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Billet de blog 5 nov. 2008

Un rêve asiatique

Bangkok, 5 novembre (eh oui, où étiez vous… le 5 novembre, décalage horaire asiatique aidant !)Un métis au pouvoir. Le « rêve américain » est un rêve asiatique. Or so it seems.

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Bangkok, 5 novembre (eh oui, où étiez vous… le 5 novembre, décalage horaire asiatique aidant !)

Un métis au pouvoir. Le « rêve américain » est un rêve asiatique. Or so it seems. Tous les quatre ans, la partie du monde où se trouve la plus grande partie de la population humaine est renvoyée brusquement, presque violemment, à ses propres espérances, à ses frustrations, à ses progrès ou à ses revers récents, par la simple retransmission par satellite des images de l’élection présidentielle, mise en scène dans une réception publique par l’ambassade et les chambres de commerce des Etats-Unis sous les bannières conjointes du drapeau américain, de Starbucks et de Coca-Cola, grands écrans et sono multidirectionnelle à l’appui. C’est, le plus souvent, une claque psychologique.

Une claque que de voir en direct une démocratie directe dans le fonctionnement intime de son Grand Jour – même s’il est constitutionnellement un peu compliqué. Pédagogue, l’ambassade fournit en général tout une littérature d’accompagnement pour ceux qui se passionnent pour les problèmes de robinets électoraux.

Une claque que de voir mis aux enchères publiques « le job le plus important du monde » (encore une fois, l’expression est venue sous la plume de nombreux commentateurs du web comme des medias traditionnels). Et une claque que de voir la manière dont se concluent des mois et des mois d’attaques de plus en plus agressives entre les deux candidats et surtout leurs camps, par un coup de téléphone immédiat et une déclaration de défaite, le vaincu concédant à l’autre : tu as gagné parce que tu étais le meilleur. « Ici, on est encore loin de ce type de comportement », me dit un étudiant de Thammasat, la grande université de Bangkok, en voyant la déclaration de McCain saluant Obama. « Quand un camp perd la bataille, notre premier réflexe est de convoquer son état-major et de comploter un coup tordu pour la prochaine échéance ». Les petits calculs vicieux sous l’apparence du consensus national « asiatique », tout en douceurs à l’affiche, c’est la règle et non pas l’exception. Pas seulement dans la Thaïlande en crise politique depuis des mois, mais à travers tout le continent.

Alors là, la claque est immense. Obama incarne tout ce qui peut faire rêver une jeunesse pas toujours très au clair sur sa propre identité, personnelle et nationale. « Il est incroyablement jeune ». Le mot est employé par tous. « Ici, avant la soixantaine, on peut espérer avoir du succès dans les affaires, mais pas en politique », dit Khomchalat, installateur en informatique de pointe. « Il donne l’impression d’un grand frère, pas d’un père » ajoute sa femme Nui.

Et surtout, c’est un métis. « Pas un Afro-Américain : un métis, un sang-mêlé ». La remarque revient dans des centaines de propos depuis le début de la campagne, en réaction aux articles des journaux de l’establishment, qui embouchent la trompette du « représentant de la communauté noire » des Etats-Unis. En cela, il parle à des centaines de millions de gens à travers toute l’Asie - en plus de ceux d'Afrique, évidemment! - où les brassages de population sont une donnée essentielle de la carte humaine (Chine et Japon formant des exceptions relatives).

Depuis que les Etats-nations cherchent à s’y constituer, avec plus ou moins de bonheur, ils ont joué la carte de l’identité ethnique. Mais la réalité démographique joue contre la dérive nationaliste qu’ils ont souvent tenté de générer. La première question qui se pose devant toute nouvelle connaissance est de tenter de déterminer son ascendance parentale au-delà de son étiquette nationale ou religieuse officielle. Un peu chinois, indien, malais, arabe, européen… ?

Le métissage n’est plus guère ostracisé que dans les pays les plus rétrogrades politiquement de la région. Exemple : la Birmanie, où les militaires entendent interdire tout rôle public à leur ennemie Aung San Suu Kyi au motif qu’elle a été mariée « à un étranger » (un Britannique, donc un descendant des colonialistes), mais aussi ont replié leur pays sur une conception quasi raciste de la souche ethnique birmane. Comme, autrefois, les Khmers rouges de Pol Pot au Cambodge.

Ailleurs, les richesses humaines puissantes qu’il recèle sont non seulement admises, mais reconnues culturellement, socialement – tout sauf politiquement. Là, il est très loin d’être revendiqué quand bien même qu’il crève les yeux. Thaksin Shinawatra, le premier ministre thaïlandais renversé qui a divisé son pays comme il ne l’avait jamais été à l’époque moderne, est un « prototype » de Chinois intégré en surface, mais dont l’identité secrète est à la fois du domaine public et du non-dit le plus rigoureux. On ne lui en fera jamais le reproche ouvert, et pourtant il est lui-même un reproche muet à tous ceux qui refusent de reconnaître cette vérité démographique des sociétés modernes d’Asie du sud-est (540 millions d’habitants…)

Barack Obama, à sa façon, donne un coup de pied dans cette fourmilière.

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