Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées: le grand bazar du nom de la région

Deux articles sur les débats sur le nom de la nouvelle grande région issue de la fusion de Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées faits fin août et début septembre 2016. Par Francis DASPE, responsable départemental du PG dans les Pyrénées-Orientales (66).

Le nom de la nouvelle région ou l’os à ronger  

La débauche d’énergie orchestrée autour de la recherche d’un nouveau nom pour la région Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées a de quoi laisser circonspect. Cela semble être devenu le sujet central dans les Pyrénées-Orientales tant les prises de position parfois à l’emporte-pièce se multiplient. Dans ce contexte d’emballement, des clarifications sur le fond s’imposent.

Occitanie est une très mauvaise appellation

C’est évident, mais cela va mieux en le disant une fois de plus. Le nom d’Occitanie qui a été retenu est très mauvais. Et ce pour de nombreuses raisons, qui ne sont que rarement mentionnées par la majorité des opposants s’efforçant de se tenir en première ligne.

 L’origine prétendant se fonder sur des critères historiques se révèle en fait très approximative. L’Occitanie déborde très largement le cadre des anciennes régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Le président de la région Nouvelle Aquitaine ne s’est d’ailleurs pas privé de le rappeler vertement. De surcroît, Occitanie n’est pas uniquement composée de terres occitanes : c’est donner des arguments recevables aux partisans de l’ajout « pays catalan » qui peuvent se sentir exclus d’une telle dénomination.

Occitanie renvoie donc à une réalité ethnico-linguistique. Ces appellations ethnico-linguistiques alimentent trop souvent réflexes et replis identitaires. Elles ne sont pas tournées vers l’avenir.

La question est en définitive fondamentalement politique. Le choix d’Occitanie signe le retour aux féodalités d’Ancien Régime. Pas étonnant, puisque c’est la logique de la réforme territoriale qui a conduit à cette fusion, rétrécissant la démocratie de proximité, dévitalisant les communes et les départements au profit des métropoles et des régions.

Réaffirmer les principes de la République

Le choix du nom d’une région doit être guidé par des principes. Rien ne doit être de nature à remettre en cause la République une et indivisible. Rien ne doit être dérogatoire au principe d’égalité des territoires et des personnes. Pour qui l’ignore, les valeurs républicaines constituent un programme global à réaliser pleinement.

Notre préférence va pour les termes reposant sur des bases géographiques, comme ce fut le cas lors de la Révolution française au moment de la création des départements.  Contre les provinces d’Ancien Régime dont les nouvelles grandes régions ne sont que la resucée, les révolutionnaires de 1789 avaient fait le choix de noms géographiques.

Des propositions qui font davantage sens

Nous avions fait au cours des derniers mois trois propositions de nom à la nouvelle région. Chacune possède sa propre logique.

La première était de garder en les additionnant les noms des deux anciennes régions, Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées. Elle possédait l’avantage de montrer précisément le non sens de la fusion opérée. La critique d’un nom à rallonge aurait pu être compensée par le choix d’un acronyme propulsif à partir des quatre termes.

La seconde proposition était de nommer la région constituée de 13 départements OPNI : objet politique non identifié… Sans aucun doute l’appellation la plus juste sur le fond !

La troisième proposition était « Terres et Mer du Midi ». Car nous constatons que la nouvelle région se partage entre plaines, montagnes et mer. Car nous considérons que la valorisation d’une économie de la mer constitue une solution aux difficultés de la région. Car nous estimons que Midi est le terme géographique le plus rassembleur de l’ensemble des territoires concernés.

Chacune de ces propositions, dans son domaine et à sa manière, donne bien plus de sens que le choix qui a été fait. Le nom de la nouvelle région doit contribuer à créer une identité commune, fusse-t-elle artificielle. Pas à conforter des repliements, identitaires ou pas. C’est hélas raté ! A moins que tout cela ne soit qu’un os à ronger dans l’entre soi… 

 

 

Le nom de la nouvelle région ou la stratégie de l’écran de fumée

 

Le nom de la nouvelle grande région est un os à ronger. Sous l’écume identitaire, le vieux monde politique local, celui des connivences et des zigzags, se délecte des postures.  Sans doute pour mieux occulter les urgences économiques, sociales et politiques de la région et du département ? Plus sûrement pour tenter de se persuader de son importance pourtant bien érodée.

A la source de la polémique, la réforme territoriale

Les évidences doivent être inlassablement répétées, tant certains seraient devenus amnésiques. Il n’est pas possible de ne pas réaffirmer en préalable son opposition à la réforme territoriale qui a conduit à la fusion des régions Languedoc-Roussillon et Midi-Pyrénées. Cette nouvelle région est un objet politique sans unité et sans cohérence. Même les partisans affichés de la réforme, une fois élus ou réélus, conviennent du caractère surdimensionné et factice de cette nouvelle région.

Un double objectif a présidé à cette réforme territoriale.  Il y avait la volonté d’instaurer une vision technocratique visant à éloigner le citoyen des décisions politiques, en rétrécissant la démocratie de proximité et en réduisant à la portion congrue les communes et les départements. L’autre objectif était d’imposer une cure d’austérité aux collectivités locales. Ces deux objectifs correspondent aux recommandations de l’Union européenne. Une réforme territoriale qui avait été engagée par Nicolas Sarkozy avant d’être portée par François Hollande…

Les pompiers pyromanes

Les dirigeants socialistes du département soutiennent le mouvement de contestation contre le nom d’Occitanie. Ils veulent certainement faire oublier que leurs parlementaires se sont empressés de voter la réforme territoriale. Trahissant de la sorte le dernier combat politique de Christian Bourquin qui avait fait de la fusion un casus belli.  

            Il y a sans aucun doute la volonté de redorer quelque peu leur blason pour faire oublier l’acceptation de mesures impopulaires. Les parlementaires socialistes des Pyrénées-Orientales n’ont jamais eu la velléité d’être des frondeurs.

On doit aussi prendre en compte l’existence de règlements de comptes internes au niveau régional au sein Parti socialiste : la fédération départementale des Pyrénées-Orientales a gardé une dent contre Carole Delga en raison des conditions de constitution de la liste entre les deux tours. Ils ont servi de variable d’ajustement, avec 2 élus PS pour 4 élus Nouveau Monde !

            Dans ces conditions, les pyromanes de la réforme territoriale et de la fusion ne sont pas habilités à se transformer par magie en pompiers du nom de la nouvelle grande région.          

Reniements, alliances contre-nature, hypocrisie 

D’autres ont oublié leurs engagements et leurs convictions. Ce fut le cas par exemple du subterfuge politicien du nom du département utilisé comme contrefeu par les écologistes. Après avoir continument flatté au cours de la campagne des Régionales tous les relents identitaires régionalistes, voilà qu’une fois élus ils en viennent à déclarer que le nom de la région ne constitue pas l’enjeu essentiel : ce serait le nom du département qu’il faudrait changer. Sur lequel ils n’ont, bien évidemment, pas prise. Ou comment refiler la patate chaude aux autres, tout cela pour éviter de cliver avec Carole Delga. Que ne ferait-on pas pour des vice-présidences et une participation à l’exécutif régional ! Alors qu’ils n’ont pas été élus pour ça… Je pense au désarroi de catalanistes sincères avec des préoccupations sociales réelles… Ou comment retourner dans l’ancien monde politique des combinaisons et des opportunismes !

D’autres ont sauté sur l’occasion pour instrumentaliser la question non sans arrière-pensées.  C’est le cas par exemple des appels incantatoires à l’union la plus large. Ce qui revient à verser dans des alliances contre-nature, incarnées par des collectifs qui amalgament joyeusement incompatibilités et antagonismes notoires. Une forme d’union sacrée, alors qu’on se réclame de Jaurès ? Ou comment se faire une place dans l’ancien monde politique des notabilités et des connivents…

Les pompiers sans eau

Une autre catégorie s’est emparée du sujet : celle des pompiers sans eau. Ces personnes comptent pour peu dans le débat public. Elles ont trouvé opportunément un moyen d’exister dans le débat public local, faute de propositions structurantes sur les questions essentielles : pauvreté, précarité, chômage, insuffisante diversification de l’économie départementale, non valorisation des atouts écologiques etc.

Il s’agit des partis catalanistes sans guère de ressort, ou des franc-tireurs isolés sans ancrage, souvent hors-sol.       

La droite

            La droite, à l’origine de la réforme territoriale lors du quinquennat de Nicolas Sarkozy, s’est jetée dans l’arène. Une double logique l’a mise en mouvement : des arrière-pensées politiciennes classiquement évidentes, la nécessité d’entretenir le clientélisme local en préservant par tous les moyens les rentes de situation. C’est bien la marque de fabrique de la droite des Pyrénées-Orientales, que l’extrême-droite voudrait supplanter dans ces travers.

L’ancien Monde à bout de souffle

Ce tableau de l’échiquier politique local n’est guère réjouissant. La polémique du nom de la nouvelle région aura eu au moins le mérite de révéler une fois de plus cette réalité peu reluisante.

Comment en effet ne pas mettre en évidence l’inconstance ou/et l’inconsistance d’une grande partie des représentants politiques des Pyrénées-Orientales ? Ils multiplient les postures bassement politiciennes. De la poste à l’imposture, le fossé est vite franchi. Les chemins empruntés sont souvent incompréhensibles et impénétrables.

            Jouer avec le feu n’est pas très honorable. Face à l’incendie, la stratégie des écrans de fumée s’avère dérisoire. Et jamais à la hauteur des enjeux et des responsabilités.

 

 

 

 

 

 

 

 

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