Merci Nicole Ferroni !

Oui, merci Nicole Ferroni (réécouter sur France Inter sa chronique de 9 heures ce matin), d'avoir eu ce courage de briser le consensus affiché sur votre radio et de mettre en question le fameux front républicain, tellement hétéroclite qu'il finit par donner des boutons.

Daniel Flamant : Merci Nicole Ferroni !

 

Oui, merci Nicole Ferroni (réécouter sur France Inter sa chronique de 9 heures ce matin), d'avoir eu ce courage de briser le consensus affiché sur votre radio et de mettre en question le fameux front républicain, tellement hétéroclite qu'il finit par donner des boutons.

Qu'on ne se méprenne pas : mon propos n'est pas de fustiger ceux qui voteront Macron le 7 mai. Il n'est pas non plus de donner ou suggérer quelque consigne de vote que ce soit. Il s'agit d'une chronique personnelle que m'inspire la bien pensance ambiante et le réveil tonitruant du pseudo front républicain.

Tant mieux cependant, si grâce à l'attitude que j'entends exprimer librement, des millions de citoyens de gauche ringardisés par le « Aimons nous Folleville » - figure imposée dite du « ni gauche, ni gauche », comme disait Tonton – se sentent un peu moins culpabilisés d'oser contester le dernier slogan à la mode : « Ou t'es Macron, ou t'es facho ».

Depuis mes quinze ans au Lycée Michelet, j'ai été de tous les combats pour la paix, le droit du peuple palestinien à un Etat, contre toutes les discriminations, les lois racistes, la torture, le franquisme et le salazarisme, Pinochet, les colonels grecs, le stalinisme, puis le maoïsme, etc. Mon propre père a vécu dans sa chaire la violence nazie au camp de Rawa-Ruska.

Alors, m'entendre soupçonné de la moindre faiblesse à l'égard du fascisme, parce que je ne veux pas que mon bulletin de vote côtoie ceux de Fillon, Sarko, Balkany et autres ripoux de la politique, c'est tout simplement grossier et imbécile. Et les Patrick Cohen, Bernard Guetta, Léa Salamé et consorts, si prompts à s'offusquer de la moindre hésitation à voter Macron, feraient bien de balayer devant leur porte et de mesurer la part de leur responsabilité dans la banalisation du vote Lep'haine. Qui Léa Salamé a-t-elle trouvé de mieux à inviter lundi matin que le père dans cette dynastie Lep'haine ? Alors, s'il vous plaît, madame, messieurs, un peu de décence. De mon école de journalisme j'ai au moins su préserver l'honnêteté intellectuelle que l'on m'y a inculquée.

Macron sera élu par ceux qui le soutiennent depuis le début : les membres du PS qui ainsi pourront légaliser leur trahison à l'encontre de Hamon, les Madelin, Minc rejoints par d'autres acolytes de droite qui ont soutenu Fillon jusqu'au bout, le MEDEF, sans oublier la Bourse euphorique dès lundi matin. Non, je n'ajouterai pas ma voix à cet aréopage dont un certain nombre de représentants sont déjà en train de piaffer pour avoir un maroquin.

Comme beaucoup d'entre vous, j'ai regretté amèrement d'avoir contribué au plébiscite de Chirac en 2002, je ne recommencerai pas en 2017. J'ai grandi, les inégalités se sont encore creusées, les menaces écologiques se sont accrues sur notre bonne vieille terre, de même les risques de guerre. Nos institutions sont à bout de souffle, il faut les changer, revivifier la démocratie. Autant de raisons qui m'ont fait choisir Mélanchon car le programme « L'avenir en commun » m'apparaissait en rupture avec les politiques suivies ces vingt dernières années. J'ai longuement hésité, car le personnage qui les portait ne me convenait pas vraiment, nombre de mes écrits et d'interventions publiques peuvent témoigner de mes hésitations et donc de l'absence d'une quelconque allégeance. Cependant, son attitude de privilégier la démocratie plutôt que de peser personnellement dans la décision du vote du 7 mai me semble saine et je la partage, d'autant qu'aucune des voix qui l'ont conduit au seuil du deuxième tour ne saurait se porter sur Lep'haine.

Synthèse : je voterai « blanc » pour les raisons ci-dessus exprimées, mais aussi pour ne pas cautionner une politique dont nous connaissons les effets, sans doute accentués par les soutiens dont elle bénéficie et qui ne manqueront pas de tirer la couverture à eux, c'est à dire vers plus de « réformes » - comprendre plus d'inégalités au nom de la sacro sainte compétitivité pour réveiller l'ex-croissance. Une politique qui permettra au Béarnais, probable premier ministre, de développer son élevage de purs sangs (tristes), aux actionnaires d'accumuler, à la Bourse de grimper, aux plus riches, enfin libérés de l'ISF, de pratiquer l'évasion fiscale, à la théorie du ruissellement de continuer à faire marrer le SDF, au camp Lep'haine de prospérer sur ce terreau irresponsable jusqu'à la prochaine où, là, nous n'aurons plus que nos yeux pour pleurer.

 

 Je veux néanmoins faire preuve d'optimisme. Macron sera mal élu, dans un océan d'amertume, et des législatives qui suivent se dégagera une telle majorité de bric et de broc que, de mon point de vue, elle ne tiendra pas deux ans. Une seconde chance d'une politique de rupture à gauche nous sera alors donnée.

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