« L’appel des cent » sur un contenu au rabais

Une nouvelle initiative s’est organisée autour de 100 personnalités pour une alternative de gauche à la politique de ce gouvernement comme base à des candidatures pour 2017. Comme les primaires, cet appel n’est pas à même de répondre aux interrogations de celles et ceux qui cherchent du neuf et veulent vraiment sortir de la crise comme de la politique politicienne.

Sans doute, personne ne peut contester l’utilité de se rassembler pour chercher une alternative et beaucoup d’opinions révolutionnaires valent mieux qu’une.

Mais ce qui frappe dans « l’appel des 100 » c’est le côté insipide des propositions qui sont faites dans ce texte.

Il y a un bouleversement dans notre société dont les symptômes sont nombreux. Les luttes et « Nuit Debout » en sont les manifestations principales. Elles témoignent d’un rejet global de ce « capitalisme absolutisé » comme dit Jacques Rancière qui préfère ce néologisme au mot néolibéralisme.

Dans l’appel des 100 rien n’est proposé pour rompre avec les principes même de ce libéralisme. Le compte n’y est pas. La logique de la pensée est même parfois malmenée.

Par exemple la « remise en cause du productivisme et du consumérisme » serait accomplie « par la redistribution des richesses en faveur du progrès social » (c’est nous qui soulignons « par »). Tout cela est très confus. Dénoncer le consumérisme et le productivisme ne suffit pas à poser les termes d’une alternative surtout par la redistribution de richesses - nécessaire par ailleurs. S’il s’agit de construire une autre façon de produire en lien avec la satisfaction des besoins et en tenant compte de l’intérêt général, il faut mettre en cause les mécanismes financiers qui fondent aujourd’hui toute notre activité.

Si on ne le fait pas, proclamer vouloir « construire et adopter un corpus de propositions, de mesures d’urgences qui contribueraient à améliorer significativement et rapidement les conditions de vie de toutes et tous. » reviens à créer de nouvelles illusions. Il n’y a pas de raccourcis pour changer la société. Bon nombre des signataires de cet appel le savent d’ailleurs comme ils savent qu’ils ne seront pas crus tant la parole politique est discréditée par de telles promesses non fondées sur l’analyse et l’expérience commune.

Alors pourquoi des propositions au rabais ?

Mais parce que l’objectif est de rassembler des personnalités sans se soucier de savoir si elles partagent la même analyse des causes de tous nos maux. On rabaisse le niveau des exigences pour rassembler plus large.

Pourtant deux approches totalement antinomiques de notre système social cohabitent dans ce groupe. Il y a celles et eux qui pensent qu’il est possible seulement de l’aménager à la marge et ceux qui veulent en changer. Le capitalisme financier ne laisse plus de grain à moudre au « travail », il veut tout pour lui. La dé-financiarisation de notre société est indispensable au changement.

Les amendements des frondeurs à l’Assemblée Nationale reflètent souvent cet « entre deux ». Sur le CICE par exemple la réflexion porte sur le niveau des dons attribués et le choix des très grandes entreprises qui en profitent mais pas sur la remise en cause du principe lui-même. Quant aux survivants d’EELV, ils tentent continuellement de faire croire que des mesures sérieuses en faveur de l’écologie peuvent se prendre sans remettre en cause l’orientation néolibérale de l’économie.

Mais si toutes les richesses produites sont spoliées avec le seul objectif de les thésauriser dans les dividendes comment mettre en place une politique de planification écologique ?

En réalité les initiateurs du texte enregistrent l’échec des diverses « primaires » proposées.

Ils et elles recherchent autre chose qui pourrait produire du rassemblement sans se demander pourquoi les primaires ne fonctionnent pas.

Comment « rassembler les forces de progrès », qui est leur objectif, sans s’interroger sur le progrès aujourd’hui, sur les contenus nouveaux de sa définition et vérifier si nous sommes bien d’accord entre nous sur le projet culturel qui nous rassemble avant de soumettre ces contenus et ce projet au débat démocratique du plus grand nombre seul porteur, collectivement, de l’intérêt général.

C’est comme si on pensait que les « Nuit Debout » allaient promouvoir une majorité populaire active et consciente de la révolution qu’elle voudrait conduire par le simple fait de se côtoyer dans le respect mutuel et l’égalité du temps de parole. Heureusement que l’affaire Finkielkraut a révélé que la construction d’une majorité « de progrès » ne se faisait pas sur le mythe du consensus.

L’appel des 100 veut « favoriser l’irruption citoyenne dans le débat public » mais la composition même de ce collectif apparait comme une resucée de tout ce que la logique des partis a généré comme rejet. On voit mal comment des débats en régions alimenté par les convictions de chacune de ces personnes permettraient d’atteindre l’objectif.

L’intérêt partisan qui les anime n’est d’ailleurs pas le même pour toutes et tous. Les socialistes se rangeront derrière la candidature de François Hollande le moment venu. Les écologistes seront inaudibles tant les paroles issues de leur camp seront dissemblables. Quant au PCF personne ne sait aujourd’hui ce qu’il fera.

Malheureusement toutes ces tergiversations ne tiennent pas compte de l’urgence et il nous faut gagner.

Le débat public des présidentielles est lancé et il ne s’y dit pas que des bêtises.

Jean-Luc Mélenchon parle et met en cause régulièrement les logiques dominantes responsables de la mal-vie. Il développe et renouvelle la logique et les propositions de « L’humain d’abord » qui avaient cimenté le camp de l’alternative et qui ne sont pas devenues obsolètes.

Pourquoi toutes ces personnalités qui jugent François Hollande discrédité et qui ne veulent ni de la droite ni de l’extrême droite refusent-elles de voir que le candidat X, qu’ils et elles recherchent à pertes d’initiatives plus compliquées les unes que les autres, existe dès aujourd’hui sans proposition alternative connue ?

Manquent-elles à ce point de confiance en elles pour croire qu’elles n’arriveraient pas à enrichir une campagne commune avec ce candidat proposé si elles le rejoignaient pour constituer avec lui un rassemblement gagnant ?

Il faut en tout cas qu’elles arrêtent de dire qu’elles cherchent le candidat, quel qu’il soit, qui sera au 2ème tour (Gérard Filoche). D’abord parce que le « quel qu’il soit » montre le peu de cas que l’on fait du contenu qu’il portera et que le deuxième tour est atteignable avec la candidature de Jean-Luc Mélenchon au-dessus de 20% comme ailleurs en Europe.

Certains et certaines qui ont signé cet appel pensent que cette candidature reste une option possible.  On ne saurait imaginer que d’autres pensent que toute autre option est meilleure.

 

Il est urgent de choisir et de s’engager car « l’irruption citoyenne dans le débat public » souhaité par les « cent » demande du temps, même si plus de cent mille « insoumis » pensent qu’elle a déjà commencé.

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