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Billet de blog 8 août 2013

L’austérité toujours à l’ordre du jour du FMI!

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Francis DASPE est secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée). http://agaurepspromethee.wordpress.com/

Il est aussi membre du Parti de Gauche à Perpignan.

Les mots utilisés ont-ils encore un sens ? La lecture du rapport annuel sur la France publié ce 5 août par le Fonds monétaire international (FMI) conduit à entretenir un puissant doute. Tout du moins peut-on dire que l’agencement et la transmission des mots de ce document volontiers présenté comme de référence révèlent une véritable supercherie.

Ce rapport du FMI est initialement présenté par les médias comme une remise en cause des politiques d’austérité dont le FMI a été un infatigable et zélé propagateur. Faire amende honorable en reconnaissant ses erreurs ne correspond pas au genre de la maison de cette institution de premier plan de l’ordre néolibéral. Voilà pourquoi cette nouvelle livrée de la sorte occasionne un mélange de surprise, de perplexité et de curiosité. L’urgence à voir de quoi il en retourne réellement s’impose alors. L’examen un tant soit peu approfondi conduit à une conclusion totalement opposée : l’austérité n’est nullement contestée, une forme encore plus radicale y est au contraire préconisée.

En effet, le FMI se contente de proposer un arrêt de l’augmentation des impôts appelé dans son jargon « pause fiscale ». Le dogme de la réduction compulsive des déficits n’est nullement battu en brèche. Il conviendra au gouvernement français d’adopter des chemins de traverse pour parvenir à un objectif globalement maintenu. Que le levier des impôts ne soit plus prioritaire, devant être manié avec prudence selon le FMI, signifie automatiquement et clairement que la réalisation de l’objectif passera par une baisse drastique des dépenses publiques. Il s’agit rien moins que d’une autre forme d’austérité aussi injuste d’un point de vue social et en terme d’impact sur la vie quotidienne. Et au final parfaitement inefficace.

Moins de dépenses publiques équivaudra à tailler à la hache dans les budgets sociaux garantissant une solidarité et une redistribution minimales. Les victimes en seront les plus fragiles de nos concitoyens déjà durement éprouvés par la crise. Bref, une sorte de double peine. Une diminution de l’investissement en découlera pareillement qui, pour peu qu’une conditionnalité sociale et écologique y soit associée, serait de nature à relancer la machine économique dans le sens de la création d’emplois et de la satisfaction des intérêts du plus grand nombre. Au lieu de cette inflexion pourtant urgente, le choix est fait d’alimenter les effets d’aubaine en faveur des entreprises, aussi dispendieux que sans effets avérés.   

Des craintes identiques peuvent être formulées en examinant le volet pause fiscale. Posons-nous les deux questions essentielles en la matière. Comment est-il envisagé et à qui les bénéfices sont-ils destinés ? Ce moins d’impôt s’inscrit dans la logique de compétitivité considérant le travail comme un coût et pourchassant les cotisations sociales (improprement appelées à cet effet charges). Une phrase du rapport est à cet égard significative. En vue de restaurer la confiance, il est indiqué que « les entreprises seront sensibles notamment à un effort fait sur les dépenses plutôt que sur les impôts ». Ce sont donc bien les entreprises et les revenus les plus élevés qui en seront les principaux bénéficiaires.

Cette supercherie orchestrée par le FMI constitue bien un supplément d’austérité. Elle se révèle pour l’occasion « une et indivisible » par delà les détours empruntés. La finalité est claire : elle vise en fait à accentuer le gigantesque transfert de richesses que les libéraux organisent depuis plusieurs décennies. C’est ainsi que la baisse de la fiscalité redistributive et solidaire sera en partie compensée par la hausse de la fiscalité la plus injuste qui soit, celle des taxes à la consommation ne prenant pas en compte le revenu des personnes. On sait qu’en France la TVA constitue la source première du budget de l’Etat, loin devant l’impôt progressif sur le revenu. Pire, le FMI fournit les armes d’une dégradation significative du sort des salariés les plus modestes. Les salaires, jugés trop élevés, sont rendus responsables des déficits de compétitivité et de la balance commerciale ; le salaire minimum est promis à un gel temporaire au motif d’exclure les jeunes les moins qualifiés de l’emploi ; le déploiement d’une « flexisécurité » sur les bases déséquilibrées de l’accord national interprofessionnel de janvier 2013, que les syndicats majoritaires n’ont pas signé, est présenté comme la panacée. N’en jetez plus !

Ce rapport du FMI n’est décidément pas objectif, et encore moins une autocritique. Il est une simple manipulation n’ayant pour obsession que la poursuite d’une politique de classes décomplexée. En s’inspirant de la fameuse formule de Michel Audiard, on peut affirmer que décidément les possédants et les oligarques ne reculent devant rien. Leur absence de scrupules et de vergogne permet de les reconnaître et de les distinguer à coup sûr. Suprême ironie : la publication de ce rapport coïncide avec le lendemain de l’anniversaire de l’abolition des privilèges par la Révolution française…

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