Un président face à la crise

6 heures du matin, est-ce encore un rêve ? Non, Barack Obama est devenu président des Etats-Unis. Il hérite d'une situation socioéconomique grave. Il devra s'y attaquer tout de suite, au risque de décevoir ses partisans.
6 heures du matin, est-ce encore un rêve ? Non, Barack Obama est devenu président des Etats-Unis. Il hérite d'une situation socioéconomique grave. Il devra s'y attaquer tout de suite, au risque de décevoir ses partisans.

Obama, l'homme providentielle d'une crise historique

 

Lorsque la campagne américaine a commencé, Obama et McCain se disputaient sur la guerre en Irak. Le premier en rappelant qu'il fut l'un des seuls à s'y opposer, l'autre en misant sur son expérience militaire et devenir un nouvel héros militaire. Mais, la crise économique, qui a soudainement empiré à la fin de l'été, a changé la donne. McCain est soudain apparu trop inexpérimenté en économie, tandis que les promesses démocrates semblaient soudain les seules viables.

 

Les Etats-Unis s'inquiètent de leur avenir après avoir frôlé une crise systémique. La faillite de Lehman Brothers est un 11-septembre de la finance, et Obama l'homme providentielle qu'il fallait. Besoin d'un leader, de quelqu'un pour aider les plus pauvres, pour soutenir l'économie par un plan de relance budgétaire, conscience de l'arrogance américaine perçue par le reste du monde, appel au changement ? On se peut dire quel facteur a conduit Barrack Obama à devenir président, mais maintenant il est là et son action dans les mois à venir sera décisive pour l'avenir de la crise.

 

Augmenter les impôts en temps de crise ?

 

Obama a promis de baisser les impôts, surtout ceux des plus pauvres, pour les soulager et tenter de relancer l'économie. Idée keynésienne par excellence, qui colle parfaitement aux idéaux démocrates. Mais, n'oublions pas ce qu'est l'économie américaine : une économie de services, un hedge fund géant. C'est à la Chine que les plus pauvres achèteront et au reste du monde qu'ils emprunteront. En économie ouverte, les relances budgétaires ne sont pas très utiles. Sauf bien-sûr pour aider les plus pauvres.

 

Le problème majeur d'Obama, c'est le déficit américain. Il y a le déficit public, creusé par les plans de soutien à l'économie et à la finance et par la guerre en Irak. 700 milliards au moins pour la finance, quelques centaines pour l'économie et idem pour la guerre. Soit peut-être 1000 milliards de dollar environ. Un peu moins de 10% du PIB américain.

 

Il faut aussi compter l'endettement des ménages et le déséquilibre colossal de la balance courante américaine. 800 milliards en 2005. Cette situation n'est pas tenable et menace le dollar. Les Etats-Unis sont atrocement endettés auprès du reste du monde. Bien-sûr, ils peuvent émettre autant de dollars qu'ils veulent pour payer leurs dettes, le dollar étant encore la monnaie de référence. Mais, comment résoudre ces immenses déséquilibres macroéconomiques ? Ce sera sans doute le problème principal soulevé par la conférence internationale dite « Bretton Woods 2 ». Car dans l'histoire, ce sont la Chine, le Japon et l'Union Européenne qui sont concernés.

 

Pour enrayer ce déséquilibre massif, il y a une solution bien connue : monter les impôts. On rembourse ainsi le déficit budgétaire et on rééquilibre la balance courante. Mais pour oser cela dans un pays comme les Etats-Unis, il faut être tête brûlée. Et surtout être prêt à perdre ensuite les élection de mi-mandat. C'est-à-dire se griller d'ici la fin de son mandat. Un républicain n'aurait pas pu le faire. Un démocrate, pourquoi pas. Obama n'a en réalité pas le choix, sauf à aggraver davantage la crise actuelle et à entraîner des tensions internatonales et macroéconomiques dangereuses.

 

Mais alors, plus de relance budgétaire, ni de plan de sauvetage. L'équation est extrêmement délicate. Et nous verrons dans les semaines à venir dans quelle direction Barrack Obama s'engagera. Comme baptême du feu, on n'a rarement vu mieux.

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