Front de Gauche : la politique en 3D et en couleurs

Que le Front de Gauche (FdG) soit une entité politique haute en couleurs n’aura échappé à personne. C’est dans sa définition même : pas un parti, mais un regroupement de partis, fier de sa diversité comme le peintre de sa palette, et qui n’a pas peur de la bigarre. Dans le domaine de la couleur, le FdG correspond même, très précisément, à un prisme teinté. Un prisme car le tumulte aveuglant et indistinct, vu à travers le FdG, laisse apparaître un paysage nouveau mais fait de formes claires, de contours, de couleurs, de styles. Et chaque fois que le prince sort de son château pour montrer sa grise mine et doucher les enthousiasmes, par son refrain « Nous, on pleut… », on voit s’élever au-dessus de la scène apocalyptique les neufs couleurs du FdG – mieux que l’arc-en-ciel, qui n’en a que sept – pour nous rappeler l’existence de la lumière : « Nous, on fait beau ! »

Que le Front de Gauche (FdG) soit une entité politique haute en couleurs n’aura échappé à personne. C’est dans sa définition même : pas un parti, mais un regroupement de partis, fier de sa diversité comme le peintre de sa palette, et qui n’a pas peur de la bigarre. Dans le domaine de la couleur, le FdG correspond même, très précisément, à un prisme teinté. Un prisme car le tumulte aveuglant et indistinct, vu à travers le FdG, laisse apparaître un paysage nouveau mais fait de formes claires, de contours, de couleurs, de styles. Et chaque fois que le prince sort de son château pour montrer sa grise mine et doucher les enthousiasmes, par son refrain « Nous, on pleut… », on voit s’élever au-dessus de la scène apocalyptique les neufs couleurs du FdG – mieux que l’arc-en-ciel, qui n’en a que sept – pour nous rappeler l’existence de la lumière : « Nous, on fait beau ! »

Un prisme donc, mais un prisme teinté car il applique lui-même son style, décalant toute lumière vers le chaud, le vivant, le vibrant, le rouge. On pourrait croire que ce décalage spectral constitue une perte, par le fait qu’il exclurait les franges froides, conservatrices, de la société. Erreur phénoménologique classique, dont chacun peut faire l’expérience chez soi, le soir, à la lumière d’un éclairage électrique incandescent. En effet, sous l’éclairage de l’ampoule électrique, au bout de quelques secondes l’œil restitue toute la richesse des couleurs, malgré la translation spectrale, laquelle n’est plus perçue. Sous un éclairage jaune, nous dit Merleau-Ponty, la lumière teintée est un en-deçà de couleur et se normalise. De sorte que, à travers un prisme rougeoyant, il est faux de dire que tout est réduit à des nuances de rouge. Au bout d’un moment d’adaptation, la totalité de la richesse spectrale initiale est retrouvée, du rouge lui-même au bleu, mais cela n’est pas fait en vain car, globalement, la chaleur a gagné le paysage.

En somme, ce que propose le FdG, c’est à la fois de corriger la dérive droitière, froide, du paysage politique, à la façon d’un verre teinté vermillon, mais aussi de faire voler en éclats (de couleurs, bien entendu !) le consensus rond et mou du « c’est comme ça », comme le fait le prisme dans sa métamorphose de l’uniformité blanche.

Le FdG n’est ni une photographie, figeant l’Histoire, ni un filtre, ne laissant passer que certaines couleurs, ni un kaléidoscope, fascinant mais chaotique, ni encore un miroir, qui n’est capable de proposer que ce que l’on met en sa présence. Comprenez : ni réactionnaire, ni sectaire, ni anarchiste, ni clientéliste. Juste progressiste et tolérant.

Quittons à présent le domaine de la couleur et entrons dans celui de la géométrie pour définir le concept, plus original, de « politique 3D ». Par rapport à la définition classique des partis, qui est bidimensionnelle comme nous allons le voir, il s’agit de l’introduction d’une troisième dimension, le temps.
Un parti ou, comme ici, une entité regroupant des partis, se caractérise par un programme, reflétant une idéologie, et par une méthode d’action, permettant de conquérir les moyens d’appliquer ce programme. Tous les partis se distinguent sur la dimension programmatique, la chose est évidente. Mais ils se distinguent aussi selon leur méthode d’action. Selon cette dimension, on sépare par exemple les partis engagés activement dans la conquête du pouvoir et ceux qui se contentent d’attendre des circonstances favorables. En couplant les deux dimensions, on observe que certains partis agissent en conformité avec ce que préconise leur programme et que d’autres, plus « pragmatiques », disjoignent pratique et engagement.
Je laisse au lecteur le soin de localiser tel ou tel parti dans ce paysage à deux dimensions. Le FdG, lui, ne peut pas être repéré ainsi. Une première raison tient à son ambition affichée d’instaurer rapidement, et même urgemment, la 6ème République. Et ce, bien entendu, sans user de tromperie. En conséquence, le FdG se classe à deux endroits, mais pas au même moment : d’abord par un programme et une méthode d’action qui respectent les institutions de la 5ème République, et immédiatement ensuite par un programme et une méthode inscrits dans la 6ème. Qui plus est, cette seconde étape, celle de l’assemblée constituante, intègre elle-même une dimension temporelle car elle ne fait que donner un cadre général à ce qui doit constituer un programme futur, sous-déterminé par quelques grands principes déjà connus.

Autre exemple intéressant de cette « politique 3D » : la communication qui bouscule les pratiques de l’exercice médiatique. Il s’agit à la fois d’une tactique médiatique – inutile de le nier – visant à imposer le discours du FdG dans les grands canaux d’audience, mais aussi d’une première étape de construction des medias tels que le programme du FdG les souhaite, c’est-à-dire débarrassés de la langue de bois. Pour que le journalisme retrouve un haut niveau d’exigence et assume son statut de pilier démocratique, il faut montrer dès maintenant au public le type de parole qui doit pouvoir être entendue, et il faut obliger dès maintenant les journalistes à ressentir la grandeur de leur mission. Le FdG décide de ne pas camper dans un isolement médiatique, attitude trop confortable et irresponsable, ni de se conformer aux rites manipulatoires et déformants, ni encore d’opérer un coup d’état sur les canaux de diffusion, mais de composer une trajectoire de transformation des médias qui commence aujourd’hui et aboutit, dans un futur qu’on espère proche, à un système médiatique articulé à l’exercice plein et entier de la démocratie. Une trajectoire dans l’espace médiatique et dans le temps, une trajectoire tridimensionnelle.
De la même façon, le parler « cru et dru » de Jean-Luc Mélenchon réveille les médias qui sont sous léthargie et, en même temps, construit une relation de sincérité, donc de confiance, entre l’électeur et le politique, sous l’œil du médiatique. Les journalistes doivent démarrer dès maintenant une transformation de leur métier, au terme de laquelle leur corporation mettra systématiquement en lumière, en regard d’une « violence verbale », la violence sociale qu’elle dénonce, avec autant d’énergie – demain – dans l’analyse de la seconde, qu’ils en investissent – aujourd’hui – pour s’offusquer de la première. L’originalité de la démarche est d’amorcer concrètement cette trajectoire, de refuser autant l’attentisme que la compromission, donc de situer son action dans les trois dimensions politiques.

Selon les mêmes principes, on peut oser une définition évolutive, donc intégrant la dimension « temps », de l’idée du protectionnisme. Ainsi que le rappelle François Ruffin, le protectionnisme, surtout s’il n’est qu’économique, est un outil puissant mais instable, capable de donner le meilleur comme le pire, selon l’idéologie qui l’utilise. Pour l’extrême droite, c’est une composante de leur modèle de société, un élément de leur nationalisme, une barrière de plus entre un intérieur et un extérieur. Pour (certains partis composant) le FdG (reconnaissons que cette idée est encore en discussion, et tant mieux !), le protectionnisme est politique et a un statut radicalement différent. Il est tout autant une arme défensive, de résistance face aux macrostructures privées (antidémocratiques et inégalitaires) qui pilotent les gouvernements, qu’une arme offensive, afin de donner une chance à toutes les nations de construire des politiques ambitieuses et démocratiques. En somme, ce protectionnisme politique est une arme qui donne un espoir à l’internationalisme social – c’est-à-dire à l’élévation globale des conditions de vie, de travail, de liberté, etc. – alors que le libre-échange tend à installer la même « politique » sur tous les continents : des milliers de pauvres en plus pour chaque nouveau millionnaire, des dizaines d’années en moins de vie sur terre pour chaque année de destruction de l’environnement. Ce protectionnisme politique, solidaire, est conçu pour se dissoudre dans son propre succès et non pas pour se stabiliser dans un modèle sectaire. Il doit se faire à l’échelle des nations, non pas par nationalisme, mais uniquement parce que c’est le seul niveau d’organisation qui fournit les outils institutionnels d’une victoire sur le libre-échange destructeur. Son objectif est la liberté conditionnée des échanges, à travers des membranes intelligentes, dont le fonctionnement traduit la responsabilité des peuples envers tous les peuples, aujourd’hui et demain. C’est donc encore une fois une trajectoire tridimensionnelle qui est proposée, à travers l’expression « protectionnisme solidaire », et non pas un élément programmatique définissant un modèle de société. C’est une arme conçue dans le cadre d’un combat bien spécifique, qui a lieu aujourd’hui entre les peuples et les macrostructures privées (multinationales, paradis fiscaux, zones fermées de libre-échange, réseaux de trafics, etc.) mais qui demain, espérons-le, aura disparu.

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