Charlie is watching you !

Un mois déjà après la semaine sanglante de janvier 2015 à Paname, je reviens sur certaines causes possibles, les enjeux et les retombées de ces évènements. Afin de démasquer un système liberticide et coercitif en vigueur, digne de ce cher Orwell  si visionnaire.  Avec en sus quelques allusions à la Grèce et l’Espagne où les lanternes de l’espoir nous jouent la aussi à la berne des grandes illusions électoralistes ! Ah ! Sacrée société du spectacle capitaliste, quand tu nous gouvernes et quand moult se prosternent !

 

La France vend des Rafales à l’Egypte, pays des droits de l’homme bien connu. Un Rafale dans les airs ça correspond grosso merdo à une université, un hôpital, des écoles de quartier partis en fumée et en morbidité affirmée. Sous les applaudissements des politiques de tous les bords et de la finance ! J’ai envie de gerber ! C’est Figaro-ci et Figaro-là qui va sabler le champagne entre ses pages rose saumon.

 

Rappelez-vous. Le consensus mou, sous l’approbation quasi générale de l’unité nationale décrétée d’intérêt obligatoire, qui imposa le 11 janvier 2015 par la voix de son maître et la propagande médiatico-politique, que Charlie Hebdo serait devenu le Journal officiel ou sous d’autres cieux : « La Pravda » (La Vérité) ! Wolinski, quand il dessinait à l’Huma, avait reçu l’interdiction de caricaturer les ténors du PC, comme au bon vieux temps de l’URSS où les moustaches de Staline étaient déjà sacrées !

Lors de ce jour de liesse populaire à Paname ou dans les grandes métropoles de l’hexagone, le bon populo se noya dans la foule et fraternisa avec ses politiques, dont certains représentaient de célèbres criminels de guerre internationaux invités d’honneur mais aussi de joyeux fossoyeurs de la liberté d’expression. On se serait presque cru au cinoche entre les images de Métropolisde Fritz Lang où l’art de la tyrannie se conjugue au nom de la liberté ! Autre son de cloche littéraire cette fois, je ne peux m’empêcher de penser aux manipulations des masses, style 1984Big Brother usait de tous les stratagèmes pour être apprécié par la population. J’y reviendrai sur le rôle des médias qui s’inscrivent dans cette optique du décervelage complet et à répétition.

« Rien n’est plus dangereux que ces mouvements de masse où la foule apeurée se laisse manipuler par les médias et les politiques. C’est la boite de pandore pour toutes les folies. Cela a effectivement dépassé toutes nos craintes, et laisse mal augurer du futur quand la crise va s’accentuer » (Vincent Cheynet in La Décroissance le journal de la joie de vivre, janvier 2015, page 9)

 

Même les églises ont sonné le glas du deuil national. A croire que dans les confessionnaux on se passait Charlie hebdo sous le manteau ou sous l’aune des soutanes fleuries. Les vivants et les morts de chez Charlie apprécieront ! D’autant que cet organe satirique a toujours promulgué sa vision de la profanation du sacré pour devenir un jour (coquin de sort) un objet sacré, pratiquement côté en bourse !

« Aujourd’hui, donc, en France, on peut porter atteinte au sacré des autres, mais surtout pas à celui des Charlie. Le comble de tout cela, c’est que le terrorisme se pratique au nom d’une fameuse (fumeuse) liberté d’expression ».

(Guillaume Goutte in la conclusion de son article Le terrorisme antiterroriste des Charlie in le monde libertaire en page 10 du numéro du 5 au 11 février 2015)

 

Comment en est-on arrivés là à ce glissement progressif du non-sens ?

Un retour en arrière chez Charlie s’impose. Il est né le divin enfant d’un ventre blasphémé dans une tombe par un képi de général, le 9 novembre 1970. Hara-Kiri trop bête et méchant titrant en couverture : Bal tragique à Colombey : un mort fut censuré. Charlie l’a remplacé ! En parallèle, La Gueule ouverte organe des terriers de libre expression écologique exprimait en actes et franchement de façon visionnaire les combats contre le nucléaire, les militaires et autres nuisibles ainsi que maints autres luttes de l’époque. Les fameux dessins de Reiser et Cabu ou autre clique de talent au regard aiguisé accompagnèrent cette fameuse publication dans le sillage de Charlie.

C’est le passage en fanfare de l’équipe de Charlie à l’émission Droit de réponse animée par un Michel Polac dépassé à la télé, qui mettra un coup d’arrêt à Charlie.

 

En 1992, c’est Philippe Val frais émoulu du tandem Font et Val sur scène qui devint le patron.

<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/Z2sQGD2yyYI" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>

(Font et Val chez Pollen sur France Inter en 1988)

 

Petit à petit Val tira l’escarcelle du pouvoir au sein de l’équipe, au point de virer certains membres trop subversifs à ses yeux, dont Siné. Mais aussi Jacques Tardi et Michel Boujut, le fameux tandem des chroniques cinés jamais égalées dans aucun média.  En solidarité à ces zigues que j’appréciais tant et lisais avec avidité et grands plaisirs, j’ai arrêté de lire Charlie.

De plus, Charlie avait perdu de son panache subversif. Il avait opté dans sa ligne éditoriale dictée par Val des positions pour le moins critiquables et insoutenables, ouvertement tournées pour le soutien à la guerre en Irak et en fringuant supporter de l’Europe des affaires. Les éditoriaux plombés de citations de Spinoza, la venue Caroline Fourest… l’ordre régnait au désormais bercail et garde à vous ou rompez les amarres. On se serait presque crû tombé du ciel en écho dans la langue de bois d’un Alain Finkelprout sur France Culte !

En 2009, Val, à force de frayer avec le syndrome de Sarko, fut promu à la tête de France Inter et Charb remplaça le boss et rebaptisa le canard en Charlie Hebdo. Val conduisit de main de maître la charrette des humoristes subversifs du micro. Les Guillon et Portes repartiront les poches pleines, de l’oseille tirée de la bourse des contribuables du service public. La belle affaire ! Amen…

Sans transition et après les évènements du massacre que l’on sait, Charlie Hebdo est passé du journal en faillite à celui du coq cocorico franchouillard à se fendre la poire, qu’il faut se procurer dare-dare et encadrer au-dessus du lit de la chambre nuptiale. Quitte à user des poings dans un kiosque pour s’en procurer un.

Le 29 septembre 2014, quatre membres de la rédaction de Charlie hebdo vinrent s’épancher au poing la rose dans les bureaux du président Hollande.

http://tempsreel.nouvelobs.com/charlie-hebdo/20150112.OBS9757/hollande-etait-deja-charlie.html

C’était une première dans la presse satyrique ! Bonjour la liberté de la presse !

Charlie hebdo est en passe d’être devenu la nouvelle bible laïcarde et obligatoire, si on ne veut pas se faire cramer les miches au purgatoire.

 

Et comme à son habitude, le pouvoir aux mains pleines de bonne intention, après la vague d’attentats perpétrés par une minorité infime mais agissante la mort au bout de la kalache, dressa des mesures d’exception contre les Apaches.  Les cow-boys en bleu et vert kaki veillent au grain. Dormez tranquille braves gens. A ce titre, la France peut s’honorer d’avoir obtenu à l’unanimité et haut les cœurs : le grand prix Erich Honecker. Et ce n’est qu’un début autour du fantasme d’un pays en guerre contre un ennemi intérieur. Parmi les mesures phares : la multiplication des interdits avec toujours plus de surveillance et de contrôle social au faciès, l’élargissement de l’arsenal répressif avec la prononciation de lourdes peines pour l’exemple, la relance de l’économie d’armement qui détient déjà la majorité de la presse sous sa gâchette, l’augmentation du budget imparti à la répression, la création d’un peine d’indignité nationale… De nos jours : dénoncer une ligne éditoriale islamophobe crée en vous le personnage de l’ennemi de la liberté d’expression à abattre. Désormais, l’autocensure trempe son encre dans le parjure avec un souci de réduire à néant toutes les velléités de parole critique radicale. C’est la caricature de la caricature !

 

Si tu es barbu et bronzé, si tu es rasta et que la vue d’un rasoir ou d’une paire de ciseaux te donne la nausée, si tu gardes une tronche de beatniks pas rasé comme le Bartos, gare à l’amalgame ! Tu risques le coffrage et le décodage illico presto de tous les poux que tu gardes au chaud. Gare aux apparences !

 

La terreur sociale et la misère noire nées de la crise sont à l’origine des attentats. Et depuis des décennies ça dure, ça dure. Il n’y a qu’à voir les zones rurales et urbaines à l’abandon. Les wagons de déportés de la misère qu’on éloigne du cœur de Paname ou de Bordeaux pour les envoyer paitre à la cambrousse où ils seront moins visibles et feront mois tâche dans le paysage. Les rapports dominants du capitalisme moribond tirent les marrons du feu d’un racisme ordinaire où la tyrannie de la majorité oblitère les rapports fraternels et solidaires.

La France part en guerre et en total ingérence avec les affaires étrangères, au nom de la démocratie pour pacifier le terrorisme en Afrique. Elle racle ses fonds de tiroirs idéologiques tirés des vers de l’histoire de son colonialisme. Le dieu uranium bouge les consortiums à s’accaparer cette denrée rare pour faire bouillir les marmites du nucléaire.

 

Les médias à la racole des annonceurs qui ont frisé le trouble à l’ordre public en racontant les prises d’otages en direct, ont été gentiment caressés dans le sens de l’éthique journalistique par le CSA. Trois petits tours de passe-passe et ils reviendront à l’attaque pour laver à grandes eaux les cerveaux lents. Antoine Perraud dans un article très détaillé de Médiapart intitulé : Un grand moment de télévangélisation nationale démasque le rôle des chaînes d’information en continue : BFMTV et I Télé dans leur représentation de l’information de commande pour créer l’unanimité d’un évènement. Avec un décryptage des images et des commentaires dignes d’un grand moment de télévision cérémonielle raté.

http://www.mediapart.fr/journal/culture-idees/110115/un-grand-moment-de-televangelisation-nationale

 

Autre marque de l’actualité européenne qui pour certains peut donner des boutons ou pour d’autres un certain espoir, Syriza a pris le pouvoir en Grèce. En ce qui me concerne, je ne me berne d’aucune illusion électoraliste. D’autant plus avec cet exemple, puisque Syriza a recueilli le jack pot avec ses 36 % de suffrages exprimés. Il ne se réclame aucunement de l’anticapitalisme puisqu’il veut discuter sa dette et de fait accepte et joue le jeu de ce système corrompu jusqu’à la moelle. Il a fait alliance avec un parti de droite souverainiste et cire les pompes de Poutine. Peut mieux faire !

Ce qui me rassure un peu, c’est que la Grèce qui a subi la dictature des colonels durant les années 70 n’est pas exsangue de tradition antifasciste.

Petit rappel historique, les principales victoires sociales n’ont pas été obtenues sous la face cachée de l’hydre électorale mais lors des grandes grèves durant le Front populaire, par exemple. En Grèce où le droit de vote est obligatoire, l’abstention interdite et à plus forte raison la non inscription sur les listes électorales, 36 % des votant(e)se sont abstenu(e)s malgré tout ! Parmi eux bon nombre d’anarchistes ! Etonnant non ? Concrètement, des luttes actuelles demeurent très présentes sur le terrain social culturel et politique en Grèce et particulièrement dans le quartier anarchiste d’Athènes  d’Exarcheia

http://nevivonspluscommedesesclaves.net/spip.php?rubrique23

On y trouve des squats, cuisines et dispensaires autogérées, cours gratuits, ateliers d’artistes urbains dans la résistance au quotidien et dans le concret réel.

<iframe width="560" height="315" src="https://www.youtube.com/embed/YyA_kMmg9Wc" frameborder="0" allowfullscreen></iframe>

 

En Espagne aussi, la résistance au régime de Franco a laissé la mémoire vive. Podemos (Nous Pouvons) issu en majorité des Indignés brigue lui aussi des mandats et n’a qu’un an d’existence. Ni de gauche ni de droite, il se contente de dénoncer (non sans raison) la corruption, l’impunité des politicard, des hommes d’affaires, des banquiers, les coupes budgétaires et dans le montant des retraites… Certes ! C’est bien beau de dénoncer. Mais son manque de maturité politique et son manque de programme lui confèrent les roupettes du Père Noël en robe de chambre. C’est-à-dire nada, le vide sidéral. Pablo Iglesias, (est-il un parent du célèbre Rulio Essuiglace roucouleur pour dames ?) ignore dans son langage ce qu’est l’autogestion et ne remet pas en question le capitalisme responsable de la crise sans précédent en Espagne.

Comme pour Syriza, on peut capter un discours antilibéral, histoire de s’attaquer aux inégalités trop voyantes, mais sans jamais s’attaquer aux causes directes des inégalités. L’Espagne est pourtant riche de sa révolution sociale libertaire contre le fascisme en 1936 avec ses avancées primordiales, de l’abolition de la propriété, au respect du droit des femmes, au fédéralisme politique et économique, la naissances de coopératives et plannings familiaux, la libération  et l’émancipation des cerveaux lavés par les curetons et j’en passe des meilleurs…

 

Pour finir sur une touche d’optimisme si nécessaire au bon moral malgré tout, par la voix de Jean Guidoni, la mise en chanson d’un poème tract de Jacques Prévert datant du Front Populaire : Vie de famille. Je vous livre le refrain qui j’espère va vous parler aux tripes. Histoire de fiche une bonne baffe dans la gueule d’enfer de Big Brother et de la caricature du fantôme de la liberté.

« Est-ce que c’est une vie
De vivre comme on vit
Pourquoi faire
Cette vie d’enfer
Pourquoi se laisser faire
Non ce n’est pas une vie
De vivre comme nous vivons
Et cette vie, cette vie d’enfer,
C’est nous qui la changerons. »

 

http://www.dailymotion.com/video/xsoa6_guidoni-olympia-90-6-vie-de-famille_music

 

(Visuel emprunté à Nemo in le monde libertaire du 5 au 11 février 2015)

http://www.lemague.net/dyn/spip.php?article8873

Le Club est l'espace de libre expression des abonnés de Mediapart. Ses contenus n'engagent pas la rédaction.