Formation professionnelle : dévoiler les impostures du Front National

Francis DASPE est responsable départemental du Parti de Gauche dans les Pyrénées-Orientales et président de la Commission nationale éducation du Parti de Gauche. Il est candidat sur la liste « Nouveau Monde en commun » menée dans la région Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées par Gérard ONESTA. Il est également Secrétaire général de l’AGAUREPS-Prométhée.

Chacun sait à quel point le Front National se paie de mots pour enfumer le citoyen. Il en va ainsi de la profession de foi du candidat FN Louis Aliot en Languedoc-Roussillon / Midi-Pyrénées.  Une des propositions ainsi faite s’attache à « rendre plus efficaces la formation professionnelle et l’apprentissage au bénéfice de la jeunesse ». Cette formulation est on ne peut plus vague. Difficile de savoir ce qu’elle signifie réellement et concrètement. Dans un premier temps…

Mais une autre proposition un peu plus loin vient en préciser les contours. Il y est indiqué que le programme du Front National vise à « adapter la formation professionnelle et l’apprentissage aux besoins des entreprises ». En somme, Louis Aliot pense que « l’efficacité » de la formation professionnelle et de l’apprentissage et le « bénéfice » que peut en retirer la jeunesse équivaut à la satisfaction « des besoins des entreprises ». Nous sommes dans le monde merveilleux de oui-oui, qui est aussi celui des libéraux endurcis feignant de croire que la somme des intérêts particuliers correspond à l’intérêt général. Le Front National et Louis Aliot sont bel et bien des libéraux, réalité qu’une rhétorique de façade ne permet pas de masquer pour qui veut écailler un tant soit peu le vernis.

Car en quoi peuvent bien consister les besoins des entreprises en terme de formation professionnelle et d’apprentissage ?

Pour la formation professionnelle, les entreprises se satisfont de deux dérives qui sont autant d’obstacles à l’objectif d’émancipation que nous recherchons ardemment. C’est d’abord livrer la formation professionnelle à la marchandisation la plus débridée (voir à ce sujet une enquête de Mediapart en date du 7 février 2014). Nous entendons au contraire la sortir des griffes des marchands à courte vue. C’est ensuite valider le dogme de « l’adéquationnisme » qui entend faire coïncider de manière restrictive l’offre de formation aux besoins immédiats du bassin d’emploi. Cette vision rabougrie, minimaliste et utilitariste favorise les enfermements territoriaux et les assignations à résidence sociales. Nous entendons au contraire valoriser la dimension émancipatrice d’une politique de formation professionnelle digne de ce nom en redonnant à chacune et à chacun les clés de son émancipation.

Pour l’apprentissage, beaucoup d’entreprises sont avant tout en recherche de main d’œuvre peu coûteuse, dans la logique de l’effet d’aubaine et d’une réduction dogmatique du prétendu coût du travail. Il existe une continuité entre la droite au pouvoir sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy et le parti socialiste depuis l’élection de François Hollande : les deux ont accordé une priorité inconsidérée à l’apprentissage. Le Front National et Louis Aliot ne sont guère différents en fin de compte : ils s’inscrivent dans une logique identique. Cette logique accompagne la politique d’austérité qui réduit sans cesse les moyens attribués à l’enseignement professionnel public. Si l’apprentissage peut constituer une solution dans certains cas, nous entendons cependant prioriser l’enseignement professionnel public. Qui sait que le nombre de fermetures de lycées professionnels s’est élevé depuis 2002 à 184, dont 36 lycées fermés depuis 2012 ? Le développement de l’apprentissage dans des CFA (centres de formation d’apprentis) privés y a largement contribué.

L’examen approfondi de la question de la formation professionnelle permet de mettre en exergue le caractère mensonger du programme du Front National. Il en dévoile sa nature profondément antisociale. Nul doute que le Medef n’y trouvera rien à redire. Car le Front National contribue au final à protéger les intérêts des puissants et à museler les salariés les plus modestes. Pas compliqué de trouver de quel côté du manche il se trouve ! 

L’ensemble du programme voit de la sorte sa crédibilité réduite à néant. Car comment croire après cela à la sincérité d’une autre proposition visant à « exiger le remboursement des aides publiques aux entreprises en cas de délocalisations, de licenciements ou d’embauches de travailleurs détachés » ? Le Front National et Louis Aliot peuvent-ils raisonnablement ignorer que les entreprises définissent bien souvent leurs besoins en fonction de leurs intérêts, loi du marché oblige ? Une telle mesure est de nature à entretenir toutes les confusions sur lesquelles le Front National surfe sans vergogne.

 

Pour conclure, je reprendrais les quelques lignes d’introduction de la tribune de mon ami Alexis Corbière parue dans L’Humanité du mercredi 25 novembre 2015 : « En notre époque de grande confusion, le mensonge est une des armes de nos adversaires. Bien aiguisé, il peut percer des armures idéologiques épaisses et des consciences sociales aguerries ». Le travail de déconstruction de l’imposture du Front National doit se poursuivre inlassablement, point par point, la formation professionnelle et l’apprentissage en étant un des leviers parmi d’autres. 

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