L'ETRE, L'AVOIR ET LE POUVOIR... DE DOMINIQUE STRAUSS-KAHN A EMMANNUEL MACRON

Au début de l’épidémie le président nous a dit que "l'après" serait différent. Je ne veux pas, ici, pourfendre « l'imposteur », ni même tenter de définir ce que serait un « après » merveilleux. En commentant l'ensemble de ses déclarations et de ses actes, tout comme ceux de DSK très proches, je veux inviter à réfléchir sur le degré de chance qui existerait d'un comportement modifié de ce pouvoir

Que penser de certains propos d’Emmanuel Macron ? Indubitablement il affirme parfois des velléités de rompre avec nombre des principes qui ont guidé sa politique économique libérale.

Peut-on le croire ?

Après tout cette pandémie non prévue et mal contrôlée oblige tous les gouvernements a un peu d’humilité. Le réel rattrape les plus ardents défenseurs du marché tout puissant et de la globalisation économique.

Macron pourrait-il changer d’orientation ou bien son attitude est-elle seulement destinée à esquiver la responsabilité qui est la sienne ; de la « com » et seulement de la com ? Se pourrait-il que la « fonction » qu’il occupe, dans une situation de crise majeure, change l’homme et le conduise sur des voies nouvelles où l’intérêt général retrouverait sa place, même partiellement ? Et même si on le croit convaincu de poursuivre la même politique, peut-il le faire en disant qu’il ne faut rien changer ?

Pour des militants persuadés des choix de classe de ce président la réponse est rapide. Mais des millions de personnes partagent sans doute cette vision de la société et de leur propre devenir qui consiste à croire que c’est l’intérêt personnel qui nous guide, qu’il y a des « gagnants » et des « perdants » et que l’essentiel est de sortir victorieux de la concurrence dans laquelle nous sommes avec les autres, parfois même avec nos proches. Et s’ils doivent se rassurer sur leur humanité ne pensent-ils pas que l’addition de tous ces intérêts personnels finira par faire, tant bien que mal, société et que celle-ci saura corriger les inégalités trop flagrantes. Les valeurs collectives ont reculé devant l’individualisme.

Tout cela est bien sûr le résultat d’une bataille idéologique perdue dans laquelle solidarité et égalité sont devenus assistance et équité. Le drame qui se joue dans les EHPADS aujourd’hui, est symbolique d’une évolution de nos comportements dans lesquels notre empathie à l’égard du prochain a fait place au calcul du risque, du risque d’aimer.

Bien sûr rien ne saurait disculper les fauteurs de malheur. Qu’ils « crèvent » et que leur tête soit brandie au sommet de nos piques. D’ailleurs un sondage tranche ces interrogations coupables.

Plus de la moitié des Français pense que Macron ne changera pas de ligne. Bravo ! Mais toutes celles-là et tous ceux-là condamnent-ils cette ligne au point de la combattre dans la vie sociale et de changer leur vote ?

Après tout nous sommes tous d’accord pour dire que Macron n’est pas seul responsable du désastre et que Sarkozy ou Hollande n’ont pas choisi une autre direction, d’accord pour dire que la gauche ou la droite telles qu’on les connaît au pouvoir, ont toutes failli. La « banalisation » de cet échec répété a même conduit à « revoir » notre façon d’appréhender ces situations pour considérer soit que ces dirigeants ne voulaient pas forcément nous tromper mais que leurs meilleures intentions se sont heurtées à de très forts obstacles soit que finalement le pouvoir corrompt et devient le seul enjeu de la politique. Et dans ce cas il n’est pas de sauveur suprême en qui l’on puisse croire, ou en tout cas qui ne soit suspect aux yeux des citoyens.

Deux ans de luttes sociales si diverses ont creusé le fossé entre les gilets jaunes ou noirs, les blouses blanches, divers fonctionnaires et autres syndicalistes avec le concept de « représentation ». C’est cette démocratie dite représentative qui ne donne plus confiance. Au passage notons que c’est cet écueil que tous les partisans des « fronts communs » et autres unionistes de la gauche et de l’écologie ne veulent pas voir. Le vote, bizarroïde, des municipales a montré la grande stabilité du corps électoral sur fond d’abstention. Et le prolongement de ces élections qui bientôt interviendra sera, sans doute, toujours marqué à la fois par le désintérêt que manifeste le taux d’abstention et par le choix en faveur d’édiles locaux qui auront su prendre des mesures concrètes pour protéger les habitants de leur ville. Le temps s’est éloigné où notre vote était d’abord le résultat d’un ensemble de convictions sur la société et la façon de la gérer, sauf pour les « militants ».

Sans doute que seule une expérience concrète de pratiques démocratiques différentes, permettant des résultats positifs dans notre vie sociale et collective, pourrait créer les préalables nécessaires à une véritable révolution.

Mais c’est une autre histoire.

Revenons à notre propos, c’est-à-dire à ceux de notre président.

Or donc voici que notre prince gouvernant « découvre » et nous dit dans ses allocutions tardives aux journaux télévisés qu’il est des biens communs, la santé, l’éducation la biodiversité et d’autres encore qui ne peuvent être préservés dans le cadre du marché.

Ne voilà-t-il pas que dans une interview au « Financial Times » il affirme que « le multilatéralisme était à la main d’hégémonies, en tout cas de puissances qui ne voulaient plus jouer son jeu parce qu’ils n’en voyaient plus l’intérêt ».

Et le même président, toujours dans cette interview, de considérer que l’ordre de la mondialisation était en train de redevenir celui de l’interdépendance ; que lorsqu’il s’agissait de parler de notre humanité, des hommes et des femmes, mais aussi des écosystèmes dans lesquels ils vivent, du CO2 émis, du degré de réchauffement, de la biodiversité, « quelque chose de supérieur à l’économique » on comprenait qu’il y a des choses qui relèvent du bien commun… des choses qui relèvent de l’état.

Confusion !

Je ne veux pas dire que cet homme est confus, non. Je veux dire que ses propos créent la confusion c’est-à-dire à la fois l’embarras - le nôtre, interloqués que nous sommes par de tels propos tenus par notre président libéral - mais aussi la stupeur devant le grand désordre que nous constatons. Confusion : je veux dire l’état d’hésitation, le nôtre, devant tant de pensées non ordonnées.

Mais revenons à la politique et à la gestion du moment présent. La stratégie sanitaire mise en place par ce pouvoir est une stratégie par défaut, nous le savons et nos concitoyens aussi. Faute de masques et de tests les dispositions prises n’étaient qu’ersatz de mesures véritables dont la nature fut révélée par la gestion quotidienne « à vue » et contradictoire du confinement comme du déconfinement engagé aujourd’hui.

Des actes concrets pourtant, ont été posés que nous ne saurions désavouer : plus de 10 millions de salariés sont aujourd’hui payés, à 84 % de leur salaire, alors qu’ils ont arrêté de travailler ou réduit fortement leur activité. Ou encore plus de 100 milliards d’argent public vont concourir à maintenir notre vie sociale et économique provoquant un déficit qui a fait exploser les principes de Maastricht que l’on pensait intangibles. Et même des allocations spécifiques pour les plus démunis ont été décidées, insuffisantes malheureusement.

Alors quoi ? Tout cela ne serait que fugace et destiné à être payé très cher par nous tous, à l’exception des nantis, dans un proche futur. Certes la perspective d’une crise économique et sociale n’est pas écartée, nous y reviendrons. Mais en attendant la vie sociale en France est maintenue ou bien disons peut-être « suspendue ».

Comment mettre de l’ordre dans tout ce chaos ?

Il nous faut un fil conducteur.

Pourquoi ne pas prendre celui que Dominique Strauss-Kahn (nous dirons DSK) a proposé dans une tribune intitulée « L’être, l’avoir et le pouvoir dans la crise, par Dominique Strauss-Kahn ».

D’autant que Macron a semblé séduit par l’article puisqu’il a tweeté en personne que ce texte est « le plus intelligent » qu’il ait lu à l’occasion de cette crise.

 

L’être, l’avoir, le pouvoir, « mazette » l’annonce est belle ! On a l’impression que Pascal, Descartes et Montesquieu ont été sollicités en oubliant peut-être, pour le moment, Freud dont l’apport eût été précieux pourtant dans le rapport de l’être au pouvoir, je ne sais pas ; mais c’est une contribution sur laquelle nous garderons silence, par esprit de réserve.

Alors prenons « l’être ».

Il est maltraité par DSK qui prend soin de dire qu’il est sans doute trop tôt pour en tirer toutes les conséquences. Maltraité oui, puisque seulement quelques lignes de mille signes (pour un texte de plus de 50 000 signes) y sont consacrées pour nous dire que nous avons redécouvert que nous étions mortels. Ce qui n’est pas faux.

Mais la formulation est bien celle d’un économiste, d’un politique et non d’un philosophe. Il dit « un retour à la conscience de la précarité de l’être ». La précarité vraiment ? Comment ne pas voir dans le choix de ce mot un présupposé politique. Le capitalisme et ceux qui le servent savent bien les conséquences dommageables de leur système d’exploitation. Mais ils avaient une justification à nous proposer : « oui c’est difficile, oui nous vous demandons énormément d’efforts », mais en contrepartie nous assurons votre sécurité : entendez la paix civile, la lutte contre le terrorisme, le contrôle du flux migratoire. Et DSK reviendra dans son article sur tous ces « dangers ». Mais la faille est trouvée et dénoncée, les pandémies en remettant à l’ordre du jour la précarité de l’être ont mis fin à la sécurité. Alors, quelle justification au capitalisme ?

Passons.

Emmanuel Macron prend lui beaucoup plus de temps pour nous parler de l’être. La vie ne se résume pas à la mort, elle se vit tout le temps, la vie ; et beaucoup des réflexions du président se rapportent à l’humain, à notre relation avec nos congénères comme avec la nature. Et toutes ces réflexions sont bien plus « encombrantes » pour toutes celles et tous ceux qui ne supportent pas le personnage qu’ils jugent hypocrite. Il leur faut, dès lors, déconstruire son discours.

Car c’est bien de cela dont il s’agit. Si la crise sanitaire est gérée par défaut, le président doit trouver une autre histoire à raconter aux français, un nouveau récit, car celui de 2017 est caduque. Celui de l’unité nationale dans la guerre face à la crise a fait long feu, les français y sont rebelles. Celui d’une rédemption n’est sans doute pas soutenable. Alors il choisit celui du doute « salutaire », du bon sens et du pragmatisme. Comment dénoncer cette pantomime ?

C’est ici que « l’avoir » va nous aider.

Dans ce chapitre DSK mène la danse et Macron lui emboîte le pas … sans le dire.

La démonstration de l’ancien patron du FMI est rigoureuse : « Cette récession (…) mêle un choc sur l’offre et un autre sur la demande ». Dès lors les mécanismes économiques nous sont décrits à partir des concepts qui s’enchaînent merveilleusement. On ne commente pas ce qui concerne les êtres humains. Le raisonnement est « simple ». Il s’agit à la fois de maintenir l’offre et la demande.

IL faut soutenir l’offre, mais « on ne peut le faire en finançant seulement l’offre ». Hollande n’a qu’à bien se tenir, le socialisme de l’offre touche à ses limites. Alors bien sûr on défend l’idée de maintenir un certain pouvoir d’achat intérieur ou d’aider les pays « à faibles revenus » dit-il, ou victimes de la baisse du prix des matières premières ou de leur manque de liquidité. Mais ce n’est pas par souci des individus. Seul compte la nécessité économique de maintenir ces peuples et ces pays solvables pour répondre à l’offre des pays dominants. L’implacable raisonnement économique pousse toujours DSK.

Mais c’est dans l’examen des phases à venir, celle du déconfinement puis celle de la relance que les règles du néolibéralisme le plus traditionnel vont pointer et elles diront clairement toutes les craintes que nous pouvons avoir que demain ressemble beaucoup à hier.

Certes les chaînes d’approvisionnement doivent être revues. Tout le monde le reconnaît. La division internationale du travail changera un peu avec quelques relocalisations « nationales ou régionales », comprendre que le mot régional désigne, ici, l’Europe.  Mais viendra le moment de la restructuration de notre économie et rien ne pourra empêcher que des chutes de production ne se traduisent par des faillites et des licenciements.

Bien sûr l’intervention publique pourra être sollicitée mais sur quels critères ? Aucun engagement n’est pris sur les conditions sociales et écologiques de la reprise. Et les propos du directeur de la Banque de France, Monsieur François Villeroy de Galhau sur BFM le 22 avril ne peuvent rassurer quand il indique que l’heure viendra de la « sélectivité » des aides.

Certes DSK réaffirme lui aussi la nécessité d’une forte intervention mutualisée de l’Europe à hauteur de 10 % au moins du PIB européen ce qui signifie 1 500 milliards et lui aussi demande que l’on trouve les dispositifs permettant de faire en sorte que cette dépense publique n’impacte pas ou peu la dette des états. Mais les désaccords sont grands en Europe on le sait et cette question est loin d’être gagnée. Et tous ces libéraux bien sûrs n’envisagent pas l’annulation ou la glaciation de l’ensemble des dettes publiques passées qui pourtant redonnerait, seule, de vraies possibilités d’emprunt aux états.

Soyons-en persuadé, la dette continuera, après comme avant, d’être utilisé comme un moyen de chantage pour faire accepter les politiques d’austérité et de « restructuration » des politiques sociales.

Sur toutes ces questions nul doute que Macron soit en parfait accord, mais tout simplement, il n’en parle pas et n’indique aucune direction à sa future politique économique et sociale. 

Mais « en même temps » tous les conseils qu’il sollicite tous les groupes de travails qui sont mis en place sont infestés des lobbys financiers qui ont mis en place notre président.

A commencer par ce conseil scientifique sur la crise épidémique dont les membres ont été tous nommé par le pouvoir et dont quelques articles de presse ont révélé les liens que beaucoup d’entre eux entretiennent avec les laboratoires pharmaceutiques.

En continuant par l’intervention du MEDEF et de son président, Monsieur Roux de Bézieux, demandant de revenir sur plusieurs politiques écologiques du gouvernement en raison de la crise économique provoquée par la pandémie de coronavirus, après avoir demandé, déjà, et obtenu que RTT et congés payés soient utilisés dans les nécessités de relance de la production.

Le monde politique traditionnel ne rassure pas. « Les républicains » soutiennent ces mesures par la voix de Bruno Retailleau et sur le déconfinement ils viennent de rendre publiques des propositions qui visent à accélérer la reprise du travail. Les socialistes de « place publique » comme à l’habitude ne sont pas clairs et de nombreux représentants d’EELV signent au plan européen le fameux « Plan de relance verte pour un monde durable » avec des PDG de plusieurs multinationales comme Renault Volvo Unilever Danone Engie Suez.

Mais Jupiter n’apporte aucune précision sur les mesures économiques et sociales qu’il entend développer pour le moyen et long terme. Pour l’instant il préfère mettre en scène son combat européen ou africain. Il sait pourtant que les meilleures intentions qu’il peut formuler vont se heurter au refus persistant d’un multilatéralisme qui établirait de nouveaux rapports commerciaux entre les états sur la base du respect mutuel et du codéveloppement. Comme Sarkozy en 2008 il pourra dire j’ai combattu mais au bout du compte l’Allemagne emportera la décision.

Pour l’instant il n’y a finalement qu’en matière de football où nous ayons su inverser la tendance de l’équipe qui gagne entre l’Allemagne et nous.

Reste le « pouvoir ».

Macron et DSK sont en situation différente par rapport au pouvoir. L’un gouverne et l’autre pas.

Mais tous deux sont des experts des plans d’accession au pouvoir et DSK souligne que « la démocratie découle du mode d’accession au pouvoir plus que de son exercice » ce qui se trouve vérifié par le fonctionnement de la Ve République : « faites-vous élire » et pendant cinq ans vous gouvernerez comme vous le voulez.

À lire le bouquin de Juan Branco, l’accession au pouvoir de Macron fut pour le moins très bien organisée et l’homme aujourd’hui peut à juste titre dire qu’il s’était simplement préparé à accepter le destin (interviewe au Financial Times). D’autres s’étaient chargés « d’organiser » ce destin mais il a su se glisser dans le moule qui lui était préparé.

Pour DSK évidemment c’est une autre histoire. Proche de devenir maire de Paris ou, plus tard, président de la république son destin a été rattrapé par son « être » justement, ses pulsions, pour finalement empêcher que le pouvoir advienne. Sans doute ne voulait-il pas vraiment exercer ce pouvoir. Mais je m’égare là dans l’aspect freudien de cette situation et j’ai dit que je voulais m’en garder.

Il reste que dans cette partie du texte de DSK sur le pouvoir les préoccupations exposées rejoignent au combien celles qui sont réfléchies par Macron. Elles illustrent si c’est possible les contradictions de l’exercice du pouvoir dans ce système capitaliste. DSK parle de deux crises, celle de la souveraineté et celle de la représentation. Nous pouvons être d’accord. Encore faut-il investir le contenu donné à ces crises par l’intéressé.

En matière de souveraineté DSK va loin en dénonçant tout de suite, en premier, notre dépendance technologique principalement à l’égard des États-Unis. Il évoque le domaine sanitaire bien sûr car, en la matière, tout n’est pas affaire que de masque et de test et la maîtrise de la technologie est bien un facteur d’indépendance dans le domaine de la santé. Mais il élargit son propos à l’ensemble des questions de contrôle et de surveillance notamment via nos Smartphones. Il n’hésite pas à dénoncer les contrats passés entre nos services du renseignement et l’entreprise Palantir fondée par Peter Thiel, conseiller de Trump, société créée notamment pour servir les intérêts de la CIA. Il n’est pas anodin qu’il aille jusqu’à dire qu’à défaut de pouvoir créer nos propres normes, le recouvrement de notre souveraineté passe par un investissement de notre part dans les logiciels libres

Le pouvoir des géants américains Amazon, Facebook, Google, Instagram ou Netflix ne cesse de s'étendre sur nos vies et nos démocraties. Il s’est même renforcé dans cette crise. Non contents de nous rendre accros et d'exploiter nos données privées en permanence, les Gafam contribuent à la disparition de pans entiers de l'économie. Les risques qu’ils font peser sur la démocratie et sur notre indépendance sont considérables. Je n’ai pas entendu Macron prendre ses distances avec eux comme le fait DSK.

C’est pourtant le bon moment de poser la question d’une alternative aux Gafam alors que la pratique du télétravail, par exemple, risque de se développer. Une intervention citoyenne massive dans ce secteur semble être un des nouveaux paradigmes de la révolution. L’accès de toutes et de tous aux réseaux est une des clés pour le partage des biens communs qui servent à reproduire nos vies. Il s’agit de la santé, de l’éducation, de l’énergie, de l’eau etc. etc. etc. mais aussi d’internet et là comme ailleurs le contrôle collectif de ces réseaux est essentiel.

La suite de la réflexion de DSK sur le pouvoir est plus conventionnelle. Au plan géopolitique il souhaiterait un réveil de l’Europe à condition qu’elle « se ressaisisse » ; vœux pieux sans doute.

Il espère que la « fragmentation » de la mondialisation pourrait redonner un espace politique à l’Europe, la Chine ne pouvant pas prendre le leadership mondial et les USA l’ayant peut-être perdu.

Il pointe aussi les divers dangers qui menacent nos démocraties : la réussite relative des régimes autoritaires face aux virus par exemple et il en déduit une sorte d’obligation de mutualisation des politiques d’État en Europe et le bon dosage entre les actions contraintes et le respect des libertés démocratiques. Sinon les populismes gagneront nous prévient-t-il !

On voit bien qu’il s’agit d’abord de défendre lesdites démocraties contre leur dépassement plus que de proposer un nouveau modèle.

D’ailleurs concernant les évolutions de notre système économique, il prévoit une nouvelle « régulation » en faisant remarquer que c’est une constante de l’adaptabilité de l’économie libérale au cours de l’histoire et que toujours des régulations ont eu lieu après la crise de 1929, après la deuxième guerre mondiale et après la chute du mur de Berlin et des régimes socialistes.

Régulation, le mot est lâché, la définition la plus fiable étant « contrôle d’un mécanisme ». Le mécanisme n’est pas en cause et la régulation porterait seulement sur la politique de santé et celle concernant le climat. On peut prévoir des ajustements sans plus.

En réalité dès le début de son article DSK avait tranché l’affaire. Il fallait revoir « la résilience » de notre « économie globalement intégrée » à partir du « défaut de prévoyance » qui avait provoqué son échec face à la pandémie. Dès lors le remède est clairement défini, il est relatif : « Il est, sans doute, normal qu’un système de soins ne soit pas fait pour traiter une demande brutale et temporaire. Mais, dans ce cas, il importe qu’il soit réactif, c’est-à-dire capable de réorienter son offre et de mobiliser des réserves prédéfinies et recensées ».

On le voit bien la régulation souhaitée ne vise qu’à améliorer la résilience du système capitaliste lui-même.

Macron lui, gouverne.

Il explique que ce n’est pas simple, que les scientifiques eux-mêmes cherchent. Il veut donner l’image d’un président qui s’interroge, qui est prêt à changer, mais qui agit. Il est sur le terrain, au conseil européen, dans des vidéoconférences où il discute avec l’OMS, les pays africains et les différentes catégories sociales en France. Il montre qu’il arbitre beaucoup, en écoutant et en corrigeant parfois les excès de premières décisions. Il ne veut pas discriminer les seniors, les familles doivent décider pour leurs enfants etc. etc. etc.

Mais les actes commencent à dévoiler la terrible immobilité du système. Des millions d’euros sont mobilisés pour des mesures à caractère social, mais c’est par milliards que l’on chiffre les aides aux grands groupes industriels et financiers. Et en Europe les chefs d’État escomptent sans doute que les chaleurs de l’été aient raison du virus pour graduer leurs interventions financières. Et ils préparent une relance en Europe comme en France qui se fera de façon sélective en faveur des grandes entreprises qui bénéficieront de la manne financière publique sans contrôle social et écologique de leur stratégie.

Pour s’inscrire dans une sorte de pensée Straus-Kahnienne, la « demande » sera vite oubliée et l’offre » restructurée en fonction des principes de compétitivité nécessaires dans la guerre concurrentielle à la conquête de parts de marché. Les « perdants » risquent d’être toujours les mêmes.

Alors pas d’espoir ?

Si, du côté du peuple comme toujours.

Cette crise a changé notre perception sur bien des aspects de notre vie en société comme elle nous a conduit à revoir certaines de nos pratiques individuelles et collectives. Espérons que nous saurons en tirer les enseignements qui viendront enrichir les combats communs de celles et ceux qui veulent construire une autre société.

Mais cela devra être l’objet d’autre réflexions, d’autre écrits et d’autres actes que ce qui était au cœur de cet article.  

Alors en attendant bon 1er mai.

 

 

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