Ramon Pipin publie un premier roman qui dépote l’humour et son époque !

 

Vous connaissez forcément Ramon Pipin musicien auteur compositeur. Comme si, 6 mois de boulot intensif pour concocter trois concerts formidables ne lui suffisaient pas, v’là t’y pas qu’il nous sort son premier roman déjanté, comme il se doit. « Une jeune fille comme il faut » aux éditions Carpentier nous narre les simagrées d’une ado gâtée et délaissée par son papa. Elle s’éclate par tous les bouts et sans fausse pudeur. A la fois polar et comédie, Alain Ranval dit Ramon Pipin nous révèle ses talents d’écrivain pour son premier roman, que j’ai adoré et vous recommande aux ami(e)s de vos ami(e)s. Signe distinctif, comme toujours chez lui, l’humour toujours !

 

Quelques mots en préliminaires du fameux concert de Ramon bien accompagné du 25 octobre où j’étais  présente et où mes larmes de plaisir, ma mère chimpanzé, ont coulé de joie durant plus de deux heures et demie. Outre le trouble de le retrouver en famille avec sa dulcinée Clarabelle toujours aussi splendide et à la voix mélodieuse, qui me transporte sur des airs de Ramon et de ses potes. Outre aussi quelques reprises revues et corrigées, de nouvelles compostions et pléthore de chansons inédites, Ramon ne serait plus Ramon si en plus de jouer sur scène, il jouait aussi de la mise en scène. « Privilégiant le mot et la musique et le décorum », comme il le dit lui-même à ses années Au Bonheur des dames et Odeurs, du temps de sa splendeur et de sa jeunesse. Avec toujours le sous-entendu que ce seront ses derniers concerts. Il nous fait le coup tous les deux ans environ, mais je ne le crois pas. Même si la préparation assidue des concerts lui a pris 6 mois à plein temps. Lui Ramon, le desperado humoristique de talent et de qualité de la chanson, le grand oublié des médias, gage pour l’homme subversif qu’il demeure sans peur et sans reproche, toutes griffes dehors, ce qui prouve envers et contre tout sa notoriété avérée. Tu m’étonnes, merdre de merdre aux radios qui chialent toute la journée et racolent aux hymnes de la médiocrité. Merdre de merdre encore aux canards boiteux qui se râpent le gruyère en serpillère. Sur scène, Ramon prouve qu’un morceau composé avec une seule note et soutenue par une machine à rythmes sur des paroles à la Kong représente le quotidien du décervelage ambiant. Alors que ne désemplit pas le Café de la Danse à chacun de ses concerts. Je confirme, son public lui reste fidèle. Le bouche à orteils fonctionne de plus belle. Toutes les générations confondues sont sorties tout sourire de ses deux premiers concerts. Inventeur encore et encore, amoureux fou des bons mots à l’humour fin et débordant (hum quel régal), il twitte des textes de 140 signes pour 140 notes, ce qu’il appelle ses twongs avec son complice Camille Saféris au vocal. Il convie pour danser au Palace la marionnette qui a sa face et se démantibule tant et plus les membres, qu’il m’est si difficile de la garder dans mon viseur. Faudra qu’il me présente sa marionnette. Elle est trop chouette ! Sans parler de ses musiciens toujours très impliqués et solidaires de son œuvre unique et joyeuse.

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Bon j’abrège mon enthousiasme toujours aussi intact à chacun de ses concerts. En plus de bosser à plein régime ses inventions musicales et textuelles, Ramon sait raconter, et comment des histoires. Il publie un premier roman. A la préface, excusez du peu : monsieur Benacquista polardeur entre autre de son état. Tonino s’amuse à convoquer Ramon Pipin qui répond à Alain Ranval, son blaze à la ville. Un peu, si vous me permettez la comparaison hasardeuse comme la dualité du personnage à la Gainsbourg qui se déclinait en Gainsbarre. Sauf que le côté noir du beau Serge, Ramon et Alain (vous suivez toujours j’espère) ne sont que la face cachée de Pipin et Ranval. Tous deux deux sont gorgés de joie créative. Puisque toujours optimistes malgré tout, optimistes, incurablement optimistes, fondamentalement optimistes, comme dans les paroles de l’une de ses chansons. Ou si vous préférez, le complément d’objet direct l’un de l’autre, se conjugue à la première personne du musicien et de l’écrivain. Même verve, même amour des mots, le respect de leur public, l’humour débordant sur des rythmes haletants et un tempo vivifiant. Si je  peux décrire ainsi son écriture affirmée et déjà mature pour un premier roman.

Dans une chanson du temps de Ramon, Alain déclinait au troisième degré une « Baby Doll ». Il faut toujours préciser pour les ligues de vertus constipées qui auraient l’outrecuidance de lire mon article avant de se confesser. Elles risquent de ne rien comprendre à son humour, si elles prennent chaque mot de la chanson pour argent comptant. Cette chanson est une fiction, tout comme d’ailleurs son roman, issu de son imagination fertile. En des temps trop reculés, on prônait l’imagination au pouvoir. Alors pourquoi s’en priver et renvoyer les grenouilles de bénitier à toucher le bois de leur héros barbu court vêtu sur la croix !

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La jeune fille comme il faut du roman, Naja, 17 balais au compteur prend des cours de fellation par correspondance et connait l’art du suppositoire à s’en raconter des histoires. Elle s’emmerde ferme. Son papa est dans les grosses affaires très loin et revient peu au château. Alors, la gamine s’invente un enlèvement pour disparaitre de la circulation et demander une rançon au pater. C’est dans cette situation ubuesque que Paul, très proche de la retraite à la maison poulaga délivre l’infante tordue. Il la qualifiera bientôt devant son jeune fils pré-bachelier raide dingue de la môme : « cette connasse dont le QI est inférieur à sa température rectal, que tous se barre en couille, mon fils, ma guitare pétée, mon oreille, ma mère, ma femme… «  (page 85).

Paul n’a pas le physique du Béru de San Antonio, seulement quelques intonations convenues, vous l’aurez aisément remarqué, lorsqu’il est fâché. Guitariste raté, il a le charme du blues à la guitarme qui lui joue un drôle de drame !

Le tempo du roman décortique un calendrier qui s’égrène entre le 8 février et le 8 juillet. On y parle yiddish et breton sur un ton différent. Les personnages connexes hauts en couleurs entourent les héros et leur donnent le do dans une ambiance  drogue et rock’n rôle. Dans un chapitre, je ressens que Ramon est fâché avec les lacets. Paul, nous fait part de ses déboires avec cet asticot chaussé. Moi je m’en fiche, bête à part, je marche pieds nus. Quand à Paul, c’est le calvaire. « Nouer correctement ses lacets est une activité qui demande détermination, dextérité et dispositions physiques. Le manchot ou l’hémiplégique, par exemple, éprouveront beaucoup de difficulté à l’exercice avec une seule main, de même que l’alpiniste à l’assaut du K2 aux doigts raidis par la morsure du froid ou le Lapon en moufles, voire la top aux ongles impeccablement  vernis contrainte de chausser des croquenots quelques instants avant le défilé ». (page 45) Pour vous donner aussi une idée du style dépouillé de Ramon Pipin écrivain. Il a déjà l’art, du grand art de savoir donner à parler la langue de ses personnages sur des registres riches et variés. Il éprouve de l’empathie pour eux et ça se sent fortement.  

Paul n’en démord pas, la littérature ce n’est pas toujours sa sinécure. « Il s’écroule dans le canapé et rouvre ce roman dont il peine à venir à bout. Cinq cent quarante pages ! Pourquoi tant de mots pour raconter une simple histoire d’enfant adopté par un couple de plombiers-chauffagistes qui parvient à force de volonté et de talent, à gravir les échelons de la société malgré le fait qu’il soit unijambiste ? De la troisième ligne au chapitre 2, le meilleur ami du héros sert un café brûlant. Pourquoi dans ces romans communs le café est-il toujours brûlant ? Ne peut-on les faire moins chauffer et écrire des textes de qualité ? Se demande-il ? » (pages 132 / 133)

A travers son personnage, Ramon et Alain se posent la question de la littérature de qualité, du texte léché. On aurait pu (qu’il me pardonne cette apostrophe totalement déplacée de ma part à son sujet) s’attendre pour un premier roman à un texte où il se raconte. Comme c’est trop souvent le cas  chez les écrivains vraiment vains, qui tournent autour du pot de leur nombril pour rendre leur copie. Vide.  

Chez Ramon, c’est tout le contraire, la galerie des personnages riches et si vivants qui gravitent dans son roman, les rends attachants. Il y a de l’action, on prend même de la hauteur à la fin et des sueurs froides nous rident la peau du dos tant le suspense est fort.

Alors, polar et ou comédie ? Le tout mon guitariste préféré ! Le ton est donné.

Un roman sensuel où il y a de la vie, dans un contexte où le conflit des générations se resserre un verre et trinque de travers un versant joyeux. On se marre dans son roman. Hilare vous avez dit hilare, oui je compatis à certains moments.

Si le titre trompeur vous évoque les tribulations des « Mémoires d’une Jeune fille rangée » à la Beauvoir. En voiture Simone, vous avez tout faux. Il s’agit chez Ramon des déboires d’une jeune fille comme il faut et comme d’hab les apparences sont trompeuses. Tant mieux !

Comme pour moi, vous vous en doutez, la bande son du roman est très riche, mettant en relief l’encyclopédie musicale de son auteur, qui embrase dans ses pages de Wagner à Hendrix. Ca doit pulser des sons très différents dans la tête de Ramon, quand il écrit.

Il y a du rythme dans son roman, on ne s’emmerde jamais, raison de plus pour vouloir le lire et aussi  l’offrir à vos ami(e)s. Une fois encore, je reste persuadé, comme pour ses concerts, Ramon peut compter sur ses fidèles auditeurs et fervents admirateurs au sourire radieux quand ils écoutent son œuvre musicale. Ils vont se régaler  une fois de plus, mais cette fois entre ses pages et retrouver son univers déjanté où la chaleur humaine resplendit toujours de mille feux fraternels.

Ramon a gardé son sublime accent parigot que j’adore et me change de celui chantant du Sud-Ouest. Son attachement à Paname transpire dans ses pages que ça m’est d’autant un plus grand plaisir de le lire.

Ramon demeure un homme très sensible qui a appris à se blinder contre les cons et a toujours se respecter et par la même jamais se fiche de son public. C’est un musicien très exigeant et un écrivain vaillant. Je ressens dans son écriture le même appétit de se donner dans son travail léché et fignolé d’écrivain. Le Bartos me souffle la difficulté d’écrire et se retrouver seul face à sa page, alors qu’un musicien auteur composteur comme lui a l’habitude de travailler à plusieurs. Et quand je lis ses remerciements à la fin de l’ouvrage, je ne suis pas inquiet pour lui. Il est bien entouré et c’est tant mieux.

La chute de l’histoire réside dans la dédicace à ses deux filles qui sont montées sur scène rejoindre leur père et leur mère à la fin du concert. Je le cite : « Je dédie ce livre à mes filles Cécilia et Noémie en souhaitant de tout cœur, malgré mon amour pour Naja, qu’elles ne s’en inspirent pas dans leur vie future ».

Autrement dit, ce livre s’ouvre à toutes les générations qui s’y retrouveront. Pour peu, bien entendu, posséder la richesse humaine d’aimer partager avec son prochain, l’humour, intelligence suprême de l’esprit qui s’offre à chaque page de ce premier roman très réussi qui nous promet des jours meilleurs.

 

Ramon Pipin : Une jeune fille comme il faut, éditions Carpentier, octobre 2015, 170 pages, 18,90 euros

 

 

* A suivre prochainement également l’ouvrage d’un autre-auteur compositeur d’une toute autre teneur, François Béranger (1937 / 2003) : « Des rats zailés et des zhommes » un conte fantastique, politique et écologique illustré par Blancafort aux éditions Lemieux

 

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