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Billet de blog 28 janv. 2022

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Blanquer ou la chronique d’une casse et d’un casse

Francis DASPE est auteur d’un livre sur l’éducation intitulé « Blanquer à l’assaut de l’école de la République. Chronique militante d’une casse et d’un casse » (Eric Jamet éditeur, décembre 2021). Il est membre du Parti de Gauche et de La France Insoumise.

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La période qui s’achève s’apparente sans nul doute en ce qui concerne l’école à un véritable quinquennat d’airain. L’éducation a vu s’appesantir sur elle l’impitoyable férule de Jean-Michel Blanquer. L’œuvre du ministre peut en définitive se définir comme une casse et un casse. Une casse tout d’abord, dans l’idée d’exprimer une destruction et un démantèlement méthodiques du service public d’éducation. Un casse ensuite, dans le sens de l’exécution d’un plan concerté perpétré par une Macronie décomplexée aux atours de gang. L’école de la République a bien été confrontée à un assaut en bonne et due forme au cours des cinq années qui viennent de s’écouler.

Cette situation peu reluisante résulte d’une conception particulière de l’école de la République, en parfaite cohérence avec le projet de start up nation porté par le Président Macron et son fidèle exécutant logé rue de Grenelle. L’école est en effet perçue et considérée à la fois comme un marché, une marchandise et une entreprise.

La sphère éducation est invitée à fonctionner comme un marché. La mise en concurrence des personnels et des établissements scolaires devient la règle. En conséquence, de juteux profits sont destinés à satisfaire de voraces appétits privés. L’enseignement privé, en grande majorité confessionnel mais pas exclusivement, s’est trouvée constamment choyée au cours de ce quinquennat. L’éducation est perçue comme un coût, et non comme un investissement d’avenir : elle doit être le théâtre d’économies budgétaires, incessantes et renouvelées. Sans doute que l’école coûte un pognon de dingue…

Le tropisme de l’entreprise, congénital au macronisme, affecte puissamment le service public d’éducation. Une gestion managériale désincarnée, imitation compulsive du sinistre new management public paré de toutes les vertus, s’abat brutalement, dénaturant l’acte d’enseigner, démotivant les personnels. Elle s’accompagne d’une volonté jamais démentie de procéder à la casse des statuts qui, faut-il le rappeler, constituent pour la fonction publique l’équivalent du code du travail protégeant les salariés du privé.  Ajoutons à cela une inclination naturelle à un autoritarisme de fort mauvais aloi, et le tableau, déjà alarmant, s’assombrit plus que de raison.

Une des fins recherchées depuis plusieurs mandats (Blanquer est le continuateur des Allègre, Darcos, Chatel ou Vallaud-Belkacem) réside dans la territorialisation du système éducatif. L’Ecole de la République ne doit plus être nationale ; elle ne doit plus garantir, même imparfaitement, l’égalité territoriale républicaine. La réforme de l’examen du baccalauréat, avec le remplacement de la plupart des épreuves écrites nationales et anonymes par du contrôle continu, s’inscrit pleinement dans cette dégradation planifiée sur le long terme. Il en va ainsi des différentes formes d’adéquationnisme assujettissant l’école aux intérêts sonnants et trébuchants immédiats des entreprises. Il en résulte en conséquence des dérives favorisant ce que nous avons nommé ubérisation du système éducatif.

Il apparaît avec évidence une impérieuse urgence à faire émerger une alternative solide à cette entreprise de destruction systématique. C’est que l’école s’inscrit, sans s’en extérioriser, dans un projet de société. Celui de la Macronie, porté au cours du quinquennat par Jean-Michel Blanquer, s’oppose bien évidemment frontalement à une école de la République digne de ses missions d’égalité et d’émancipation. Par conséquent, s’opposer à cette véritable contre-révolution scolaire nécessite un autre projet de société promu par une autre majorité dès 2022, à rebours des vaticinations de la Macronie, mais aussi des promesses de celles et ceux qui ont déjà gouverné ou qui professent des idées de haine d’une extrême droite toujours plus à droite.

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