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Billet de blog 18 févr. 2018

Véganisme, végétalisme : ce que dit la science

Le véganisme est parfois décrit comme une mode, un régime alimentaire dangereux, une religion ou une lubie. Ces qualificatifs cachent les bases d'un mouvement reposant pourtant sur un principe moral que personne ne prétend refuser : ne pas nuire à autrui en l'absence de nécessité. D'un point de vue nutritionnel, que dit la science de ce caractère "nécessaire" ?

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Le végétalisme est viable, pas miraculeux

Parce que la consommation excessive de produits d'origine animale, en particulier transformés, favorise certaines pathologies humaines, les personnes défendant les droits des animaux sont souvent tentées d'enfoncer le clou et de décrire le végétalisme comme étant la solution à tous les maux. Certains articles de presse, blogs, groupes de discussion, magazines ou sites web prétendent ainsi que le végétalisme permet d'augmenter l'espérance de vie ; de prévenir ou de guérir un nombre incalculable de maladies, dont certaines sont particulièrement graves (les cancers et les maladies cardiovasculaires, en particulier, sont abondamment mentionné.e.s).

Le tout est souvent mêlé à des recommandations douteuses : faire des cures detox, manger sans gluten, redouter la carence en protéines, ou encore devenir fruitarien.ne ou frugivore. Or, les cures detox sont basées sur du vent ; dans l'état actuel des connaissances, manger sans gluten en l'absence de maladie cœliaque n'a aucun sens ; alerter sur une éventuelle carence en protéines est inutile quand on s'adresse à des personnes qui ont une alimentation dont l'apport calorique est suffisant ; et un régime alimentaire constitué uniquement de fruits et de légumes n'a jamais pu apporter la preuve de sa viabilité sur le long terme. Les discours pseudo-scientifiques sont donc légion, davantage que la nuance et la pondération. Autres écueils : ces mêmes discours ramènent la question des droits des animaux à des pratiques individuelles -des sortes de mesures d'hygiène personnelle qui prennent parfois des airs de quête de pureté- et la déplacent vers des considérations consuméristes ; alors que l'exploitation des animaux est issue d'un système, porté par des normes sociétales et des institutions.

Les militant.e.s qui voient dans ces informations pseudo-scientifiques une occasion d'appuyer leur position éthique sont ainsi susceptibles de décrédibiliser un discours déjà difficilement audible par une société qui peine à remettre ses habitudes en question. Les biais de confirmation, ces erreurs courantes de perception qui nous poussent à ne prendre en compte que les informations qui vont déjà dans le sens de nos convictions, pèsent dans la balance. Pourtant, dans l'intérêt de tou.te.s, y compris des animaux, il est souhaitable de produire un discours s'appuyant sur des faits rationnels.

Les faits rationnels existent, et ils sont suffisants

Nous savons aujourd’hui que la consommation de produits issus de l’exploitation animale est inutile pour vivre en bonne santé. Malgré des idées reçues tenaces -bien qu'elles soient de plus en plus fragiles- il n’y a donc aucune nécessité de perpétuer l’oppression exercée sur les animaux. En France, il n'existe aucune formation de santé spécifiquement dédiée aux alimentations végétales. Les professionnel.le.s de la santé manquent conséquemment d'informations relatives à l’alimentation végétalienne et au véganisme ; c’est pour cette raison qu’un certain nombre d’entre elles et eux déconseille encore cet engagement éthique par croyance. De moins en moins, toutefois : les recommandations nutritionnelles sont en train de changer à ce sujet. Lentement, mais sûrement. Les médecins désigné.e.s comme étant vg-friendly, c'est-à-dire celles et ceux qui ne déconseillent pas le végétalisme à leur patient.e.s, se sont souvent formé.e.s en consultant les recommandations nutritionnelles internationales.
En France, le PNNS (Programme National Nutrition Santé), a longtemps affirmé que le végétalisme n’était pas viable, sans plus de détails. Les choses ont évolué grâce à une demande collective adressée à l'ANSES (Agence nationale de sécurité sanitaire de l'alimentation, de l'environnement et du travail) et à la cellule du PNNS par plusieurs structures, sous l'impulsion de la Fédération Végane (anciennement Société Végane francophone). Des conseils nutritionnels sont désormais donnés aux personnes végétaliennes, notamment la nécessité de se complémenter en vitamine B12. Le végétalisme est donc aujourd’hui explicitement considéré comme tout à fait possible par le PNNS, même si l'on peut regretter que le paragraphe consacré à ce type d’alimentation soit encore incomplet et inutilement anxiogène.

L'un des textes faisant actuellement référence dans le domaine est le rapport de l’Academy of Nutrition and Dietetics, composée d'environ 100 000 nutritionnistes et diététicien.ne.s, qui expose que "les alimentations végétariennes bien conçues (y compris végétaliennes) sont bonnes pour la santé, adéquates sur le plan nutritionnel et peuvent être bénéfiques pour la prévention et le traitement de certaines maladies. [Elles] sont appropriées à tous les âges de la vie, y compris pendant la grossesse, l’allaitement, la petite enfance, l’enfance et l’adolescence, ainsi que pour les sportif.ves."

L'étude de cohorte menée sur les Adventistes en 2013 montre également une mortalité comparable entre les populations ayant végétalisé leur alimentation et les autres (voir également ici et ). Au Royaume-Uni, la British Nutrition Foundation reconnaît depuis longtemps la viabilité d'une alimentation végétale et donne des conseils pertinents à destination des personnes végétariennes et véganes. S'appuyant notamment sur ces éléments, ainsi que sur d'autres recommandations internationales, une quarantaine de professionnel.le.s de la santé appellent les autorités françaises, dans une tribune publiée en octobre 2017 dans France Soir, à reconnaître que le véganisme est viable à tous les âges de la vie. Les lignes bougent. 

Ces éléments rationnels doivent nous amener à ne plus promouvoir l'exploitation des animaux comme étant indispensable dans nos sociétés. Nous avons le devoir moral de changer de paradigme, sans attendre, pour ne plus imposer aux animaux la somme de souffrances considérable -et difficilement concevable- qui leur est actuellement infligée, sans aucune nécessité. 

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