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Billet de blog 22 janv. 2014

Ecole : le venin solférinien de la territorialisation

A l’occasion des vœux du Conseil régional d’Aquitaine, Alain Rousset, le président socialiste de l’ARF (Association des régions de France), a promis aux enseignants « dans moins de temps qu’on ne le croit le statut de fonctionnaire territorial ». En s’exprimant de manière aussi abrupte, il livrait tout d’abord le fond de sa pensée.

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A l’occasion des vœux du Conseil régional d’Aquitaine, Alain Rousset, le président socialiste de l’ARF (Association des régions de France), a promis aux enseignants « dans moins de temps qu’on ne le croit le statut de fonctionnaire territorial ». En s’exprimant de manière aussi abrupte, il livrait tout d’abord le fond de sa pensée. Mais il dévoilait surtout la réalité des basses besognes projetées dans le cadre de l’acte III de la décentralisation par des « solfériniens » décomplexés par les récents discours sociaux-libéraux du Président de la République. Il ne fait désormais plus guère de doute qu’il s’agit de procéder à la casse, les uns après les autres, des cadres nationaux de l’Ecole de la République.

Le statut de fonctionnaire des personnels de l’Education nationale se trouve bien dans la ligne de mire des solfériniens. C’est certainement un cadeau tacitement accordé au Medef dans le cadre du « pacte de responsabilité » généreusement octroyé. Le statut national de fonctionnaire est paré de tous les maux de la société par les valets de l’oligarchie. Il sert en réalité de bouclier à l’intérêt général en mettant à distance les revendications marchandes, clientélistes, consuméristes et cléricales. Il garantit aux enseignants la sérénité requise pour remplir leur mission. L’enjeu était de taille lors de la mise en place de l’Ecole de la République. Il reste aujourd’hui identique : la préservation même imparfaite d’un cadre nécessaire à une Ecole de l’égalité et de l’émancipation.

La vision défendue par Alain Rousset et ses acolytes conduit mécaniquement à l’instauration d’une Ecole des territoires, sous la coupe des féodaux et des entreprises. La déclinaison compulsive de l’acte III de la décentralisation au champ scolaire en constitue le carburant : on s’y dirige inéluctablement à marche forcée. Toute forme de territorialisation de l’Ecole favorise le démantèlement et la balkanisation de cette institution. La territorialisation se situe en effet aux antipodes des idéaux républicains qui doivent inspirer notre système éducatif.

La promesse d’une attaque en règle du statut national de fonctionnaire des enseignants a de quoi alarmer, non seulement les personnels enseignants, mais aussi l’ensemble des citoyens. La persistance d’une même logique de démantèlement par delà l’alternance politique est incontestable. Seuls les outils changent. L’autonomie et la gestion managériale servaient de leviers aux gouvernements de droite. L’actuel gouvernement utilise au maximum les potentialités de l’acte III de la décentralisation pour parvenir à un objectif grosso modo semblable.

Au-delà du cas personnel d’Alain Rousset, c’est l’illustration d’une ligne politique désastreuse qu’il nous est donné de voir. Décidément, le girondin Alain Rousset ne sera jamais, ni de près ni de loin, un Montagnard adepte de la République une et indivisible. Plus grave, les solfériniens n’ont plus grand-chose à voir avec l’idéologie socialiste porteuse originellement de transformation sociale. Dans un même ordre d’idée, qui peut également croire un instant que la loi Peillon ait pu être sincèrement de « refondation de l’Ecole de la République » ? Il est maintenant aisé pour tous de s’apercevoir qu’il s’agissait bien davantage d’une loi de vente à la découpe. Vente à la découpe de l’Ecole, vente à la découpe de la République, le rasoir de l’austérité et de la loi du marché est bel et bien actionné. 

Francis DASPE, président de la Commission Education du Parti de Gauche, Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée).

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