Le véritable scandale d'une commemoration

Le vrai scandale de la commémoration du centenaire de la bataille de Verdun, dont le point d'orgue,ce dimanche,sera les discours de François HOLLANDE et d'Angela MERKEL,n'est pas dans l'annulation du concert du rappeur Black M qui a fait le buzz ces derniers jours. Non le vrai scandale à mon sens réside dans l'organisation et dans le contenu que l'Etat,va donner à cette commémoration.

En effet la véritable raison du scandale réside dans la réponse que l'Etat a décidé à donner à la question " Que commémore t-on ? et pourquoi ? 

Cette dernière question ainsi que ses multiples réponses sont, on le sait, la clé pour essayer de comprendre les véritables motivations de cette boucherie et de celles qui ont suivi au cours du dernier siécle. Mais elles conditionnent la nécessaire compréhension de ce qui est aujourd'hui notre quotidien en France et également dans la compréhension de la France dans l'Union européenne, plus généralement, aujourd'hui. 

Si l'on se réfère au communiqué de Monsieur Jean-Marc Todeschini Secrétaire d’Etat, chargé des Anciens combattants,  consécutif à  l'annulation du concert de rap, de Black M, prévue le 29 mai prochain, il semblerait qu'on ne trouvera pas là, ne serait -ce qu'un début de réponse?

"Je veux dire aussi ma colère de voir qu’un déferlement de haine, d’injures et de menaces force un élu à annuler le concert d’un artiste dans un pays où la liberté d’expression et de création sont des valeurs et des droits fondamentaux. Dois-je rappeler que c’est justement pour ces valeurs de la République que nos soldats, venus de toutes les origines sociales, de tous les continents, de toutes les religions, et jeunes pour l’immense majorité d’entre eux, ont combattu et sont morts voilà cent ans à Verdun ? "

Le secrétaire d'état, chargé des anciens combattants, mais aussi, il serait bon de s'en souvenir, DE LA MEMOIRE, a nécessairement l'esprit confus. Peut être devrait il ouvrir un manuel d'histoire, non, bien sûr pas un récent dont l'historiographie dominante financée par l'UE en a établi les bases. Elle donne une version très édulcorée de l'histoire en mettant en exergue, la réconciliation et la dynamique d'un projet européen qui doit apporter la prospérité et la paix. Non, il vaudrait mieux un bon vieux manuel d'histoire des années 1950-1960. Notre secrétaire d'Etat y serait étonné d'apprendre qu'en 14 nos soldats ne partaient pas aux fronts pour combattre pour la "liberté d'expression et de création" et les poilus de Verdun, eux même seraient étonnés d'apprendre qu'ils sont morts pour défendre cet idéal!

Il est vrai qu'entre temps une autre guerre 39-45, moins glorieuse, s'était superposée â la précédente pour brouiller les pistes et les esprits, dont celui de monsieur Todeschini.

Quelle commemoration?

On peut admirer le haut niveau de mémoire que va insuffler le secrétariat qui en a la charge pour cette commémoration. Avec comme point d'orgue un concert de rap pour la " jeunesse" chargé de conclure la commémoration de la bataille de Verdun. Une fête, un concert , pourquoi pas une rave-party à l'attention de la jeunesse des 2 puissances rivales, désormais réconciliées et en paix.

Jean Pierre Chevènement, nous avait averti, en introduction de son livre " 14-18 L'Europe sortie de l'Histoire

" Ce n'est pas s'avancer beaucoup que de prédire que la commémoration de l'an 14 sera presque inévitablement asservie, en Europe et en France, à des fins politiques. L'Histoire, on peut s'y attendre, sera instrumentée par " le politiquement correct" du jour qui rend si souvent la vérité insoutenable. Le souci d'éclairer les mécanismes de la décision qui a rendu possible la catastrophe originelle du XXe siécle passera au second plan. "

et plus loin...

"L'Histoire est coutumière de ces pieds de nez: en commémorant 1914, on va surtout s'efforcer de justifier la position définitivement subordonnée de l'Europe dans la " globalisation " et de créer les conditions permettant la restauration du capitalisme financier d'avant 1914. La visite des cimetières servira à La Défense et à l'illustration des politiques vouées à la préservation de la rente financière..."

Comme toujours Jean Pierre Chevénement avait raison...

Il y aura donc fort à parier que les discours de F Hollande et de Mme Merkel s'emploieront à cela, le 29 mai prochain. D'ailleurs, ce mardi, François Hollande sur france culture, confirme, qu' avec Angela Merkel il s'agira de " relancer l'idée européenne"

François Hollande sur france culture le 24/05/2016 © France Culture

Qu' entendons nous depuis le début des cérémonies de commémorations des 2 grandes guerres et plus précisemment depuis la mise en place du Plan Marshall, reconstruction et lutte anti communiste obligent, qu'entendons nous à partir de 1945 et surtout depuis le "mano à mano" Mitterand- Kohl en 1984. On entend, on nous rabache que ces conflits génocidaires sont dus à la " folie " des hommes, aux "nationalismes" français, allemands et autres peuples européens. On passera donc sous silence le rôle des oligarchies financières et industrielles dans la globalisation des économies, dans ce qu'on a nommé la "mondialisation" et son corrolaire la course à l'hégemon qu'elle a induit. C'est à dire la recherche d'une économie dominante capable de garantir et protéger les échanges.Une économie qui s'imposerait en tant qu' hégémon dans les faits ou par la force comme depuis la nuit des temps.

La situation avant 1914

Avant le déclenchement du premier conflit mondial en 1914 cette mondialisation s'est développée autour de 4 grandes puissances l'Angleterre, la puissance hégémonique depuis le début du XIXe siécle. L'empire britannique s'étend sur 30 millions de km2 et compte 450 millions d'habitants. Pour la France, son empire colonial s'étend sur  10 millions de Km2 et compte 50 millions d'habitants. l'Allemagne s'essaye à en batir un et les États Unis, doctrine Monroe oblige veille sur le continent américain.  Cependant, ces deux dernières talonnent l'Angleterre dans la course à l'hégémon mondial. Dés 1870 les États-Unis avaient dépassé l'Angleterre en terme de revenu national global et un peu avant 1914, par tête d'habitant! En tant que puissance industrielle, les USA dépassent l'Angleterre en 1880 et l'Allemagne à son tour vers 1905. Entre 1870 et 1915 36 millions d'européens quittent le vieux continent, dont 25 millions vers les Etats-Unis. En cette fin de siècle l'immigration allemande est de loin la plus importante aux states. Dés la fin du XIXe siècle de grands groupes industriel des deux challengers ( USA - Allemagne) ont des participations croisées et échangent des technologies! Il en est de même,d'ailleurs, entre des grands groupes français et allemands de la sidérurgie, des houillères ou dans la chimie naissante. Le symbole, la famille de Wendel présent des deux côtés de la frontière à la tête de grands groupes sidérurgiques et houillers, avec un de Wendel élue au Reischtag et un autre, en France qui préside le comité des forges,ancêtre du MEDEF, et qui règnera en maître sur la Banque de France de 1914 et...jusqu'en 1945.

En 1913 le stock de capitaux investis à l'étranger atteint 44 milliards de dollars ( Angleterre pour 42 % la France pour 20% l'Allemagne pour 13 % les USA pour 8% La destination de ces capitaux se fait principalement sur l'Europe 27 % et les amériques-Nord 24% et Sud 19%)

 

L'excellente série d'article de Romaric Godin, en date du 4/08/2014 dans la Tribune expose bien la situation à l'aube du déclenchement du premier conflit mondial.

On le voit un débat sur la commémoration aurait dû être antérieur à l'annulation du concert de Black M. Il aurait permis aux citoyens de comprendre aujourd'hui l'autre guerre ( 39-45 ) la reconstruction du pays et la construction européenne aujourd'hui. On le sait cette construction européenne s'est faite sous la maitrise d'ouvrage et la houlette des États Unis, devenu, l'hégémon, la première puissance mondiale, après guerre. Ils avaient besoi d'un grand marché de libre échange et d'une puissance sure sur laquelle ils pouvaient compter pour contrer le communisme.

En posant les bonnes questions et en y apportant les bonnes réponses, la commémoration du centenaire de la "grande boucherie" aurait aussi permi surtout de comprendre pourquoi le projet de "Mitteleuropa" développé dans le "Septemberprogram" du chancelier, Bethmann-Hollwegprojet que la chancellerie du Reich publie des les premiers jours du conflit en septembre 1914. Il reprend en grande partie le projet d'union douanière d'Europe centrale élaboré par le directeur de la Deutschbank, von Gwinner et le fondateur d'AEG, Walter Ratheneau, en 1913. Ils ecrivaient :

"Il reste une dernière possibilité : aspirer à une union douanière centre-européenne à laquelle les Etats occidentaux adhéreront tôt ou tard qu'ils le veuillent ou non. ... La tâche d'instaurer la liberté économique de circulation dans les pays de notre zone européenne est difficile, mais elle n'est pas impossible. Les législations commerciales doivent être alignées, les syndicats être dédommagés, il faut créer une division pour les recettes douanières fiscales et un produit de remplacement en cas de pertes ; mais l'objectif serait de fonder une unité économique, de niveau égal à celle de l'Amérique, peut-être même supérieur, et il n'y aurait plus, au sein du regroupement, de régions arriérées, rétrogrades et improductives. ... En même temps, les nations seraient débarrassées de l'aiguillon le plus aigu de la haine nationaliste. ... Ce qui empêche les nations de se faire mutuellement confiance, de s'entraider, de s'informer réciproquement sur leurs biens et énergies et d'en profiter, ne sont indirectement que des questions relatives au pouvoir, à l'impérialisme et à l'expansion : il s'agit dans le fond d'une question d'ordre économique. Si l'économie de l'Europe se dilue dans la communauté, ce qui arrivera plus tôt que nous pensons, la politique s'y diluera également ... "

Pour que l'économie prospère le politique doit suivre de gré ou de force...

Ce qui se traduira dans le " Septemberprogram" par le point 4 de la note du chancelier Bethman-Hollweg, en septembre 1914 aprés les premiers jours de conflits.

" 4. Il faut parvenir à créer une union économique de l'Europe centrale par des accords douaniers communs avec la France, la Belgique, la Hollande, le Danemark, l'Autriche-Hongrie, la Pologne et, éventuel lement,l'Italie, la Suède et la Norvège. Cette union, qui n'aura vra isemblablement pas de couronnement constitutionnel commun, et dont les membres, sous les apparences d'une égalité des droits, seront effectivement sous direction allemande, doit stabiliser la suprématie économique de l'Allemagne sur l'Europe centrale."

 

Cent ans aprés on ne peut rester admiratif devant autant de clairvoyance, ne dirait- on pas la description de l'Union européenne en 2016? Celle qu'Hollande et Merkel veulent re-booster.

Cette Europe aujourd'hui est dirigée sans partage par l'Allemagne, dominatrice (et on ne saurait l'en blâmer) avec pour faire valoir une France vouée au rôle de caution morale et d'alibi d'une Europe qui est un fiasco économique pour elle et pour l'économie mondiale ( 6 millions de chômeurs, 50 Mds € de déficit commercial et plus de 1800 Mds de dette publique pour le plus grand bonheur des fonds de retraites allemands, rentiers allemands, français et américains.Une industrie qui ne pése plus lourd dans le PIB mais des grands groupes multinationnaux sans patrie sauf celle du profit actionnariat.

Cela l'Allemagne n'y est pour rien, seul le renoncement des élites françaises guidées par les profits et la peur du communisme explique cela. L'Euro, les allemands n'en voulaient pas, Delors en voulait, Mittérand le fit sous les conditions allemandes; renforcement de la commission européenne, l'indépendance de la BCE (sauf vis à vis de la constitution allemande) l'acceptation de la politique inique de déflation salariale allemande dés la mise en place de l'Euro. L'Allemagne a un projet Deutschland uber alles, la France n'en a plus!

Lors du début du conflit en 1914 le capitalisme financier règne en maître,il a bâti une stratégie du Crédit gagnante depuis le début du XIX e siécle (sous la houlette de grandes banques universelles, en ce début de 1914 - Rotschild- Deutschbank- Baring brothers- Banque de Paris et des pays bas- Crédit lyonnais_ JP Morgan etc...) Le systéme de Crédit assure la fortune de ces banques et de celle de leurs actionnaires grâce au système bancaire et à l'indépendance des banques centrales vis à vis de leur centre mais pas des grandes banques qui les gérent!

Cent années plus tard les mêmes conditions produisent les mêmes effets et le capitalisme financier et toujours le grand bénéficiaires à la différence près qu'il est désormais libérés des Etats nations et donc du contrôle démocratique. Est ce la fin de l'Histoire, comme certains le pensent? En tout cas la fin de la Démocratie, comme on peut le voir en Europe.Faudrait- il en déduire que les 1 700 000 morts et plus de 3 000 000 de blessés, français (dont les 2/3 très graves) militaires et civils dont on va commémorer la souffrance en ce centenaire, seraient morts pour ça? 

 

 

Documents a consulter:

http://novorossia.today/un-nazi-devenu-president-de-la-commission-europeenne/

Et

http://www.telegraph.co.uk/news/worldnews/europe/1356047/Euro-federalists-financed-by-US-spy-chiefs.html

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