Humanité

Ce qui se passe sur la mer Méditerranée, de façon récurrente, est avant tout un drame humanitaire. Mais cela pose aussi la question de « l’humanité » de l’Europe. Sommes-nous condamnés au repli nationaliste ou à l’acceptation d’une Europe réduite à un marché dans lequel les perdants sont toujours les mêmes, pire, considérés comme des « déchets » de ce marché.

Encore un bateau bloqué dans la Méditerranée. Cette situation est récurrente et qu’elle soit en train de trouver une issue ne nous dédouane pas d’une réflexion approfondie d’autant qu’elle est  un des enjeux des prochaines élections européennes. C’est à partir de ce fait « d’été » que je veux parler de notre positionnement sur cette prochaine échéance électorale, loin j’espère du discours politique traditionnel.

Cette fois-ci 623 réfugiés « logent » sur ce bateau. Oui « réfugiés », car dès lors qu’ils ne sont plus dans leur pays ils ont droit à l’hospitalité.

Ces drames, récurrents, posent la question de notre humanité. Sommes-nous en train de la perdre.

D’abord nous détruisons avec constance la terre qui est notre prolongement à force de l’épuiser de nous-mêmes. Ensuite nous acceptons le « tri » continuel qui est fait entre des groupes d’êtres humains qui sont pourtant, nos semblables.

Mais nous perdons aussi l’humanité qui devrait habiter chacun de nous, à condition que nous soyons encore capables d’empathie à l’égard de notre prochain.

La prédiction de Victor Hugo est loin d’être accomplie sur « la fraternité européenne ». (1)

Sommes-nous encore capables de justes coopérations ?

Avons-nous cessé de croire qu’une coopération libre et respectueuse entre les peuples et les états de notre continent seraient une bonne chose pour nous-mêmes, pour les autres et pour l’humanité ?

Sommes-nous condamnés à être des agents du malheur ajoutant leur voix à celles et ceux qui prétendent qu’il faut se résigner à cette Europe libérale, en payer le prix, serait-ce par la fin de la démocratie et la répression, ou à celles et ceux qui considèrent comme seule issue possible le repli nationaliste ?

Notre succès à l’élection présidentielle a consisté d’abord dans le fait de rendre de l’espoir à celles et ceux à qui on proposait le même choix mortifère entre Macron et Le Pen.

Oui nous avons porté une alternative à la résignation ou au repli sur soi. Nous avons ouvert une porte.  Alors faisons la même chose pour l’Europe.

La raison consiste d’abord à considérer que la mondialité dont parlait Edouard Glissant est désormais notre quotidien. La mondialité et non la mondialisation capitaliste. Le monde est partout. Singulièrement dans nos pays du continent européen. Singulièrement dans cette « Europe de l’Ouest » qui n’est l’eldorado pour certains peuples qu’à l’aune de la comparaison avec leur misère profonde.

Mais ce monde est devenu chaos à la suite de l’action déterminée de globalisation capitaliste de notre planète. Oui le libéralisme s’est acharné à opposer les peuples entre eux, les citoyens entre eux à l’intérieur de chaque pays, à les mettre en concurrence au profit des puissances financières. Il oppose, il divise sans arrêt. Regardez comment l’Europe est à la fois à 28 à 19 à 11 voire demain à cinq à force de compartimenter l’union européenne, l’espace Schengen, la zone euro et demain peut-être le « noyau dur » de cette zone.

Nous devons revenir à l’esprit de coopération qui est la face généreuse de la mondialité dans laquelle nous vivons. Des coopérations fondées sur une toute autre logique que celle qui préside aujourd’hui à nos destinées. Des coopérations mutuellement avantageuses, qui s’appuient sur des critères qui mêlent humanisme écologie et social. Des coopérations qui supposent d’aider les peuples les plus en difficulté à se forger une identité économique sans laquelle aucune transaction loyale n’est possible. Des coopérations en Europe bien sûre mais aussi avec d’autres pays et singulièrement les pays de la Méditerranée ou de l’Afrique.

La souveraineté populaire plus forte que les traités

Bien sûr il est indispensable de ne pas générer de nouvelles illusions c’est pourquoi notre refus de cette Europe libérale est clair et sans appel. Il n’est pas possible de garantir la souveraineté populaire d’un peuple qui déciderait de s’émanciper du libéralisme sans sortir des traités européens. Et si cela n’est pas possible par la négociation, le plan B que nous avançons doit permettre de le faire de façon unilatérale avec l’espoir d’entraîner d’autres états dans ce mouvement et en sortant de l’euro pour construire une monnaie commune ou rétablir le change entre les monnaies nationales. D’ailleurs, constatons que les 28 pays membres de l’union européenne ne font pas tous parti de la zone euro et pourtant ils commercent entre eux.

Monsieur Jean-Claude Juncker vous avez tort. Il y a des choix démocratiques qui peuvent se faire contre les traités. Et le respect de cette souveraineté est le seul garant d’une construction européenne réussie.

Oui nous voulons désobéir à des règles qui oppressent toujours plus les populations les plus pauvres et détruisent les modèles sociaux les plus avancés sur notre continent. Et désobéir ne signifie pas quitter le navire. Nous sommes plus obstinés que cela ! Nous voulons qu’il accoste dans tous les ports de l’Europe en étant bien accueilli. Et s’il refuse de le faire nous créerons nos propres embarcations avec toujours le même objectif de justice, de fraternité et de coopération.

 

  • Discours au congrès de la paix à Paris 21 août 1849 : « un jour viendra où vous toutes, nations du continent, sans perdre vos qualités distinctes et votre glorieuse individualité vous fondrez étroitement dans une unité supérieure et vous constituerez la fraternité européenne» 

 

 

 

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