Les soins médicaux pour les Syriens: un crime, un risque, un rêve.

150 attaques contre des hôpitaux et cliniques publiques. 460 professionnels de la santé tués, parmi lesquels au moins 157 médecins. Ce sont les résultats de trois années de campagne systématique contre le système de santé syrien. Physicians for Human Rights (PHR), une ONG américaine, documente ces attaques et en met à jour les statistiques depuis le début de la crise en 2011.

150 attaques contre des hôpitaux et cliniques publiques. 460 professionnels de la santé tués, parmi lesquels au moins 157 médecins. Ce sont les résultats de trois années de campagne systématique contre le système de santé syrien. Physicians for Human Rights (PHR), une ONG américaine, documente ces attaques et en met à jour les statistiques depuis le début de la crise en 2011. Le 14 mai 2014 l’organisation a publié un communiqué de presse et une carte interactive montrant les structures sanitaires touchées. Selon leurs données, 90% de ces attaques ont été commises par forces du régime syrien.

« La nature systématique de ces attaques reflète l’indifférence du gouvernement vis-à-vis de la santé et de la vie des civils. Ce qui a créé une crise sanitaire qui affligera la Syrie pendant des années», a déclaré Erin Gallagher, le directeur du département Enquête et réponse d’urgence de PHR. Un médecin d’Alep explique la raison de ces attaques: « En tant que médecins, nous sommes souvent considérés comme l’ennemi parce que nous soignons tous les patients, sans tenir compte de leurs opinions politiques.»

La protection des structures de soins et du personnel médical en temps de guerre est un principe d’une importance capitale, réitéré par la Convention de Genève. Donna Mc Kay, la directrice de PHR, a ainsi exprimé son inquiétude: «La Syrie est l’un des pires exemples de l’utilisation d’attaques contre le système sanitaire comme arme de guerre. Nous ne devons pas permettre que ces abus deviennent la nouvelle norme durant un conflit.»

Bien que le régime soit responsable de la majeure part de ces violations, les attaques de la part des forces de l’opposition ont augmenté au cours de la dernière année, avec 9 attaques documentées depuis mars 2013. Dans de nombreuses zones sous contrôle des groupes rebelles, les conditions de sécurité du personnel médical et humanitaire continuent d’empirer. Le 15 mai, l’ONG Médecins Sans Frontières (MSF) a révélé dans un communiqué de presse que cinq de ses employés, enlevés dans le nord Syrie début janvier 2014, avaient été libérés en deux fois entre avril et mai.

« Le soulagement de voir nos collègues rentrer sains et saufs est mêlé à un sentiment de colère face à un acte aussi cynique qui a pour effet de priver d’une assistance vitale une population déjà gravement touchée par la guerre, déclare Joanne Liu, Présidente internationale de MSF. La réduction de l’aide humanitaire est la conséquence directe de l’enlèvement de travailleurs humanitaires. Sur le long terme, c’est la population syrienne qui en pâtit.»

En raison de cet incident, MSF a du fermer de façon permanente un hôpital et deux centres de santé, privant 150,000 personnes d’accès aux soins. Au cours des derniers mois, à cause des mauvaises conditions de sécurité, quasiment toutes les organisations humanitaires opérant dans le nord de la Syrie ont évacué leur personnel expatrié et ont par conséquent réduit le volume et la quantité de leurs aides (voir l'article).

L’écroulement du système de soins national oblige beaucoup de Syriens à chercher à se soigner dans les cliniques privées en payant des prix gonflés par l’inflation de ces dernières années. Pour le grand nombre de personnes qui ne peuvent pas se le permettre, l’unique espoir est la fuite à l’étranger. Dans les pays voisins, les Syriens sont assistés dans les camps de réfugiés ou au sein de structures sanitaires subventionnées par les agences humanitaires. Mais cela ne signifie pas que la disponibilité et la qualité des services de santé suffisent à couvrir leurs besoins.

La situation pour les Syriens est particulièrement difficile au Liban, pays dans lequel se trouvent plus d’un million de réfugiés et où le système de soins est extrêmement privatisé. Amnesty International a publié le 21 mai 2014 un article au titre évocateur: Des réfugiés syriens ont besoin de soins et les fonds internationaux font cruellement défaut.Audrey Gaughran, directrice du programme Thématiques mondiales d’Amnesty International, a déclaré: « Au Liban, il est extrêmement difficile pour les réfugiés syriens de se faire hospitaliser ou de recevoir des soins spécialisés, et cette situation est encore aggravée par l’insuffisance criante de fonds internationaux.»

« Les problèmes de santé font sombrer des familles entières dans l’endettement. Il y a très peu de travail pour les réfugiés syriens, dont la plupart sont arrivés au Liban sans aucun argent ou presque. Ils ont dû faire un choix : régler des soins de santé, payer leur loyer ou acheter de quoi se nourrir », a poursuivi Mme. Gaughran.

Soigner les Syriens dans leur pays comporte un risque, cet acte étant considéré comme un crime. Trouver à l’étranger les soins appropriés reste souvent, pour beaucoup de Syriens, un rêve inaccessible.

D'autres histoires sur la crise syrienne sont à découvrir sur le site www.focusonsyria.org/fr

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