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le soir des élections, le lendemain et dans les trois jours qui suivent l'élection de nombreuses voix s'élèvent pour nous sauver de la débâcle. Mais quoi de neuf dans leur propos ?

Est-il possible de prendre le temps de la réflexion ?

Est-il possible de poser les problèmes pour un débat collectif ouvert à tous avant que chacun assène les réponses qu’il présente comme la solution à tous nos maux ?

Pouvons-nous espérer que la meute des politiciens qui s’agitent, entendent que le peuple ne les croit plus et assiste à leurs échanges comme à un spectacle entre des comédiens aux jeux surfaits ?

Est-il possible que toutes ces personnes qui « savent » puissent considérer que c’est au peuple lui-même aujourd’hui de forger les réponses qu’il entend apporter au problème auquel il est confronté ?

Car que se passe-t-il aujourd’hui et que va-t-il se passer demain ? Les intentions destructrices socialement et écologiquement de ce pouvoir vont-elles continuer oui ou non ?

Salaires, prestations publiques, emplois vont continuer d’être la préoccupation essentielle de millions de personnes. La crise climatique va s’aggraver. La parole populaire va continuer d’être ignorée. La répression va s’abattre sur tout ceux qui vont protester.

L’heure est à la lutte, aux luttes et à leur développement et à la réaffirmation que le mouvement des gilets jaunes est une chance pour notre pays.

Et que nous propose-t-on ? De nouvelles combinaisons d’alliance, l’union et le rassemblement sans préciser sur quelle base et avec qui. Certains appellent à un big-bang mais celui-ci n’a-t-il pas eu lieu aux élections présidentielles de 2017 et les mêmes qui souhaiteraient un chaos constructif refusent toujours de tirer les enseignements de ce qui s’est passé.

Bien sûr on nous dit qu’il faut rassembler tout le monde « à gauche » et que la FI y a toute sa place. Mais la première raison que l’on donne à la déroute politique c’est qu’il manquerait un véritable projet émancipateur. Et bien non, pas pour moi, « l’avenir en commun » est un projet émancipateur c’est en tout cas ma conviction personnelle et il se trouve qu’elle a été partagée par beaucoup.

Mais cette élection européenne n’a pas permis de débattre de cela parce que toutes les formations politiques, oui toutes hélas, on fait de cette élection un référendum pour ou contre Macron. Comment voulez-vous dans ces conditions que des électeurs disent et bien non moi je vais voter pour le projet de société auquel je crois pour la France et pour l’Europe. C’est regrettable mais c’est comme ça.

Et celles et ceux qui nous proposent l’union la plus large « à gauche » ont passé beaucoup de leur temps à attaquer la France insoumise donnant ainsi des gages à leur « ennemi de classe ». La France insoumise a commis des erreurs ? Sans doute, et alors vous proposer sa dissolution ?

Les enseignements de la présidentielle de 2017 sont-ils invalidés par les élections européennes ?

Le parti socialiste et la droite traditionnelle sont toujours en débâcle. Le PCF recueille 2,5 % des suffrages et Génération-s un peu plus de 3 %. Que disent les dirigeants du PCF sur leur responsabilité d’avoir ramené ce courant d’opinion pourtant formidable par bien des aspects au plus bas ? Quant à Benoît Hamon il semblerait qu’il veuille arrêter de faire de la politique. Sans doute pense-t-il comme Lionel Jospin candidat battu dans une élection présidentielle que le peuple ne l’a pas compris ?

Union, rassemblement… mais celle-ci s’est-elle réalisée autour des gilets jaunes sur les revendications que ce mouvement a mises en avant, revendications dont il faut bien préciser qu’elles ne sont en aucun cas le reflet de pensée de droite extrême mais bien de nature à peser pour le moins sur le rapport entre le capital et le travail s’il faut utiliser ces mots.

Alors essayons de poser justement un certain nombre des questions qui doivent être débattues.

Certains disent qu’il faudrait une posture moins clivante et plus rassembleuse.

La formulation même de cette question tend à opposer les deux termes employés dans une tradition du compromis dont on sait qu’elle ne débouche que sur le renforcement de l’ordre existant. Mais la question a du sens.

Oui il faut être clivant je crois car ce que nous voulons c’est changer la société et cela est impossible sans remettre en cause les dogmes libéraux sur lesquels elle fonctionne. Il faut un projet en rupture avec le capitalisme. Rupture et radicalité font partie de notre vocabulaire.

Mais il faut être rassembleur aussi ! Et « en même temps » comme dirait Macron. Il faut croire que le rassemblement est possible sur un projet radical, clivant, en rupture avec notre société actuelle. Sinon à quoi bon le rassemblement ? Mais le peuple sait bien aujourd’hui que dans l’esprit de ceux qui le propose la plupart du temps, ce rassemblement n’est fait que pour essayer d’obtenir un peu plus d’élus, un peu plus de places dans des assemblées qu’ils espèrent dominer… ou pas.

La réaction de Monsieur Jadot dimanche soir est symptomatique : il ne crie pas l’écologie a triomphé et le climat à un bel avenir devant lui non, non il déclare immédiatement : « nous sommes la troisième force dans ce pays ».

Et alors ? Monsieur Jadot comprenez-vous que l’on s’en fout de votre place dans l’échiquier politique et que ce sentiment est valable pour toutes les formations politiques. À quoi sert-il d’être second si l’on n’est pas premier, troisième si l’on n’est pas second, quatrième si l’on n’est pas troisième etc. etc. et quand on est premier à quoi cela sert-il pour notre peuple si ce n’est pas pour faire une autre politique ? Qui nous dit que demain Monsieur Jadot, vous ne serez pas choisis pour être le prochain Macron par l’oligarchie pour défendre ses intérêts puisque vous prétendez que l’écologie est compatible avec le système dans lequel nous sommes. Au moins Monsieur Hulot a-t-il eu le courage de dire que l’écologie était incompatible avec le modèle économique actuel. Mais sans doute que s’il avait été candidat sur la base de ce discours il n’aurait pas recueilli les voix de gauche et de droite que vous espériez comme notre président actuel.

Sommes-nous dans un enfermement sans issue ?

Si l’on en reste à tout cartel même « élargi à la société civile » mais sous le contrôle des partis puisqu’ils en sont toujours à l’initiative, alors oui l’issue n’est pas pour demain. C’est pour cela qu’il faut donner non seulement la parole mais le pouvoir au peuple et adopter les formes de représentation qu’il décidera de se donner.

Et d’abord lui permettre de refonder les règles du jeu c’est-à-dire d’engager un vaste processus d’assemblée constituante redéfinissant les conditions d’accomplissement de la liberté de l’égalité et de la fraternité pour tous et entre tous dans notre société d’aujourd’hui. Et ensuite lui permettre que jamais il ne soit dessaisi de sa possibilité de contrôle sur les élus quels qu’ils soient grâce à des assemblées citoyennes, à des référendums d’initiative citoyenne et des formes de contrôles réguliers des actes commis par ceux qui dirigent pour contrôler toujours la conformité de leurs actes à l’intérêt général.

Le président macron n’est pas prêt à démissionner c’est une évidence. Cela trace l’horizon 2022 comme celui d’un choix différent pour notre pays. Mais qu’allons-nous faire des années qui nous séparent de cet horizon ?

Les élections territoriales qui sont devant nous avec des scrutins de liste à la proportionnelle pour deux d’entre elles nous donnent l’occasion d’une expérimentation territoriale d’une initiative citoyenne différente non téléguidée par les partis politiques. Beaucoup parmi les gilets jaunes réfléchissent à la mise en place d’assemblées citoyennes locales qui sans se substituer à la démocratie par les élections et sans se substituer aux élus qui seront choisis, peuvent être des lieux de contrôle populaire des engagements pris et de l’intérêt des politiques menées. Pensez par exemple à cette forfaiture installée depuis maintenant des années d’agglomérations rassemblant de plus en plus de villes ou de villages et dont les élus décident d’orientation importante pour les gens sans jamais leur demander leur avis ou leur rendre de comptes. Cette tendance a conduit à réduire à presque rien le pouvoir de milliers de maires dans des milliers de communes qui étaient pourtant le terreau privilégié de notre démocratie.

Mettons en place des assemblées citoyennes participatives dans toutes les communes en tout cas partout où c’est possible ou les bonnes volontés existent, construisons ensemble les revendications que nous allons porter et de nouvelles formes de contrôle populaire des décisions prises. Et pour ceux qui le veulent - mais tous ne le voudront pas – ils ou elles participeront à des listes pour les élections municipales à condition toutefois que des places le plus souvent non éligibles ne leur soient pas assigné par des partis qui prédétermineront qui doit conduire ces listes.

Peut-être alors les gens retrouveront-ils l’espoir que la politique est quelque chose qui les concerne et qui peut les aider à construire une nouvelle vie pour toutes et pour tous.

Je disais qu’il fallait prendre le temps de la réflexion ce que je ne fais pas vraiment en écrivant quatre jours après les élections européennes. Mais les déclarations et les initiatives politiciennes qui commencent à se multiplier me mettent en colère tant elles sont le reflet de tout ce qui a été rejeté par le « dégagisme » des élections présidentielles ou la très grande conscience du mouvement des gilets jaunes posant les questions notamment de la représentativité politique et même de leur représentativité à elle et à eux.

 

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