Avis sur la tribune publiée dans Médiapart et signée Alexandre Fleuret, Manuel Menal, et Hugo Touzet

S'engager dans "les primaires" au nom d'un engagement en faveur du Front de gauche est un sacré paradoxe

Chers camarades, votre tribune provoque chez moi un profond désespoir puisque vous voulez « les primaires » au nom de votre engagement dans le FDG. Quel paradoxe !

Je partage évidemment ce que vous dites à propos du FDG :

 « Doit-on pour autant l’abandonner ? Nous ne le pensons pas. D’abord parce qu’il est une construction politique largement identifiée par la population et durablement ancrée dans le paysage politique français. Son programme « L’Humain d’abord » reste pour nous et pour beaucoup au-delà des partis une référence. »

Et vous ajoutez : « Si nous nous engageons dans la primaire, c’est pour en porter les idées, sans en faire un horizon indépassable. La primaire est pour nous une occasion de donner au Front de gauche un souffle politique nouveau, d’en faire une force politique d’avenir et non pas un cartel d'organisations aux stratégies électorales contradictoires. »

Sur le « cartel » j’ai dit notre incapacité à le dépasser faute de concevoir qu’il est possible de partager le pouvoir avec la société civile. Tant mieux si cela redevient possible. Et j’aime votre citation d’Aragon qu’on peut appliquer ici aussi.

Mais qui va porter « l’Humain d’abord » dans les primaires ? Jean-Luc Mélenchon ? Il n’en sera pas. Pierre Laurent ? Mais il dit qu’il est engagé dans la construction d’un nouveau projet dont l’axe central serait « zéro chômeurs, tous travailleurs » ce qui constitue, pour moi, une promesse, au mieux un objectif économique mais en aucun cas un projet de société tel que l’expriment par contre les mots mêmes « l’humain d’abord ».

Sur le contenu je partage aussi vos formulations, notamment quand vous dites à propos des expériences européennes : « Toutes ces expériences ont pourtant en commun une ambition partagée. Elles portent un projet radical clairement exprimé et s’appuient sur la confiance dans ceux qu’elles prétendent défendre… ».

Mais puisque vous affirmez vouloir respecter le résultat des primaires êtes-vous sûrs qu’elles permettront « d’exprimer l’exigence populaire d’une alternative radicale » qui selon vous je suppose, déboucherait sur une candidature adéquate à ce désir.

Est-il possible que le dénominateur commun de tou-te-s les candidats à ces primaires (que je me garderai bien de nommer) soit la radicalité ?  Et nous-mêmes, défendrons-nous cette radicalité plutôt que la recherche d’un consensus au rabais si bien explicité dans la formule utilisée par beaucoup des partisans des primaires qu’il doit bien exister dix points sur lesquels nous sommes tous d’accord « à gauche » (!).

Vous dites que les primaires seraient une formidable occasion d’une appropriation citoyenne de cette alternative radicale. Je crois plutôt qu’elles exprimeraient une certaine cacophonie dont notre peuple se rendrait compte. Un rassemblement doit avoir une base idéologique commune sinon il est perçu comme un accord électoral dont le but n’est pas de s’occuper de l’intérêt général. Les régionales l’ont montré dans lesquelles les scores des alliances avec EELV ont approché plus ou moins les scores du FDG dans les mêmes élections précédentes.

Une campagne populaire, lancée dès maintenant, autour d’un-e- candidat unique du FDG, autour d’un projet actualisant l’humain d’abord et mis en débat largement partout, serait, pour moi, plus efficace à l’appropriation citoyenne.  Et nous pourrions renouer avec 2012 pour proposer une alternative aux politiques menées par la droite comme par le PS, appuyée sur l’expérience populaire de ce mandat présidentiel. J’ai la conviction que cette alternative est la seule voie permettant d’éviter la montée du FN et la seule « gagnante » puisque la seule à même « de réinventer un clivage politique pertinent » comme vous dites si bien. Amitié et fraternité à vous trois.

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