nic

nic

Economiste
Abonné·e de Mediapart

27 Billets

1 Éditions

Billet de blog 11 nov. 2008

La Chine entre en scène

A la suite des Etats-Unis, du Japon et des pays européens, la Chine vient d'annoncer un vaste plan de relance de son économie de 4000 milliards de yuan, soit environ 500 milliards d'euro. Longtemps restée à l'écart de la crise, la Chine fait une entrée fracassante, à la fois en révélant l'ampleur de ses problèmes économiques, et en proposant un plan de relance massif. Mais peut-être les enjeux sont-ils d'abord géopolitiques.

nic

nic

Economiste
Abonné·e de Mediapart

Ce blog est personnel, la rédaction n’est pas à l’origine de ses contenus.

A la suite des Etats-Unis, du Japon et des pays européens, la Chine vient d'annoncer un vaste plan de relance de son économie de 4000 milliards de yuan, soit environ 500 milliards d'euro. Longtemps restée à l'écart de la crise, la Chine fait une entrée fracassante, à la fois en révélant l'ampleur de ses problèmes économiques, et en proposant un plan de relance massif. Mais peut-être les enjeux sont-ils d'abord géopolitiques.

La fin du mythe de la décorrélation

Le mythe de la décorrélation des marchés a longtemps prévalu dans les milieux financiers. Cette théorie expliquait que la crise toucherait les seuls pays occidentaux, les économies émergentes restant épargnées. On croyait alors que les pays en bonne santé aideraient ceux pris de crise. Et dans cette théorie, la situation chinoise était la plus critique, car la plus importante. Jusqu'aux jeux olympiques, nul signe de ralentissement apparent. Certains s'inquiétaient déjà d'un éventuel surinvestissement, mais rien de probant.

Pourtant, les signes étaient déjà là. Un ami me disant que les ventes de voitures commençaient à chuter sérieusement au début de l'été, un chercheur m'indiquant que le système financier n'était pas très sûr et l'économie trop dépendante de celle américaine. Car, cette théorie du découplage aurait pu être vraie si la demande intérieure chinoise avait été suffisamment forte pour remplacer la demande américaine. Mais, la transition vers une économie intérieure n'a pas été assez rapide et le FMI prévoit que la croissance chinoise n'excèdera pas 9% l'année prochaine.
Les risques d'un ralentissement chinois

9%, cela reste un beau score, mais méfions-nous car l'économie chinoise est « en rattrapage », et ces chiffres ne sont pas étonnants. Au contraire, la Chine s'est habituée depuis plusieurs années à des croissances à deux chiffres et toute la structure de la société chinoise s'est constituée autour de cette idée : l'année prochaine, il y aura plus de richesse, et de nouvelles personnes pourront y accéder. Une baisse de la croissance, c'est une augmentation massive du chômage, des populations émigrantes, et surtout un coup au rêve chinois. Dans cette crise, ce sont les couches moyennes qui sont le plus touchées : elles perdent leur travail, leur retraite, leur argent. Le système politique chinois a peur des retombées.

Il veut à tous prix éviter d'être déstabilisé, et le plan de relance chinois peut être compris sous cet angle : donner du travail à ceux qui en demandent pour éviter de trop fortes tensions sociales. La baisse rapide des taux d'intérêts participe à la même logique.

Un package en porte-à-faux

Relancer l'économie chinoise, éviter qu'une baisse de régime n'aggrave la spirale dépressioniste, rester là et passer à travers la tempête. Voilà l'ambition chinoise, mais à quel prix ? Car, les 4000 milliards de yuan, d'où viendront-ils ? Le gouvernement chinois est resté discret là-dessus, plusieurs scénarios sont possibles.
Tout d'abord, utiliser l'épargne chinoise, qui est colossale, et dont Bernanke a longtemps pensé qu'elle était à l'origine de la crise actuelle. Il faudrait alors retirer cette épargne des placements où elle se trouve – et où ? - et l'investir dans la société. Mais, le système financier chinois n'est pas aussi performant que celui des pays occidentaux – je veux dire que l'argent ne trouve pas aussi facilement à s'investir, ce qui explique que l'épargne chinoise fuit vers nos économies. Les investissements chinois sont faits par les étrangers, directement, pas par le système financier chinois : pour mettre en place le plan de relance, il faudrait un nouveau système, etc. Pas facile, mais possible.

Autre solution, émettre des bons du Trésor. Mais qui serait prêt à les acheter ? Tout le monde se réfugie sur le Dollar, l'ultime refuge, et dans une moindre mesure le Yen et l'Euro. Mais le Yuan ? Les pays asiatiques, peut-être. Peut-être.

Ou bien en créant quelques yuans supplémentaires, que l'on financerait à partir des réserves de la banque centrale. Cette dernière a tellement de dollars, qu'elle peut bien en lâcher quelques-uns, histoire de ne pas trop déstabiliser les taux de change. L'inflation est basse, pas trop de risque de ce côté-là. Et la Chine se libèrerait un peu plus de l'emprise américaine : car jusqu'à présent, les chinois se sont montrés conciliants avec les Etats-Unis pour préserver leurs exportations et la valeur de leur stock de dollars. Mais, un jour ou l'autre, cette dépendance ne sera plus supportable. Pourquoi ne pas commencer maintenant à s'en libérer.
Il y a d'autres solutions, et la solution finale sera sans doute un mélange de celles qui précèdent. Mais, nous entrons maintenant dans des discussions qui n'ont plus rien à voir avec la finance, mais avec l'économie politique. Et là, les choses deviennent beaucoup plus subtiles et...politiques. La réunion du G20, le fameux Bretton Woods, devrait bien plus servir à discuter ces questions d'équilibre monétaire internationaux qu'à proposer une nouvelle architecture financière. Nouveauté qui devrait se résumer à quelques retouches ici ou là faute d'avoir un background de réflexions suffisant pour proposer quelque chose de vraiment nouveau.

Les mouvements de capitaux vers la Chine seront dans les semaines à venir l'élément clé des discussions internationales. La Chine s'affirme et entre dans le jeu dangereux de la crise.

Bienvenue dans le Club de Mediapart

Tout·e abonné·e à Mediapart dispose d’un blog et peut exercer sa liberté d’expression dans le respect de notre charte de participation.

Les textes ne sont ni validés, ni modérés en amont de leur publication.

Voir notre charte

À la Une de Mediapart

Journal
La nomination d’Éric Coquerel suscite une polémique parmi les féministes
Plusieurs militantes ont affirmé que le député insoumis, élu jeudi président de la commission des finances, a déjà eu un comportement inapproprié avec des femmes. Mais en l’absence de signalement, aucune enquête n’a abouti. L’intéressé dément, tout en admettant avoir « évolué » depuis #MeToo.
par Lénaïg Bredoux et Mathieu Dejean
Journal — Parlement
Face au RN, gauche et droite se divisent sur la pertinence du « cordon sanitaire »
Désir de « rediabolisation » à gauche, volonté de « respecter le vote des Français » à droite… La rentrée parlementaire inédite place les forces politiques face à la délicate question de l’attitude à adopter face à l’extrême droite.
par Pauline Graulle, Christophe Gueugneau et Ilyes Ramdani
Journal — France
Extrême droite : la semaine de toutes les compromissions
En quelques jours, le parti de Marine le Pen s’est imposé aux postes clés de l’Assemblée nationale, grâce aux votes et aux lâchetés politiques des droites. Une légitimation coupable qui n’augure rien de bon.
par Ellen Salvi
Journal — Culture-Idées
L’historienne Malika Rahal : « La France n’a jamais fait son tournant anticolonialiste »
La scène politique française actuelle est née d’un monde colonial, avec lequel elle n’en a pas terminé, rappelle l’autrice d’un ouvrage important sur 1962, année de l’indépendance de l’Algérie. Un livre qui tombe à pic, à l’heure des réécritures fallacieuses de l’histoire.
par Rachida El Azzouzi

La sélection du Club

Billet de blog
Les services publics ne doivent pas être les victimes de l’inflation
L’inflation galopante rappelle que le monde compte de plus en plus de travailleurs pauvres dans la fonction publique. Les Etats ont pourtant les moyens de financer des services publics de qualité : il faut faire contribuer les plus riches et les multinationales.
par Irene Ovonji-Odida
Billet de blog
Oui, l’inflation s’explique bien par une boucle prix – profits !
Il est difficile d’exonérer le patronat de ces secteurs de l’inflation galopante. C’est pourquoi les mesures de blocage des prix sont nécessaires pour ralentir l’inflation et défendre le pouvoir d’achat des travailleurs. Par Sylvain Billot, statisticien économiste, diplômé de l’Ensae qui forme les administrateurs de l’Insee.
par Economistes Parlement Union Populaire
Billet de blog
Pourquoi les fonctionnaires se font (encore) avoir
3,5 % d'augmentation du point d'indice, c'est bien moins que l'inflation de 5,5%. Mais il y a pire, il y a la communication du gouvernement.
par Camaradepopof
Billet de blog
L’inflation, un poison qui se diffuse lentement
« L’inflation est un masque : elle donne l’illusion de l’aisance, elle gomme les erreurs, elle n’enrichit que les spéculateurs, elle est prime à l’insouciance, potion à court terme et poison à long terme, victoire de la cigale sur la fourmi », J-Y Naudet, 2010.
par Anice Lajnef