NOUS NE RETOURNERONS PAS À L'ANORMALITÉ : POUR UN MOUVEMENT MONDIAL DES PLACES !

Contribution de la Maison de la Grève pour le "Monde d'Après"

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La crise à laquelle nous devons faire face aujourd'hui est un pur produit du système capitaliste, depuis la déforestation en Chine, jusqu'à l’industrie pharmaceutique complètement corrompue par la recherche de profit, la délocalisation de nos usines qui nous plongent dans la pénurie, en passant par les hôpitaux publics en crise suite à des années d'austérité et de privatisation. La classe dirigeante, elle, se montre complètement incapable de protéger comme il se doit sa population, car incapable avant tout de sacrifier le moindre de ses profits, quitte à laisser le champ libre au virus sur l'ensemble du territoire. Ces menteurs aguerris n'ont d'ailleurs pas perdu de temps avant d'utiliser le prétexte de cette guerre contre le virus pour en faire payer le prix aux travailleurs et travailleuses avec une des plus importantes attaques au code du travail de toute l'Histoire. Ils ont encore utilisé le fameux "en même temps" pour demander aux Français.e.s de rester chez eux, essuyant ainsi le prix de la casse de l'hôpital et leur manque d'anticipation sur l'approvisionnement en masques, tout en les invitant à continuer de faire tourner l'économie. 

La classe capitaliste rejette la responsabilité de la crise économique actuelle sur cette pandémie qui n'a fait que révéler ce qui se tramait depuis des décennies, ce désastre qu'ils ont réussi à reporter pendant quelques années en accumulant de la dette par l'expansion du crédit. La bulle spéculative allait éclater tôt ou tard car la crise fait partie intrinsèque du système capitaliste. Elle est d'ailleurs cyclique et permet à la classe dominante de concentrer à chaque fois un peu plus les marchés et donc asseoir un peu plus son pouvoir, tout en utilisant ces crises comme stratégie du choc pour imposer son totalitarisme financier et policier. Des crises, il y en aura d'autres, économiques et financières, alimentaires et agraires, sociales et sanitaires, écologiques et climatiques avec à chaque fois son lot de réduction des populations les plus fragilisées, concentration des marchés et restriction des libertés. Comment ne pas voir du malthusianisme dans ces scénarios anticipés dont les élites arrivent toujours à tirer profit ? C'est pourtant le monde radieux que nous promet le rêve capitaliste, vers lequel il nous entraîne de gré ou de force.

Si le Coronavirus est capable de nous amener à faire ce constat, il doit aussi nous obliger à réinventer nos relations aux autres et au vivant en changeant notre modèle de production et de consommation face à l'épuisement des ressources naturelles, notre système démocratique et social, mais pas seulement... Il doit aussi nous permettre de tourner enfin la page d'une ère déjà révolue. En effet, il suffit de commencer à s'ouvrir au monde des possibles, des alternatives au capitalisme, pour se rendre compte très rapidement que tout est déjà là, que tout a précieusement été pensé : permaculture, bio-construction, éco-villages, énergies libres, recyclage, AMAP, coopératives, monnaies alternatives, et que toutes ces petites merveilles sont en constant perfectionnement. Quel message plus rassurant et fédérateur que celui-ci face à la peur du "chaos" post grand soir ou post effondrement ? Bien sûr, ces techniques ne sont pas mainstream. Au contraire, elle sont censurées, interdites, récupérées, brevetées ou rachetées et réduites au silence. Il ne tient qu'à nous de montrer leur viabilité, de faire le lien entre elles et de les promouvoir comme il se doit. Pourquoi chercher à réinventer la poudre quand de nombreux esprits éclairés n'ont pas attendu un virus pour repenser ce monde d'après ? Il est grand temps de partager les savoirs et de les transformer en actes !

Depuis quelques années, les peuples se retrouvent à travers le monde sur les places publiques autour des mêmes principes d'autonomie, de transparence, d'inclusivité, d'horizontalité, de pacifisme, de recherche de consensus primant sur le vote, etc... Les mêmes revendications illustrent leurs pancartes : constituante et référendums, fin des privilèges et irréprochabilité des exécutant.e.s, limitation de la richesse et justice fiscale, services publics de qualité et socialisations, nécessité de remettre la question écologique au centre de nos décisions... Tout cela nous amène à penser qu'il existe une grande vérité immuable dans toute cette recherche de réponses aux enjeux du vivre ensemble, une logique même que nous devrions nous efforcer de rechercher en osant assumer une certaine maturité de nos luttes malgré notre "marginalité" prônée dans les médias traditionnels. Nos petites différences deviennent rapidement insignifiantes quand nous travaillons ensemble à trouver des solutions communes. Ce changement radical n'aura de sens qu'en engageant la planète entière dans ce changement fondamental : penser l'économie et les choix sociaux en terme de besoins fondamentaux pour chaque humain, en protégeant les ressources de la planète et en acceptant de les partager avec les moins nanti.e.s dans les autres pays. Hélas, nous avons souvent besoin de catastrophes pour pouvoir replanter les bases de notre société, mais si nous arrivons à relever ce défi, ce malheur qui fera sûrement des centaines de milliers de morts ne sera pas advenu pour rien. 

C'est pourquoi à la Maison de la Grève nous avons profité de cette période de trêve pour inviter des militant.e.s de tous bords, gilets jaunes, écolos désobéissant.e.s, constituant.e.s, enseignant.e.s, autonomes, anarcho-syndicalistes, bâtisseur.ses de démocratie motivé.es et inspiré.es pour réfléchir à un mouvement social d'un genre nouveau. Comme toujours, nous nous fions à l'intelligence collective à travers la recherche de consensus pour pouvoir faire émerger des propositions concrètes et réalistes qui puissent inspirer et fédérer l'ensemble des forces militantes du pays. Un puissant programme de lutte qui contribue à construire ce « oui majoritaire », ce nombre critique dont nous avons tellement besoin pour arriver à changer le système. Cela passe d'une part par la mise en place d'une plateforme inter-active, notre "Assemblée permanente" qui nous permettra de réfléchir ensemble, proposer, amender, décider et archiver toutes nos idées d'actions. Cela passe aussi par le maillage de relais locaux qui puissent appliquer de manière simultanée ce plan d'action, immeuble par immeuble, quartier par quartier sur l'ensemble du territoire. Notre dynamique de convergence nous a amenés à participer avec d'autres collectifs qui partagent les mêmes principes et objectifs à la construction d'un grand mouvement national et international des places qui émergera au grand jour le 31 mai prochain dans plusieurs villes du monde.

À l’heure où l'on nous demande de nous retrousser les manches pour réanimer cette bête agonisante que nous avons toujours tant souhaité détruire, mettons définitivement à terre le capitalisme à échelle mondiale. Un autre monde est possible. Il est déjà là sur le seuil attendant que nous en fassions notre réalité. Nous invitons donc l'ensemble des lecteurs et lectrices de cet appel à constituer des relais locaux du Monde d'Après (voir lien ci-dessous). C'est le moment : contactez l'ensemble des initiatives écologiques et sociales sur votre territoire, et lancez la dynamique ! Pour faciliter vos premiers pas, différents outils (tutoriels, idées d'ateliers, fils de discussion divers...) sont disponibles sur notre page Internet. Fort.e.s de ces valeurs et objectifs communs, construisons ensemble ce mouvement inclusif, transparent, inter-sectionnel dans une véritable pluralité des tactiques. Récupérons nos places, récupérons la parole, récupérons notre destin commun, si longtemps dérobé par une classe que nous ne souhaitons plus entretenir. Formons des assemblées populaires souveraines qui nous permettent de nous organiser localement en commissions et groupes d'action pour lutter partout et tout le temps dans un nouveau rapport de force qui n'aura jamais été aussi légitime car plus que jamais nécessaire. Finalement, si ce n'est pas maintenant, quand ?... 

 

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