaux "gauchistes", Macron (il a bien parlé de décisions de rupture), Lemaire (il s'est écorché la bouche avec le mot tabou de "nationalisation", Darmanin, plus conforme à son idéologie et qui veut faire la manche auprès de la population - en parler, même timidement ? Assez de larmes de crocodile, messieurs !

Je lisais récemment ce qu'avait écrit, en janvier 2010, Dany Laferrière, au moment du terrible séisme de Port-au-Prince : "Rien ne nous retient. Plus de prison, plus de cathédrale, plus de gouvernement, plus d'école, c'est vraiment le moment de tenter quelque chose. Ce moment ne reviendra pas. La révolution est possible, et je reste assis dans mon coin." 

Il ne s'agit même pas pour le moment de révolution, mais de rupture, de transformation : allons-nous "leur" laisser la main, en restant assis dans notre coin ? Construisons-là cette plate-forme, diffusons-là ! Qui se sent de l'initier ? Avec d'autres, très nombreux, je le crois, je répondrai présent.

Daniel Flamant

 

 

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