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Billet de blog 1 sept. 2013

De l’An II de la République à l’An II du hollandisme

Francis Daspe
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En cette rentrée 2013, l'AGAUREPS-Prométhée a décidé de célébrer à sa manière les 220 ans de la République Montagnarde. Elle lance ses "Chroniques de la République montagnarde" qui paraitront dans chacune des Lettres du mois de l'AGAUREPS-Prométhée jusqu'au mois de juin 2014. La somme de ces chroniques constituera la matière d'un ouvrage.

La République montagnarde représente à bien des égards la première tentative de l'édification d'une République sociale, raison d'être de l'AGAUREPS-Prométhée qui milite ardemment pour. Il sera instructif dans ce cadre de mettre en liaison ce qui  a été, ce qui aurait pu être, ce qui est, ce qui pourrait être... A cet effet, l'intitulé de cette première chronique, "De l'An II de la République à l'An II du hollandisme", est révélateur. Vous retrouverez ici, mois après mois, ces chroniques de la République montagnarde comme autant d'invitions à connaître le passé, à comprendre le présent et à s'interroger sur les perspectives d'avenir.

Les deux auteurs, François COCQ et Francis DASPE, sont président et secrétaire général de l'AGAUREPS-Prométhée (Association pour la Gauche République et Sociale) ( http://agaurepspromethee.wordpress.com/). 

La Grande révolution est un tout. Elle est l’expression première d’un processus révolutionnaire qui s’est nourrit des aspirations à la fois les plus urgentes et les plus construites, se heurtant aux puissances obscures de la réaction. Elle s’est frayée un chemin vers la liberté, l’égalité et la fraternité pour accéder à l’universel. Elle a en conséquence par la suite diffusé et imprégné son essence pour abreuver les nécessités d’aujourd’hui. C’est en cela que réside la force propulsive de la Révolution française qui pouvait faire dire à Clémenceau qu’on ne devait l’appréhender que comme un bloc : « Mais voici venir M. Joseph Reinach qui monte à cette tribune entreprendre le grand œuvre d'éplucher, à sa façon, la Révolution française. Il épluche en conscience et, sa besogne faite, nous dit sérieusement : J'accepte ceci, et je rejette cela ! (…) J'admire tant d'ingénuité. Messieurs, que nous le voulions ou non, que cela nous plaise ou que cela nous choque, la Révolution française est un bloc… un bloc dont on ne peut rien distraire, parce que la vérité historique ne le permet pas », proclamait-il à la tribune de la Chambre des députés le 29 janvier 1891. C’était évidemment bien avant que le futur président du Conseil et ministre de l’Intérieur ne s’auto-proclame « le premier flic de France », titre qui semble régulièrement conduire à se couper des racines de l’histoire du camp progressiste si l’on se réfère aussi à l’actualité la plus récente !

La République montagnarde qui va nous servir de miroir tout au long de cette année est plus qu’un espace temporel au cœur de cette Grande révolution. An II de la République pour les uns, Convention montagnarde pour d’autres, Terreur pour certains, la période qui va de la chute de la Gironde à Thermidor s’inscrit dans le mouvement d’affirmation de la souveraineté populaire et dans la recherche de l’intérêt général. Et ce alors même que la France est en proie aux attaques des ennemis de l’extérieur comme de l’intérieur, toile de fond qu’il convient de ne jamais oublier si l’on veut s’essayer à une appréhension honnête et objective de la réalité. En cela, la République montagnarde est englobante et constitue une forme de gouvernement révolutionnaire qui évoluera au fil des mois pour précisément s’adapter aux exigences des urgences du réel.  Les contenus et les actions doivent interpeller fortement les héritiers de l’humanisme radical à l’heure où l’oligarchie prône par les faits la politique du consensus, cette « gouvernance de la connivence » qui s’observe aujourd’hui à tous les échelons de la vie politique, des intercommunalités aux gouvernements nationaux en passant par les instances européennes ou les organes supranationaux de la mondialisation libérale.

Des Etats généraux qui se réunissent pour la première fois le 5 mai 1789 à la République montagnarde, l’historiographie réactionnaire a dans les pas de François Furet voulu remplir un album fait de bons et mauvais points. Quelle suffisance et quelle arrogance que de vouloir distinguer dans ce flot d’événements ce qui serait raisonnable de ce qui ne le serait pas. Certains aiment bien se transformer à bon compte en arbitre des élégances de salon en se déconnectant de la réalité historique. Il n’y a pire faute pour un historien digne de ce nom que de manier avec autant de légèreté l’anachronisme. Continuons donc avec Clémenceau pour nous défier de ce travers. « Suivant le mot de Michelet, à l'heure où la France était aux frontières faisant face à l'ennemi, c'est une besogne facile que de venir dire aujourd'hui à ces hommes qui ont fait la patrie, qui l'ont défendue, sauvée, agrandie : sur tel point, à telle heure, vous avez été trop loin ! ».

La mise en perspective à laquelle nous allons nous livrer pourra être amenée à aller puiser aux sources de la Constituante et de la Législative, à s’élever à la tribune des Jacobins, ou à retranscrire des propos de l’Ami du peuple pour bien comprendre en quoi les réalisations de la République montagnarde représentent un aboutissement du processus révolutionnaire. Mais c’est particulièrement avec la Convention, dans ses joutes politiques modernes, dans les ruptures qui s’y opèrent, qu’émergera le sens de l’action. C’est cette Convention qui le 22 septembre 1792, au lendemain de la victoire de Valmy, a décrété la République, que s’inscrira l’action gouvernementale de la Montagne.     

Car la Convention est d’abord dominée par les Girondins. Noyée sous les intrigues et la corruption, louvoyante lors du procès du Roi, incompétente pour endiguer les assauts de la coalition européenne royaliste ou le soulèvement de la Vendée, elle perd rapidement sa crédibilité. Surtout, la Gironde se révèle très vite incapable de traduire la volonté du peuple.  Alors même que la misère s’abat sur les plus fragiles, son libéralisme économique et l’inaliénabilité de la propriété qu’elle défend l’amènent à refuser toute mesure de réglementation, quand bien même les accapareurs pratiquent le stockage des denrées et jouent de la hausse des prix. Ces accapareurs que l’on nommait également à l’époque « agioteurs », ce sont les spéculateurs et autres boursicoteurs de notre présent.

En effet, le clivage est double, d’ordre politique et social. Les Girondins estiment qu’une fois la République proclamée, la Révolution est finie : elle a donné suffisamment satisfaction à la bourgeoisie par l’obtention de l’égalité civile et le libre jeu du marché. Rappelons pour éviter toute confusion malencontreuse qu’avant 1789 la bourgeoisie faisait partie du Tiers-Etat : à ce titre elle était exclue du cercle des privilégiés de la société d’Ancien Régime. Les Montagnards pensent que la Révolution doit se poursuivre : le peuple des sans-culottes doit bénéficier de nouvelles conquêtes sociales afin de donner pleinement sens à la devise républicaine. De plus en plus isolée, la Gironde croit s’en sortir en jetant l’opprobre sur sa gauche comme lorsqu’elle décrète Marat d’accusation en avril 1793. Cela ne fait au contraire qu’entériner sa rupture avec le peuple et conduire à sa chute le 2 juin 1793.

Ni héritière, ni « fourvoyeuse », la Montagne s’efforce donc de traduire durant l’été 1793 les revendications des sans-culottes et de répondre aux urgences aux frontières ainsi qu’aux désordres intérieurs. Dans ce mouvement extraordinaire, elle prend le temps d’adopter une constitution écrite à l’encre de l’égalité et de l’humanisme. Mais le 10 octobre 1793, la Convention prend acte du fait que « le gouvernement provisoire de la France sera révolutionnaire jusqu'à la paix ». Du fait des circonstances commandées par les impératifs de l’urgence de la survie, tant politique que physique, elle met cette constitution entre parenthèses.

Pour autant, ses réalisations de juin 1793 à juillet 1794 seront immenses. Elles interrogent puissamment nos actions ou  inactions actuelles. De l’emprunt forcé sur les riches à la loi du maximum général des denrées de première nécessité et des salaires, du calendrier révolutionnaire à l’adoption du français comme langue obligatoire pour tous les actes publics, de l’abolition de l’esclavage aux colonies au rapport sur l’extinction de la mendicité, de la mise en place d’un nouveau système métrique à la création de l’école polytechnique, des lois de Ventôse à la victoire de Fleurus, la République montagnarde, consciente que l’une n’existe pas sans l’autre ni l’autre sans l’une, a cherché le chemin qui ferait se rejoindre la liberté et l’égalité.

Délestés de la diatribe médiatique et des contingences de la fabrication des vulgates historiques, c’est avec un regard distant de 220 ans que nous pouvons apprécier ces actions et jauger de leurs conséquences. Ces chroniques de la République montagnarde sont une invitation en creux à analyser les choix de l’An II du hollandisme avec chevillé au corps ce que fut l’An II de la République.

Les matérialistes que nous sommes ne sauraient confondre les situations et les contextes, ni vouloir transposer aujourd’hui à l’identique des recettes du passé. Par contre, c’est ce même élan révolutionnaire que nous refusons de voir retomber, cette ambition extrême pour l’Humain que nous ne voulons pas abandonner, cette souveraineté populaire et cette indépendance nationale que nous voulons préserver. Au nom de la République. Au nom du socialisme. Au nom du socialisme révolutionnaire qui est plus que jamais d’actualité. Et qui s’inscrit plus que jamais dans une perspective « prométhéenne » sans cesse renouvelée par la réflexion et l’action militantes. 

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