Société civile en Syrie, une nouvelle génération

De plus en plus souvent, au cours de l’année 2013, les observateurs internationaux ont ramené l’analyse de la crise syrienne à une simple dichotomie: d’un côté le régime de Bachar al Assad, policier, violent et dictatorial; de l’autre des groupes d’opposition armée, eux aussi violents, souvent indisciplinés, et inspirés de manière croissante par les idéologies islamistes radicales.

De plus en plus souvent, au cours de l’année 2013, les observateurs internationaux ont ramené l’analyse de la crise syrienne à une simple dichotomie: d’un côté le régime de Bachar al Assad, policier, violent et dictatorial; de l’autre des groupes d’opposition armée, eux aussi violents, souvent indisciplinés, et inspirés de manière croissante par les idéologies islamistes radicales.

Les opérations militaires des deux bords et les développements politiques sur le plan national et régional continuent à monopoliser l’attention des mass médias. De temps en temps, un article apparaît sur les réfugiés dans les pays voisins ou plus rarement sur la crise humanitaire dans le pays. Des mouvements d’opposition non-violente, des activistes civils, des associations caritatives locales, en revanche, on ne parle plus.

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Un travailleur social syrien enquête sur les besoins d'une réfugié syrienne dans les rues de Erbil, au Kurdistan irakien.

Où sont passés les milliers d’hommes et de femmes, parmi lesquels de nombeux jeunes, qui ont constitué le nerf du mouvement non-violent de 2011? L’impression générale est qu’il ne reste quasiment plus personne. Beaucoup ont été arrêtés ou assassinés par le régime, d’autres ont été victimes des groupes jihadistes, certains ont pris les armes, d’autres ont refusé et ont fui le pays, un nombre croissant a saisi l’occasion de demander l’asile politique dans un pays occidental et a définitivement quitté la région. Le peu qui sont restés, selon les analyses les plus communes, auraient perdu toute capacité d’influence.

La société civile syrienne est donc au bord de l’extinction ? Les activistes non-violents ont été définitivement relégués à l’impuissance et à l’oubli ?

L’observation sur le terrain révèle une situation diverse. Si beaucoup de militants pro-démocratie de 2011 sont aujourd’hui en prison ou en exil, de nombreux autres continuent leur travail sur le terrain, malgré la menace de représailles aussi bien de la part du régime que des groupes islamistes radicaux. Beaucoup d’entre eux se sont installés au Liban, en Turquie ou en Jordanie, et continuent de là-bas à travailler pour l’assistance humanitaire, pour l’information et les droits de l’Homme.

En outre, petit à petit, une nouvelle génération de citoyens engagés a émergé en Syrie. De nombreuses personnes qui n’avaient jamais pris part aux manifestations, émues des dures conditions de vie des déplacés, ont commencé petit à petit à apporter de l’aide à leurs concitoyens en difficulté. Les volontaires de beaucoup d’associations locales n’ont pas ménagé leurs efforts pour visiter les logements collectifs et apporter de la nourriture, des matelas, des couvertures, des vêtements. Leur travail remédie en partie à l’insuffisance des aides humanitaires distribuées par le Croissant Rouge, les autres agences de l’Etat et les Nations Unies.

Certaines de ces personnes sont contre le régime, mais de nombreuses autres n’ont pas de position politique bien définie, ils ne se sont rangés ni d’un côté ni de l’autre : ils tentent simplement d’apporter de l’aide et espèrent que la guerre finisse au plus vite. Même certains partisans de Bachar al Assad, apitoyés par la situation des déplacés, participent à ces activités informelles d’assistance, parfois directement, d’autres fois de manière indirecte, en fournissant des autorisations ou une couverture politique, ou en fermant les yeux sur le non-respect des règles strictes imposées par le régime. Ce sont des Syriens de toute extraction sociale et de toute confession, y compris des membres de la minorité chrétienne et alaouite.

Un fonctionnaire des douanes accepte de faire passer un chargement de couvertures et de matelas sans aucune contrepartie. Un prête engage les jeunes de sa paroisse pour distribuer de l’aide aux personnes dans le besoin. Un médecin visite gratuitement les déplacés dans son ambulance privée. Une étudiante reçoit des fonds d’une organisation humanitaire et achète des médicaments à distribuer gratuitement. Un membre d’une organisation locale organise des séances de sensibilisation à l’hygiène et aux maladies infantiles pour les femmes déplacées.

Les exemples pourraient être multipliés à l’infini. Ils sont des milliers. Ce sont des Syriens et des Syriennes qui, chaque jour, trouvent le courage d’assumer un risque pour venir en aide à leur prochain en difficulté, en faisant abstraction de sa confession ou de son opinion politique. Ce sont des personnes courageuses, endurcies par la souffrance partagée et l’engagement citoyen. Et dans ce conflit qui divise toujours plus brutalement, leur présence ne peut pas être oubliée.

D'autres histoires sur la crise syrienne sont à découvrir sur le site www.focusonsyria.org/fr

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