Pas seulement les armes chimiques: la faim, les attentats, les épidémies

En apparence, la situation en Syrie a presque semblé s’améliorer au cours des dernières semaines. Les experts internationaux sont à l’œuvre pour identifier et détruire l’arsenal chimique syrien. Les discussions et les rencontres se succèdent en préparation de la conférence de paix de « Genève 2 », prévue théoriquement pour fin décembre. Les médias internationaux ne parlent quasiment plus des combats, des explosions ni des bombardements. Tout semble être rentré dans l’ordre par rapport à fin août.

En apparence, la situation en Syrie a presque semblé s’améliorer au cours des dernières semaines. Les experts internationaux sont à l’œuvre pour identifier et détruire l’arsenal chimique syrien. Les discussions et les rencontres se succèdent en préparation de la conférence de paix de « Genève 2 », prévue théoriquement pour fin décembre. Les médias internationaux ne parlent quasiment plus des combats, des explosions ni des bombardements. Tout semble être rentré dans l’ordre par rapport à fin août.

Mais sur le terrain, loin des grands écrans, le conflit continue. Entre le régime et l’opposition, pour le contrôle des grandes villes et d’autres zones stratégiques. Entre les groupes islamistes armés et les milices kurdes pour le contrôle de la région nord-est et des postes frontières avec la Turquie et l’Irak. Et parfois entre les groupes modérés de l’opposition et les milices islamistes radicales pour le contrôle des villes du nord du pays. Bien qu’au cours des derniers mois il n’y ait pas eu de grandes offensives ni de d’importants renversements de situation au niveau des lignes de front, des combats d’intensité faible ou moyenne se poursuivent.

En outre une nouvelle tendance très préoccupante est apparue au cours des dernières semaines : l’explosion de voitures piégées dans les zones contrôlées par l’opposition. Ce type d’attentats avait surtout été utilisé jusqu’à lors dans les zones sous contrôle du régime. Le 27 septembre à Rankous, gouvernorat de Damas : plus de 25 mors et de 100 blessés. Le 14 octobre à Darkoush, gouvernorat d’Idlib : plus de 27 morts et des dizaines de blessés. Le 25 octobre à Wadi Barada, gouvernorat de Damas : plus de 100 morts et de 200 blessés. Dans deux cas, l’explosion a eu lieu près d’une mosquée durant la prière du vendredi ; dans un autre cas, au beau milieu du quartier commerçant de la ville. Personne n’a revendiqué ces attentats ; soupçons et accusations se sont tournés aussi bien vers le régime que vers les groupes armés les plus radicaux.

Au milieu de ces troubles, entre lignes de fronts confuses et fluctuantes, attaques surprises et bombardements aveugles, plus de 20 millions de Syriens cherchent chaque jour à échapper à la violence et à la misère. Parmi eux il y a plus de 5 millions de déplacés internes. En dépit des grandes acrobaties de la diplomatie internationale et des efforts méritoires des inspecteurs de l’OPAC* pour éliminer les armes chimiques, la situation des civils n’a absolument pas changé par rapport à il y a deux mois. Au contraire, elle risque d’empirer en raison de la rareté de la nourriture et de l’arrivée de l’hiver.

L’augmentation des prix, le manque de travail, l’abandon des terrains agricoles et la fuite précipitée de beaucoup de déplacés ont contribué à créer une crise alimentaire dans plusieurs zones du pays. Le Programme Alimentaire Mondial (PAM) déclare distribuer des rations de nourriture à environ 3 millions de personnes chaque mois. D’autres centaines de milliers de personnes reçoivent des aides d’autres organisations locales et internationales. Mais dans bien des endroits, ces aides ne parviennent pas à être distribuées. Certaines villes de l’arrière-pays de Damas, parmi lesquelles Mouadhamiyeh, Daraya ou Yarmouk, subissent un siège serré de la part du régime : les voitures et les camions ne peuvent ni entrer ni sortir, et l’approvisionnement en nourriture est quasi impossible. 

A Mouadhamiyeh, des sources locales de l’opposition ont déclaré que six enfants et une femme étaient morts de faim au cours des deux derniers mois. Les organisations humanitaires n’ont pas pu vérifier ces affirmations de manière indépendante, ni envoyer aucun secours. Le 13 octobre une partie de la population civile de Mouadhamiyeh, environ 3.000 personnes, a été évacuée en deux temps ; le 29 octobre mille autres personnes ont pu sortir au cours d’une troisième évacuation. Des milliers de civils et des centaines de combattants sont encore piégés à l’intérieur. De nombreux travailleurs humanitaires craignent que la situation alimentaire critique de Mouadhamiyeh ne soit que l’annonce d’une famine qui pourrait se généraliser dans les prochains mois à d’autres zones du pays.

La situation sanitaire continue également à empirer. Selon un article de la revue médicale britannique The Lancet paru le 16 septembre, 37% des hôpitaux syriens sont détruits et parmi les hôpitaux restants, 20% sont sérieusement endommagés. Des milliers de médecins et d’infirmiers ont été emprisonnés ou ont fui à l’étranger. La dégradation des services de santé, outre le fait qu’elle prive des millions de personnes d’accès aux soins, a augmenté le risque de propagation d’épidémies.

En outre au mois d’octobre le gouvernement syrien et l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) ont identifié vingt cas suspects de poliomyélite parmi un groupe d’enfants de Deir el Zor, à l’est de la Syrie. Vendredi 25 octobre, les Nations Unies ont déclaré que le risque d’une épidémie de polio était réel et qu’ils préparaient une campagne de vaccination à grande échelle, qui devrait impliquer 2,5 millions d’enfants en Syrie et plus de 10 millions d’enfants dans tout le Moyen-Orient. Reste à savoir si l’ONU sera en mesure de mettre en œuvre cette campagne au beau milieu du chaos syrien.

* L’Organisation pour la Prohibition des Armes Chimiques 

D'autres histoires sur la crise syrienne sont à découvrir sur le site www.focusonsyria.org/fr

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