De Beyrouth à Paris, l'émotion

En rentrant chez moi après une nuit à danser sur mes peurs et incertitudes, j'ai trouvé mon passeport, que j'avais négligemment jeté sur mon lit avant de sortir retrouver des amies. Un passeport français. Jeudi soir, j'avais appris la nouvelle d'un double attentat suicide en banlieue Sud de Beyrouth, par une amie qui m'attendait à la terrasse d'un bar. Hier, c'est aussi elle qui m'a envoyé la nouvelle par message, alors que j'étais attablée autour d'un dîner arménien. Et soudain, le choc.

 

Les contacts à toutes les personnes à qui tu peux penser, l'attente angoissée de nouvelles, en essayant de comprendre ce qui a bien pu se passer. Et pourtant, j'ai connu ces chocs à répétition en trois ans de vie au Liban, marqué par près d'une vingtaine d'attentats depuis janvier 2013. Bien sûr, le fait que ce soit des victimes que j'aurais pu connaître depuis 2 ans, 5 ans, 10 ans, donne une touche beaucoup plus émotionnelle à la peur que j'ai ressentie. Et, en face de moi, des gens faisaient la fête, parce que malheureusement ils ne connaissent que trop bien cette émotion, et savent la surmonter, chacun à sa façon.

 

Cependant, que ce soit au Liban, en Syrie, en Irak, au Yémen, en Afghanistan, des milliers de personnes vivent ces événements au quotidien. Que cela attaque Paris, symbole (pourtant écorné) de liberté, la capitale d'un pays occidental, joue certainement, et on oublie dans cette émotion, non seulement les voisins de l'autre côté de la Méditerranée, mais aussi la responsabilité des leaders occidentaux dans cette situation. Elle doit changer, c'est vital. On ne peut pas continuer à balancer des bombes, des roquettes, à se perdre en discours et en discussions inutiles, quand le monde se fracture de la sorte. Ce n'est pas en stigmatisant les personnes qui ont fui ceux qui ont attaqué Beyrouth et Paris cette semaine, que cela va aller mieux. Ce n'est pas en mettant le blâme, une nouvelle fois, sur les musulmans, que cela va aller mieux. Après l'émotion, il est important de réfléchir et de savoir penser à des alternatives. La guerre n'est pas une solution, et ne le sera jamais. Aujourd'hui, ce n'est pas juste Paris, ou la France, ou Beyrouth, ou le Liban. C'est un monde entier qui se casse la gueule.

 

Hier soir, je n'étais pas seule, et j'ai pu oublier la cruauté humaine. Hier soir, j'ai dansé sur tout ce qui se passe d'horrible dans le monde. Et je vous conseille de faire de même, de ne pas vivre dans la peur. Hier soir, de nombreuses personnes m'ont enlacée, voyant mon émotion, des Américains, Canadiens, des Libanais, des Italiens, et surtout ce petit homme syrien, vendeur de fleurs bien connu pour son rap dans le quartier de la nuit beyrouthine, qui m'a glissé à l'oreille qu'il comprenait. Merci pour tout ça. Vous êtes la raison que tout n'est pas perdu, qu'il y a de l'espoir pour aller vers un futur meilleur.  

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