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Billet de blog 18 oct. 2013

Le vrai adversaire de Copé, c’est le partage des richesses

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Francis DASPE est co-délégué régional du Parti de Gauche en Languedoc-Roussillon et militant à Perpignan.

A l’occasion de sa venue à Perpignan pour y lancer la campagne des élections municipales, Jean-François Copé a pu livrer dans la presse locale le fonds de sa pensée. L’exercice s’est révélé particulièrement instructif. Dans les colonnes de L’Indépendant du 17/10/2013, il y indique notamment que « le Front national, sur le plan économique, c’est du Mélenchon ». Un peu plus loin, il récidive en ponctuant son propos d’un scandaleux « Mélenchon qui n’a rien à envier à Jean-Marie Le Pen ».

Ces formules dessinent en réalité une véritable stratégie pour la « droite décomplexée ». Ce serait en effet faire injure au leader de l’UMP que de considérer qu’il puisse avoir perdu le contrôle de ses pensées. Ce qu’il dit ne peut pas être taxé de « propos à l’emporte-pièce ». C’est le reflet fidèle de l’analyse politique que lui et l’UMP font de la séquence pré-électorale présente. Transparaît de manière claire la volonté de poursuivre l’entreprise de dédiabolisation de l’extrême-droite. Il est par exemple significatif que Jean-Luc Mélenchon soit directement comparé à Jean-Marie Le Pen et non pas à Marine Le Pen qui, de la sorte, est exfiltrée du champ de l’ignominie délimité par le chef de l’UMP en campagne. 

La confusion s’inscrit dans la lignée des scandaleux dessins de Plantu. Rappelons-nous la caricature faite au moment des présidentielles de 2012 qui établissait plus qu’un parallèle, un trait d’équivalence, entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen. Plus récemment, l’ancien humoriste et nouveau militant de la doxa libérale bien-pensante utilisait la question du travail du dimanche pour assimiler dans un même cercle tout personnel de l’intolérance le syndicaliste à l’intégriste religieux. Comment peut-on décemment oser entretenir une quelconque confusion entre ceux qui veulent construire la République sociale comme le Front de Gauche et ceux qui veulent, comme le Front National, abattre l’idée républicaine fondée sur l’héritage de la Révolution française et les combats ouvriers ? Ce procédé, véritablement choquant, constitue une insulte à la raison, à l’Histoire et à la vérité. Il ne vise qu’à masquer la réalité des enjeux politiques.

Car ne perdons pas de vue que la seule et véritable hantise de l’UMP, c’est qu’un nouveau partage des richesses soit réalisé. Que les valeurs républicaines s’altèrent ou se dissolvent n’est pas sa préoccupation première. Dans ce cas, l’adversaire n’est pas le Front National : il ne met pas en cause les bases de l’exploitation du travail générée par le système capitaliste. Les ennemis de classe, ce sont bien Jean-Luc Mélenchon et le programme du Front de Gauche « l’humain d’abord ». Cela, Jean-François Copé, l’autre ami des riches (qu’on se souvienne par exemple de la niche Copé de 2004 qui exonérait d’impôt sur les sociétés les plus-values encaissées par des personnes physiques ou morales en cas de vente de leurs filiales ou titres de participation détenus depuis plus de deux ans, et qui a coûté fort cher au budget de l’Etat), ne peut l’accepter !  On peut également se remémorer comment Jean-François Copé tenta en pure perte de railler Jean-Luc Mélenchon lors d’un débat télévisé au début de la campagne des présidentielles quand celui-ci proposa de taxer les exilés fiscaux de la différence qu’ils auraient pu ou crû se dispenser de payer en allant s’installer sous des cieux fiscalement plus accueillants. C’est-à-dire comme le font les Etats-Unis. Cette mesure, même Nicolas Sarkozy l’agita ensuite lors de sa campagne ! Quant à croire que l’ex-président des riches l’eût appliquée en cas de réélection, c’est une autre paire de manche…

Si nous voulions nous inscrire dans le registre de l’ironie, nous pourrions dire qu’au moins les propositions de Jean-Luc Mélenchon tendent à contribuer à renforcer la cohésion de l’UMP. Jean-François Copé rejoint pleinement le point de vue de François Fillon (à moins que cela n’ait été l’inverse !) qui affirmait récemment qu’en cas de second tour entre le Parti socialiste et le Front national il voterait pour le moins sectaire. Il laissait donc entendre que le candidat du Front national pouvait être celui-ci… En termes de dédiabolisation, difficile de faire mieux ! 

Un doute nous taraude brusquement à ce moment précis de notre réflexion. Entre Jean-Luc Mélenchon et Marine Le Pen, pour qui Jean-François Copé voterait-il ? Poser la question, n’est-ce pas commencer à y répondre au moins déjà un petit peu ? Le seul danger que l’UMP craigne du Front national ne relève que de la stricte concurrence électorale. Pas du champ recoupant le combat des idées. Car les passerelles entre les idées de ces deux formations sont désormais trop nombreuses et plus ou moins assumées pour que le débat soit autre chose qu’une simple affaire d’intérêts boutiquiers à court terme. L’UMP dévoile ainsi l’identité de son adversaire prioritaire : ce sont les « partageux » qui ne se résignent aux inégalités et aux injustices sociales que le système capitaliste produit comme la nuée apporte l’orage. 

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