Francis Daspe
Abonné·e de Mediapart

64 Billets

0 Édition

Billet de blog 26 janv. 2014

Perpignan a besoin de laïcité

Francis Daspe
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

Francis DASPE est co-délégué régional du Parti de Gauche en Languedoc-Roussillon et militant à Perpignan. Il est aussi secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée (Association pour la gauche républicaine et sociale – Prométhée).

            Perpignan a un besoin urgent de laïcité. C’était déjà une conviction profondément enracinée. Mais la conférence/débat tenue mardi 21 janvier à Perpignan, à laquelle j’ai assisté, ne pouvait plus laisser planer le moindre doute. Le journaliste essayiste Claude Askolovitch, à l’invitation d’une association locale, venait parler de laïcité tout en présentant son dernier livre intitulé « Nos mal-aimés : ces musulmans dont la France ne veut pas ». La question posée, « Quelle laïcité voulons-nous ? », ouvrait visiblement toutes les perspectives. Des horizons inhabituels furent explorés.

            Nous eûmes à subir un réquisitoire en règle contre la laïcité. Et plus largement contre la République. La laïcité ainsi décrite était un outil d’oppression foncièrement liberticide. Quasiment l’antichambre d’une dérive totalitaire. La République s’était transformée en régime condamnable à bien des égards. Pour les tenants d’une conception républicaine de la laïcité, l’atmosphère devenait pesante et pénible. Les charges à l’encontre de ce principe étaient particulièrement violentes. Un second intervenant, un universitaire, approfondit encore davantage l’entreprise de démolition.

            Difficile dans ces conditions d’intervenir à l’occasion du traditionnel débat qui s’engageait avec la salle. Plusieurs candidats aux élections municipales ou leurs représentants étaient présents dans l’assistance. Ils étaient identifiés comme tels. Ils ne dirent rien. Qui ne dit mot consent, dit-on. Leur silence valait-il approbation des thèses exprimées ? Pour ma part, je décidais d’intervenir afin de faire entendre un autre son de cloche, si l’on peut dire. Je me contentais de poser quatre questions.

La première concernait le caractère universaliste de la laïcité. Des propos relativistes avaient été prononcés : selon les lieux et les temps, la laïcité ne possèderait pas une valeur identique, reprenant la sempiternelle ritournelle de la nécessaire adaptation aux réalités « d’ici et maintenant ». La seconde interrogation portait sur la profusion d’adjectifs qualificatifs accolés au mot laïcité pour mieux la disqualifier. Il y avait les classiques : ouverte, positive, intransigeante ; il y en eut de nouveaux de réellement stupéfiants, comme celui de « prohibitoire » en opposition avec une autre conception de la laïcité qui serait « libérale »… La laïcité ne se suffit-elle pas à elle-même ? La troisième élargissait la réflexion à l’expression de la souveraineté populaire que permet la laïcité : celle-ci stipule que les hommes et les femmes sont aptes à se gouverner de manière rationnelle en dehors de tout dogme ou de  toute vérité révélée. Une affirmation péremptoire m’avait notoirement alarmé : une société et un système politique ne peuvent fonctionner sans l’acceptation d’une certaine forme de transcendance s’imposant à certaines contingences terrestres. Dans ce cas, la souveraineté populaire ne risquait-elle pas d’être limitée ? Une dernière portait sur la nécessité de ressourcer la laïcité à des impératifs d’égalité sociale : le regrettable penchant à ethniciser la question sociale réduit le champ d’action de la laïcité et anémie sa force propulsive. Il ouvre également la voie à tous ceux qui abordent la question sociale dans le seul but de rechercher des boucs-émissaires faciles. Et ceux-là progressent malheureusement à Perpignan. La laïcité circonscrit la question sociale au champ de la transformation sociale et partage des richesses. Sans quoi une vision affadie de la laïcité ne risque-t-elle pas d’être promue ? Je terminais mon intervention en indiquant qu’il était nécessaire d’indiquer « qui on était et d’où on parlait ». Je précisais donc mon appartenance à un parti « se revendiquant pleinement républicain et laïque », le Parti de Gauche, ce qui pouvait permettre de mieux cerner l’orientation de mes questionnements.

Ceux-ci ne reçurent qu’un commencement de réponse où l’alambiqué le disputait à l’évasif. C’était d’abord pour reconnaître une incontestable sincérité aux conceptions laïques de la formation de Jean-Luc Mélenchon, mais pour conclure in fine à l’impasse de telles conceptions. Et ce sans se donner la peine d’aller au fond des questionnements que j’avais suscités, préférant empiler poncifs et caricatures comme des perles.

Ce sont ces approximations qui montrent que Perpignan a un besoin urgent de davantage de laïcité. Les prochaines municipales doivent être l’occasion de promouvoir en tous domaines la laïcité. La laïcité est un principe universaliste aux multiples vertus : elle garantit la liberté, stipule l’égalité et fonde la souveraineté populaire. Surtout elle met à distance tous les intérêts particuliers, qu’ils soient cléricaux, marchands ou consuméristes. Elle sert de rempart contre toutes les attaques visant l’intérêt général. Et aujourd’hui elles sont malheureusement nombreuses. Elle est l’antidote à toutes les formes de communautarisme et de clientélisme qui gangrènent le vivre-ensemble à Perpignan.

Des mesures simples sont à prendre rapidement. Cela commence par mettre fin aux subventions aux établissements d’enseignement privés : l’argent de tous ne peut pas financer l’école du choix de quelques uns. Ensuite en instaurant une journée de la laïcité avec des concours stimulant la réflexion de chacun en lien avec les établissements scolaires dans le respect des programmes nationaux : les discriminations et la ségrégation socio-spatiale qui en résulte doivent être battues en brèche par la raison et le savoir.

Aux maux dont souffre Perpignan, la laïcité est une solution. Deux questions d’actualité illustrent les problématiques induites. Contre la religion de la division prônée par le Front National à qui la notion d’altérité est inconnue, la laïcité peut beaucoup. L’extrême-droite cherche la différence qu’elle estime incompatible avec elle pour mieux exclure ; il s’agit d’une variante du différentialisme. La confirmation de la condamnation judiciaire du président du Conseil régional montre les ravages d’une gestion clientéliste. Ce clientélisme gangrène en profondeur le tissu perpignanais. Car les cris  d’orfraie poussés à cette occasion par le camp d’en face témoigne d’une grande hypocrisie : le clientélisme est une pratique extrêmement partagée.

Le drapeau de Perpignan la laïque doit à nouveau flotter. Avec la loi de séparation des Eglises et de l’Etat du  9 décembre 1905, la France, républicaine et laïque, faisait alors scandale à la veille de la première guerre mondiale dans une Europe presque intégralement monarchiste et si peu démocratique. Aujourd’hui, le scandale, c’est que la laïcité, à Perpignan comme ailleurs, soit à ce point malmenée, entre ignorance, instrumentalisation et détournement. 

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal — France
L’impunité et la lâcheté des puissants
Après la révélation des accusations contre l’ancien ministre, le parquet de Paris a annoncé l’ouverture d’une enquête préliminaire. Au-delà de son devenir judiciaire, cette affaire nous interpelle sur l’insuffisance de la lutte contre les violences sexuelles et sur l’impunité des sphères de pouvoir.
par Lénaïg Bredoux
Journal — International
Le variant Omicron, identifié en Afrique australe, déjà repéré en Europe
La communauté scientifique est en alerte depuis l’identification d’un nouveau variant au Botswana. Les premiers séquençages en Afrique du Sud font craindre une propagation à grande vitesse. L’Organisation mondiale de la santé vient de le classer parmi les variants préoccupants et l’a baptisé Omicron.
par Caroline Coq-Chodorge
Journal — International
Paris et Rome s’accordent à moindres frais pour tenter de peser dans l’après-Merkel
Emmanuel Macron et Mario Draghi ont conclu un traité pour tourner la page des années de tensions entre la France et l’Italie. Une façon aussi, pour le président de la République, de se rapprocher d’un homme bien plus influent que lui sur la scène européenne.
par Ludovic Lamant et Ellen Salvi
Journal — France
Dans la Manche, les traversées de tous les dangers
Le naufrage meurtrier survenu le 24 novembre, qui a coûté la vie à 27 personnes, rappelle les risques que les personnes exilées sont prêtes à prendre pour rejoindre les côtes anglaises. En mer, les sauveteurs tentent, eux, d’éviter le plus de drames possible.
par Sheerazad Chekaik-Chaila

La sélection du Club

Billet de blog
Migrants : du naufrage aux larmes de crocodile
Qu’elles sèchent vite, les larmes de crocodile ! De plus en plus vite, car il y en a de moins en moins, de larmes. Même de crocodile. Et surtout pour les réfugiés. Vous vous rappelez la photo du petit corps d’Aylan, 3 ans, rejeté sur une plage de Bodrum en 2015 ? Nous oublierons tout aussi vite le naufrage qui a tué 27 migrants dans La Manche, mercredi. Place au Black Friday !
par Cuenod
Billet de blog
Tragédie de Calais : retrouvons d’urgence notre humanité
Au moins 27 personnes sont mortes noyées au large de Calais ce mercredi 25 novembre. Ce nouveau drame vient alourdir le bilan des morts à cette frontière où, depuis une trentaine d’années, plus de 300 personnes ont perdu la vie, soit en essayant de la franchir soit en raison de leurs conditions de (sur)vie sur le littoral Nord.
par La Cimade
Billet de blog
L'Europe-forteresse creuse sa tombe dans le faux abri de ses fantasmes d'invasion
L'épisode dramatique à la frontière Pologne/Biélorussie confirme une fois de plus la fausse sécurité d'une Europe-forteresse qui se croit en sécurité en payant pour refouler et bloquer migrants et réfugiés, ignorant ses fondements, ses valeurs, son histoire. La contre-offensive massive à rebours des renoncements successifs matraqués en certitudes au coin du bon sens est une nécessité vitale.
par Georges-André
Billet de blog
À l'indignation, monsieur Darmanin, a succédé la rage
Au lendemain du drame qui a coûté la vie à 27 personnes dans la Manche, Michaël Neuman, directeur d'études au Centre de réflexion sur l'action et les savoir humanitaires de la fondation MSF, dénonce les responsabilités de l'État français et du ministre de l'Intérieur.
par Médecins sans frontières