Vers un "néo-protectionnisme" ?

Impossible d'échapper aux annonces de plan de relance en ce début de Décembre. C'est à croire que l'hiver ne se fera pas au balcon et Pâques aux tisons. Relance donc, mais est-ce nécessaire?

Impossible d'échapper aux annonces de plan de relance en ce début de Décembre. C'est à croire que l'hiver ne se fera pas au balcon et Pâques aux tisons. Relance donc, mais est-ce nécessaire?

 

 

Relance par la consommation ou par l'investissement ?

 

En période de crise, Keynes revient sur le devant de la scène. Même s'il est parfois mis à toutes les sauces, son inspiration reste d'actualité : en cas de crise, il faut que le gouvernement intervienne. Rassurons-nous, en 1929, l'Etat américain n'a pas attendu Keynes pour agir et les politiques de grands travaux ont commencé assez rapidement. Mais, le mot « keynésien » reste, comme une marque de fabrique.

 

On distingue relance par la consommation et relance par l'investissement. Dans le premier cas, l'Etat ou les consommateurs, par le moyen de baisse d'impôts ou de crédits à la consommation, augmente la demande globale. Keynes avait mis en garde contre ce type de relance, inefficace pour lui, car elle permet certes d'écouler les stocks accumulés, mais pas de préparer une reprise économique. Il y a toujours un risque que le stimulus ne serve qu'à maintenir la paix social – ce qui n'est pas rien comme on voit en Chine – et non à aider à la reprise. Dans une économie ouverte, cette relance est d'autant moins efficace que l'argent quitte le pays : la relance aide les pays producteurs, et non consommateurs. C'est d'ailleurs ce qu'espère l'Allemagne : le stimulus anglais et américain tombera directement dans ses poches et on comprend qu'Angela Merckel hésite sérieusement à lancer un plan de grande ampleur.

 

L'autre type de relance, c'est par l'investissement, c'est-à-dire qu'on prépare l'avenir, en achetant des nouvelles machines, en améliorant les process, en développant des nouveaux secteurs de l'activité. Cela permettra de rebondir dès la fin de la crise, en proposant des nouveaux produits – et donc sans avoir à écouler les stocks. Et puis, pour mettre tout cela en place, il faut également faire travailler des gens, et on favorise ainsi une reprise de l'activité. C'est la solution qui avait la faveur de Keynes. Ce dernier croyait à moitié à la possibilité d'une sortie de crise ex nihilo, il pensait que toute crise est d'abord cyclique et finit par se résorber d'elle-même, et que le plus important est de bien redémarrer plutôt que de freiner une chute inéluctable.

 

Un plan de relance n'est donc pas forcément la panacée ou le remède absolu contre la crise. On voit voir deux intérêts majeurs : le premier est de garantir la paix sociale, notamment les emplois, limiter les dégâts sociaux ; le deuxième est d'utiliser la crise pour lancer des grands travaux et développer des nouvelles technologies qui auront des effets bénéfiques de long-terme. La situation critique favorise le lancement de tels grands chantiers, qui auraient, de toutes façons été nécessaires. Mais, à croire qu'un plan de relance peut enrayer la crise, ce n'est pas si sûr.

 

A chacun son plan, ou le retour du néo-protectionnisme

 

On voit dès lors que chaque pays a des intérêts différents : les USA, qui souffrent le plus, ciblent leur action sur l'immobilier, les consommateurs et les industries, notamment automobiles ; de même l'Angleterre baisse la TVA, et veut soutenir son secteur financier et immobilier. En France, rien de tel, le secteur financier n'est que de peu d'importance, la crise immobilière est limitée, les constructeurs automobiles souffrent pour des raisons de trésorerie et de cycles économiques, etc. L'intérêt d'une relance en France est donc limité, et c'est d'ailleurs une des raisons pour laquelle le plan français reste modeste et peu innovant. On pourrait simplement regretter qu'il ne profite pas de l'occasion pour aider les biotechnologies ou nanotechnologies et autres technologies innovantes. L'intérêt du plan est d'abord de rassurer les citoyens et de montrer que le gouvernement tient les rênes.

 

On voit cependant poindre derrière les discours l'évolution du discours sur les économies nationales. Tout le monde s'accorde à rejeter le protectionnisme, dont on a vu les effets en 1929. Certes, mais tout n'est pas si simple, car chaque pays a une situation économique propre, qui ne peut pas toujours se résoudre en accord avec les autres pays. La tentation est grande alors d'opter pour un « néo-protectionnisme » qui consiste à subventionner nationalement les fleurons économiques pour gagner des parts de marché.

 

Là où le protectionnisme propose de fermer les frontières pour éviter la concurrence, le « néo-protectionnisme » cherche à booster les économies nationales pour fausser la concurrence. Ce n'est plus chacun pour soi, mais chacun contre tous. C'est le risque pointé par la Commission Européenne dans le cas du renflouement des banques françaises.

 

C'est encore le cas des discussions entre les USA et la Chine sur la révaluation du Yuan. Depuis trop longtemps, la monnaie chinoise est sous-évaluée et favorise les exportations chinoises, tout en défavorisant celles américaines. L'une des raisons actuelles de la crise, citée par Bernanke, est l'excès d'épargne de la Chine, c'est-à-dire l'importance trop grande accordée aux exportations vers les USA. Mais, si le yuan est réévalué, la croissance chinoise souffrira beaucoup et les conséquences sociales et politiques pourraient être dramatiques.

 

L'intervention de plus en plus fréquente des fonds souverains renforce la tendance, et le fonds français s'inscrit dans cette logique. La théorie libérale est conservée mais détournée de son objectif premier. Il s'agit de faire jouer la concurrence, mais en mobilisant toute l'économie, tous les consommateurs.

 

2008 est bien un 1929 à l'envers. Face à des problématiques similaires, on cherche la solution la plus contraire à celle choisie en 1929. J'écoute donc entre les lignes des annonces qui m'assaillent dès le matin ce qui fait la spécificité de nos actions présentes. Et les signes ne sont pas toujours aussi encourageant que ce que nous disent les effets d'annonce.

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