Emmanuel Macron ou les cruelles limites de l’usage circonstanciel du plan B

Francis DASPE, secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée, est l’auteur du livre intitulé « La Révolution citoyenne au cœur », Eric Jamet éditions, octobre 2017. Ce texte est l'éditorial de La Lettre du mois de l'AGAUREPS-Prométhée n° 129 de Novembre / Décembre 2017 https://agaurepspromethee.wordpress.com/2017/11/13/lettre-du-mois-de-lagaureps-promethee-n-129-novembre-decembre-2017/

Emmanuel Macron n’a pas été élu simplement sur un malentendu. Il a bénéficié à la fois d’un incroyable concours de circonstance et d’un vaste plan concerté. Les deux éléments ont concouru à une forme d’envoûtement macronien. 

Le plan concerté l’a propulsé ultime rempart du système qu’il a pourtant affecté de dynamiter. Le désormais « Président des riches » a d’abord été « l’enfant chéri de l’oligarchie ». Simple renvoi d’ascenseur aujourd’hui. L’incroyable concours de circonstances a transformé au fur et à mesure des événements le candidat Macron en plan B universel pour divers courants en déshérence.

La défaite d’Alain Juppé à la primaire de la droite explique le ralliement des centristes de François Bayrou et au-delà. Le programme clivant de François Fillon et l’entêtement de sa lente agonie dans les affaires ont conduit le Medef à opter pour un candidat plus apaisant, mais non moins déterminé à casser le pacte républicain et social. Le résultat de la primaire socialiste et écologiste a décomplexé les sociaux-libéraux bien au-delà de Manuel Valls. La poussée dans l’abîme du Président sortant aussi bien par la direction du Parti socialiste avec l’invention de la primaire, les gesticulations des frondeurs et l’ultime coup de pied de l’âne de son Premier Ministre ont conduit nombre de hollandistes à voter pour celui qui trahissait pourtant leur champion.

Il y a là l’illustration du grand écart du célèbre « et en même temps ». Au second tour, Emmanuel Macron fut en quelque sorte le plan B pour une forme de « front républicain » contre Madame Le Pen. Avec en prime l’imposture flagrante de la malhonnêteté intellectuelle : la récupération politicienne d’un vote de circonstance pour accréditer la thèse de l’acceptation supposée automatique de la totalité de son programme. 

De la même manière que la somme des intérêts particuliers ne constitue pas un intérêt général, le caractère hétéroclite de ces multiples « plan B » ne font pas d’Emmanuel Macron le plan B du peuple. Au contraire, l’exercice du pouvoir est impitoyable. L’armure se fend. Le mépris de classe et les multiples saillies contre « les gens de rien » prouvent qu’il s’agit d’une politique au service des oligarchies. L’envoûtement macronien se dissipe à mesure que sa base sociale se rétrécit. Emmanuel Macron est rattrapé par le vieux monde de ses prédécesseurs qui ont échoué à se faire réélire. Le style nouveau fondé sur la jeunesse pour seul argument le déporte vers une « giscardisation accélérée ». Le volontarisme jupitérien et bling-bling par sa méconnaissance des réalités populaires le conduit vers une « sarkozysation » inéluctable. L’inféodation aux intérêts de la finance débouche en fin de compte sur une « hollandisation » stérilisante. 

En cette année de centenaire de la révolution d’octobre 1917, face à l’ébranlement du vieux monde incarné par le Président Macron, l’alternative réside dans la réalisation de la révolution citoyenne située au cœur du programme « L’Avenir en commun » porté par La France Insoumise.

 

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