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Billet de blog 2 juil. 2013

A Perpignan, le Front National ne doit pas être dé-diabolisé

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Francis DASPE est militant du Parti de Gauche à Perpignan. Il est également secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée). http://agaurepspromethee.wordpress.com/

            Le danger que représente le Front National pour l’idéal républicain ne saurait être minimisé. L’actualité récente, électorale ou relevant du simple fait divers, le confirme. Il ne fait pas de doute qu’un vent mauvais fait sentir ses effets dans tout l’hexagone, et même au-delà sur une bonne partie du continent européen. La gravité de la crise et plus encore l’incapacité des potions libérales à la juguler jouent même un rôle d’amplificateur. La partielle de Villeneuve-sur-Lot en a témoigné. Perpignan n’y échappe malheureusement pas. La tramontane n’a pas permis de repousser le danger ni d’en désactiver les ressorts. La situation locale y prend même un relief particulier avec la présence du « prince consort », Louis Aliot.

            Il entend en effet capitaliser à l’occasion des prochaines élections municipales la stratégie de dédiabolisation entreprise par Marine le Pen. Stratégie dont il faut avouer qu’un des éléments les plus douloureux d’un succès pourtant mi-figue mi-raisin réside dans la capacité d’une partie de la sphère médiatique à lui donner un certain crédit. Et ce d’une manière que le terme d’indécence ne parvient pas même à atténuer.  

            Certaines voix s’élèvent pour demander un large rassemblement de l’ensemble des forces de gauche dès le premier tour des municipales de Perpignan. Ces voix-là sont souvent celles qui n’avaient pour seul argument que le vote utile, vote en définitive futile. Elles affirment vouloir offrir une réponse unitaire aux forces de la haine et de la stigmatisation dans le dessein de les contrecarrer. Une sorte de front républicain de la gauche ressuscitant un ersatz de gauche plurielle ou d’une bien improbable union sacrée. Ou pour parler plus franchement, tous derrière le panache du Parti socialiste et silence dans les rangs… Cette vision des choses constitue à de multiples égards une dramatique erreur d’appréciation.

            C’est tout d’abord donner localement au Front National une importance démesurée et un poids politique en décalage flagrant avec la réalité. Une telle dramatisation de la situation tendrait à faire sortir Louis Aliot de son réduit politique dans lequel il reste malgré tout enfermé. Ce serait donc de manière maladroite et fortuite contribuer à des formes de dédiabolisation du Front National.

            C’est également placer les thématiques lepénistes au cœur du débat, en leur offrant une tribune inespérée. La droite décomplexée buissonienne et copéiste, qui n’était que la voix de son maître n’hésitant pas lui aussi à se lâcher comme en témoigne le discours de Grenoble du 30 juillet 2010, a suffisamment œuvré pour réintroduire dans le champ politique les thèses d’extrême droite. On sait également à quel point cette droite aux confins de l’extrême possède des relais dans les Pyrénées-Orientales comme l’illustre le succès de la « droite forte » et de la « droite populaire », ces deux tendances au sein de  l’UMP ayant permis à Jean-François Copé de l’emporter nettement dans le département lors des pathétiques élections internes pour la présidence de l’UMP. Là aussi, ce serait en fin de compte favoriser la dédiabolisation du Front National.

            Une liste unique de la gauche constituerait aussi un prétexte bienvenu pour la droite locale de militer encore plus hardiment et ouvertement pour une alliance avec le Front National en vue d’un éventuel second tour. Nombre de militants UMP y sont favorables et la réclament en interne. Les dirigeants ne peuvent pas encore l’exprimer publiquement. Au motif parfaitement odieux et infâmant d’une équivalence entre les deux prétendus extrêmes de l’échiquier politique dans la veine de l’ignoble caricature de Plantu, un argument supplémentaire serait utilisé par les caciques de l’UMP. Puisque le Parti socialiste fait liste commune dès le premier avec tout ou partie du Front de Gauche, pourquoi la droite dite républicaine ne ferait-elle pas alliance au second tour  avec l’extrême droite ? Encore une fois, l’objectif inverse serait favorisé : dédiaboliser le Front National.

            Le combat contre le Front National passe par plusieurs conditions. Nul ne peut s’exonérer. Tout d’abord apporter des solutions concrètes à la crise qui prennent le contrepied résolu des politiques d’austérité. Ensuite proposer une offre politique diversifiée à gauche. La question des retraites recoupe ces deux éléments qui sont autant de préalables. Est-il possible qu’une réforme d’un gouvernement prétendument de gauche soit quasiment la copie conforme de celle du gouvernement précédent de droite qui avait été (fort justement) combattue en son temps par l’ensemble des partis de gauche ? Cette volte-face sera douloureusement ressentie par la population. Elle peut ouvrir un boulevard à la démagogie et à la duperie du Front National si aucune alternative fondée sur un autre partage des richesses et des mécanismes de solidarité n’est proposée. Seul le Front de Gauche est capable de la construire.

Les électeurs doivent en effet pouvoir exprimer leurs suffrages au premier tour en faveur d’une liste autonome du Front de Gauche. Au niveau national, le Parti de Gauche a fait le pari de la stratégie de l’autonomie conquérante dans les grandes villes de chaque département. Quant au second tour, les composantes du Front de Gauche ont su en toutes circonstances prendre leurs responsabilités et faire preuve de responsabilité. Elles en attendent autant des autres. 

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