Les trois trahisons du PCF

Le Front de Gauche a traversé l’épreuve des municipales en conservant son étiage électoral, environ 10%, celui des législatives et des présidentielles. Mais il en sort divisé par trois graves trahisons du PCF dans de nombreuses villes.

Le Front de Gauche a traversé l’épreuve des municipales en conservant son étiage électoral, environ 10%, celui des législatives et des présidentielles. Mais il en sort divisé par trois graves trahisons du PCF dans de nombreuses villes.

La direction du PCF avait un objectif bien précis pour ces municipales : conserver un maximum d’élus, et à des postes les plus élevés possibles. C’était la justification de la première trahison envers le Front de Gauche dans certaines villes : s’atteler à la puissante machine électorale du PS, ne pas courir le risque de perdre des élus. C’était une erreur d’analyse politique, vu l’échec annoncé du PS, mais le principe était fondé sur un certain calcul, qui impliquait de tricher avec les institutions. On ne doit pas nécessairement avoir de problème de conscience avec le principe de la tricherie quand il s’agit de briser des verrous intolérables. Par exemple le déséquilibre flagrant dans la représentation politique entre les hommes et les femmes. Imposer la parité pendant une certaine période, la plus courte possible, est une tricherie nécessaire pour briser la mécanique du machisme politique. Le PCF a souhaité tricher, lui aussi, avec la représentation démocratique, en obtenant des élus sans apparemment prendre de risque (à travers une bien pauvre lecture de la situation politique du PS avant les municipales). Ceci pour dégager des fonds et donc des moyens pour les campagnes futures. On peut toutefois se demander s’il est justifié de capter des fonds publics pour gonfler sa puissance militante ou si d’autres moyens financiers ne peuvent pas être trouvés, ou encore si de nouvelles façons moins coûteuses ne peuvent pas être inventées pour militer. En tout cas, il n’y a aucune comparaison entre ces deux entorses à la liberté démocratiques que constituent la parité imposée d’une part, et l’attelage à un autre parti d’autre part. Pour le premier cas, peu d’hommes politiques auraient le culot de se plaindre qu’une femme a été élue à la place d’un homme, vue la situation hyper-masculine du personnel politique actuel. Pour le second, nombreux sont ceux, dans les partis du Front de Gauche, qui estiment que se jeter dans les bras du PS, au moment où il n’a jamais été aussi droitier, a consisté à payer un tribut complètement disproportionné par rapport aux quelques avantages sauvegardés. Ce sentiment se confirme à présent qu’on observe le PS se droitiser encore davantage, précisément en réaction à son échec électoral. Aucun doute n’est donc plus permis sur le fait que le PS visait, et vise encore davantage, l’électorat de droite. Le PCF a donc payé son attelage opportuniste à un prix exorbitant, et a vendu une partie de l’identité du Front de Gauche.

Ce dernier aspect induit une deuxième trahison. En effet, le PCF ne s’est pas simplement attelé au PS, il a accepté dans sa totalité l’offre du PS, laquelle ne consistait pas tant à capitaliser l’électorat du PCF (la belle affaire !) qu’à missionner le PCF de dynamiter le véritable concurrent du PS à gauche, qui est évalué, lui, à 10% de l’électorat : le Front de Gauche. Ce dynamitage a pris des formes variées. Dans la ville où j’ai milité, à Riom en Auvergne – voir notre site pour un historique - le PCF nous a « simplement » fait perdre un maximum de temps de campagne. On sait qu’à Paris les attaques ont été bien plus dures. Mais il est clair que la mission a été acceptée nationalement par le PCF. En échange de quoi ? Une sur-représentation numérique au sein des conseils municipaux. Comment le PCF peut-il justifier de dynamiter le Front de Gauche en échange d’une représentation quantitativement illégitime (supérieure non seulement aux derniers scores du PCF mais aussi à ceux du Front de Gauche tout entier !), alors même que, sur le plan qualitatif – l’indépendance des élus – le PCF perdait tout ? A quoi bon avoir des élus supplémentaires si ceux-ci se lient les mains ? Au Front de Gauche, à Paris notamment, on a plutôt observé que les candidats ont préféré abandonner des postes plutôt que de signer des chèques en blanc. Les stratégies ont encore une fois divergé entre le PCF et les autres composantes, mais la stratégie du PCF est extrêmement difficile à justifier politiquement et ne fait pas honneur à l’héritage historique du PCF, légitimement associé à la liberté et au courage.

Enfin, comme si ça ne suffisait pas, le PCF a planté un troisième couteau dans le dos du Front de Gauche. Entre les deux tours des municipales, là où le Front de Gauche avait fait un bon score mais sans pouvoir se maintenir, le PCF a parfois œuvré pour couler les possibilités de fusions techniques. J’ai vécu en direct cette ultime façon de tricher avec les institutions démocratiques. En effet, pour assurer la proportionnalité de représentation du Front de Gauche, ce qui est la règle de base, le PS n’a pas accepté d’additionner ces postes à ceux qu’ils avaient déjà « offerts » au PCF. Le PCF était donc chargé de décider qui, des colistiers PCF ou des colistiers des autres partis du Front de Gauche, devaient faire partie des listes fusionnées. Autrement dit, les colistiers Front de Gauche qui avaient gagné par eux-mêmes une certaine proportion de représentation devaient, logiquement, prendre la place de colistiers PCF, qui non seulement ne s’étaient pas présentés en propre devant les électeurs, mais avaient échoué dans leur mission de couler les listes Front de Gauche autonomes. A Riom, à Paris, et dans beaucoup d’autres villes, le PCF a choisi de s’accrocher à ses postes, de torpiller les négociations, privant le Front de Gauche de représentants autonomes. Le PCF a donc préféré maintenir ses propres militants, qui s’étaient placés dans la dépendance du PS, plutôt que d’accepter que leur soient substitués des camarades du Front de Gauche arrivant avec l’arme de l’indépendance !

Après ces trois trahisons, peut-on dire que les quelques élus PCF qui sont arrivés dans les conseils municipaux par ces procédés (tous n’y ont pas eu recours) représentent encore le Front de Gauche ? On peut en douter.

Épilogue : à Riom, le Front de Gauche n'a pas pu fusionner malgré ses 9,83%, et les 6 élus PS-PCF-EELV (dont un PCF et une apparentée) se retrouvent sur des strapontins dans une liste de droite dure. La ville a en effet basculé, après avoir été dirigée pendant près de 20 ans par la gauche. Ca n'engage que moi, mais dans mon esprit, il n'y a pas d'élu Front de Gauche dans le conseil municipal de Riom.

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