La Grèce, ou la brutalité de la forme moderne de la guerre

Francis DASPE, Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée

 

Le premier ministre grec Alexis Tsipras a annoncé la tenue d’un référendum le 5 juillet prochain. Il s’agira pour le peuple grec de décider de la poursuite ou non du processus de discussion avec les instances de l’Union Européenne. Le périmètre de la discussion est particulièrement circonscrit et restreint : il est délimité par l’austérité que la Troïka (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fonds monétaire international) cherche à imposer par tous les moyens.

 

Ne nous voilons pas la face : le peuple grec et son gouvernement légitimement élu doivent faire face à une véritable agression. En effet, l’austérité appliquée sans discernement aux peuples constitue la forme moderne de la guerre. Couper les financements à un Etat souverain au motif qu’il n’applique pas la propre politique voulue, et ceci dans le but de lui faire rendre gorge, s’apparente bel et bien à un acte de guerre. En outre, gardons toujours présent à l’esprit que la multiplication des plans d’austérité et leur extrême férocité ont fortement aggravé les conditions de vie de la population grecque. Ceci sans pour autant réduire la dette qui a au contraire continué à exploser.

 

Les exigences des autorités européennes en matière d’austérité ne sont rien moins qu’un coup de force déguisé. Les diktats répétés de la Troïka sont de véritables attentats à la souveraineté du peuple grec. Elles conduisent à la vassalisation des peuples : le Président de la Commission européenne Jean-Claude Junker ne disait-il pas au lendemain de la victoire de Syriza en Grèce « qu’il n’existe pas de choix démocratique en dehors des traités européens » ?

Il y a hélas matière à dénoncer le rôle indigne joué par la France qui n’apporte aucun soutien au peuple et au gouvernement grecs. Nous savions déjà le suivisme du Président de la République aux injonctions de la chancelière Angela Merkel. Nous connaissions également les excès de zèle quasi pavlovien du Premier ministre Manuel Valls.  Mais il y a encore davantage qui doit heurter notre conscience. Deux Français jouent un rôle particulièrement odieux. C’est en effet un français, le Commissaire européen aux affaires économiques, Pierre Moscovici, qui est chargé de maintenir à la Grèce la tête sous l’eau. C’est aussi une française, Christine Lagarde, directrice du Fonds monétaire international, qui a poussé à l’échec des négociations avec le gouvernement grec. L’accusation ne vient pas des partisans de Syriza, mais d’un des habitués des rouages de la mécanique des instances européennes. Philippe Maystadt, ancien ministre belge des finances et ancien président de la Banque européenne d’investissement, dévoile que le FMI a durci ses demandes en exigeant la suppression de la prime supplémentaire accordée aux plus petites pensions de retraites grecques. Il qualifiait lui-même cette exigence de déraisonnable. On pourra nous rétorquer que Pierre Moscovici et Christine Lagarde ne représentent pas l’Etat français dans l’exercice de leurs fonctions. Il n’en reste pas moins que ce sont deux français, anciens ministres de la France, qui, au service de la Troïka, mènent la guerre contre le gouvernement et le peuple grecs. Bien fâcheuse et tenace réalité !

 

L’austérité est la nouvelle forme de violence politique infligée aux peuples. Elle l’est également aux dirigeants politiques qui relaient les justes revendications des peuples. Le but de la Troïka et des gouvernements à leur solde est clair : faire subir à Alexis Tsipras le supplice du garrot financier. Le projet de référendum vise précisément à lui octroyer un ballon d’oxygène : ce ballon d’oxygène s’appelle souveraineté populaire. Si les comparaisons historiques peuvent parfois paraître hasardeuses, il en est cependant qui donnent à voir une part de vérité. Souvenons-nous des conditions qui avaient conduit à la liquidation de Salvador Allende au Chili en 1973 : elles offrent des similitudes incontestables. Autre temps, autres mœurs, autres contrées, autres modes opératoires, mais les visées ne sont-elles pas en définitive identiques ?

 

 Contre le déni démocratique et l’horizon de l’austérité à perpétuité, l’AGAUREPS-Prométhée appelle à participer à tous les rassemblements unitaires de soutien et de solidarité avec la peuple grec prévu aux quatre coins de l’hexagone et en Europe. Les plans d’austérité iniques imposés par la Troïka doivent être rejetés sans appel, en Grèce, en France comme dans toute l’Europe. Le combat de Tsipras est le nôtre ! 

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