La Chine entre en scène

A la suite des Etats-Unis, du Japon et des pays européens, la Chine vient d'annoncer un vaste plan de relance de son économie de 4000 milliards de yuan, soit environ 500 milliards d'euro. Longtemps restée à l'écart de la crise, la Chine fait une entrée fracassante, à la fois en révélant l'ampleur de ses problèmes économiques, et en proposant un plan de relance massif. Mais peut-être les enjeux sont-ils d'abord géopolitiques.

A la suite des Etats-Unis, du Japon et des pays européens, la Chine vient d'annoncer un vaste plan de relance de son économie de 4000 milliards de yuan, soit environ 500 milliards d'euro. Longtemps restée à l'écart de la crise, la Chine fait une entrée fracassante, à la fois en révélant l'ampleur de ses problèmes économiques, et en proposant un plan de relance massif. Mais peut-être les enjeux sont-ils d'abord géopolitiques.

 

La fin du mythe de la décorrélation

 

Le mythe de la décorrélation des marchés a longtemps prévalu dans les milieux financiers. Cette théorie expliquait que la crise toucherait les seuls pays occidentaux, les économies émergentes restant épargnées. On croyait alors que les pays en bonne santé aideraient ceux pris de crise. Et dans cette théorie, la situation chinoise était la plus critique, car la plus importante. Jusqu'aux jeux olympiques, nul signe de ralentissement apparent. Certains s'inquiétaient déjà d'un éventuel surinvestissement, mais rien de probant.

 

Pourtant, les signes étaient déjà là. Un ami me disant que les ventes de voitures commençaient à chuter sérieusement au début de l'été, un chercheur m'indiquant que le système financier n'était pas très sûr et l'économie trop dépendante de celle américaine. Car, cette théorie du découplage aurait pu être vraie si la demande intérieure chinoise avait été suffisamment forte pour remplacer la demande américaine. Mais, la transition vers une économie intérieure n'a pas été assez rapide et le FMI prévoit que la croissance chinoise n'excèdera pas 9% l'année prochaine.
Les risques d'un ralentissement chinois

 

9%, cela reste un beau score, mais méfions-nous car l'économie chinoise est « en rattrapage », et ces chiffres ne sont pas étonnants. Au contraire, la Chine s'est habituée depuis plusieurs années à des croissances à deux chiffres et toute la structure de la société chinoise s'est constituée autour de cette idée : l'année prochaine, il y aura plus de richesse, et de nouvelles personnes pourront y accéder. Une baisse de la croissance, c'est une augmentation massive du chômage, des populations émigrantes, et surtout un coup au rêve chinois. Dans cette crise, ce sont les couches moyennes qui sont le plus touchées : elles perdent leur travail, leur retraite, leur argent. Le système politique chinois a peur des retombées.

 

Il veut à tous prix éviter d'être déstabilisé, et le plan de relance chinois peut être compris sous cet angle : donner du travail à ceux qui en demandent pour éviter de trop fortes tensions sociales. La baisse rapide des taux d'intérêts participe à la même logique.

 

Un package en porte-à-faux

 

Relancer l'économie chinoise, éviter qu'une baisse de régime n'aggrave la spirale dépressioniste, rester là et passer à travers la tempête. Voilà l'ambition chinoise, mais à quel prix ? Car, les 4000 milliards de yuan, d'où viendront-ils ? Le gouvernement chinois est resté discret là-dessus, plusieurs scénarios sont possibles.
Tout d'abord, utiliser l'épargne chinoise, qui est colossale, et dont Bernanke a longtemps pensé qu'elle était à l'origine de la crise actuelle. Il faudrait alors retirer cette épargne des placements où elle se trouve – et où ? - et l'investir dans la société. Mais, le système financier chinois n'est pas aussi performant que celui des pays occidentaux – je veux dire que l'argent ne trouve pas aussi facilement à s'investir, ce qui explique que l'épargne chinoise fuit vers nos économies. Les investissements chinois sont faits par les étrangers, directement, pas par le système financier chinois : pour mettre en place le plan de relance, il faudrait un nouveau système, etc. Pas facile, mais possible.

 

Autre solution, émettre des bons du Trésor. Mais qui serait prêt à les acheter ? Tout le monde se réfugie sur le Dollar, l'ultime refuge, et dans une moindre mesure le Yen et l'Euro. Mais le Yuan ? Les pays asiatiques, peut-être. Peut-être.

 

Ou bien en créant quelques yuans supplémentaires, que l'on financerait à partir des réserves de la banque centrale. Cette dernière a tellement de dollars, qu'elle peut bien en lâcher quelques-uns, histoire de ne pas trop déstabiliser les taux de change. L'inflation est basse, pas trop de risque de ce côté-là. Et la Chine se libèrerait un peu plus de l'emprise américaine : car jusqu'à présent, les chinois se sont montrés conciliants avec les Etats-Unis pour préserver leurs exportations et la valeur de leur stock de dollars. Mais, un jour ou l'autre, cette dépendance ne sera plus supportable. Pourquoi ne pas commencer maintenant à s'en libérer.
Il y a d'autres solutions, et la solution finale sera sans doute un mélange de celles qui précèdent. Mais, nous entrons maintenant dans des discussions qui n'ont plus rien à voir avec la finance, mais avec l'économie politique. Et là, les choses deviennent beaucoup plus subtiles et...politiques. La réunion du G20, le fameux Bretton Woods, devrait bien plus servir à discuter ces questions d'équilibre monétaire internationaux qu'à proposer une nouvelle architecture financière. Nouveauté qui devrait se résumer à quelques retouches ici ou là faute d'avoir un background de réflexions suffisant pour proposer quelque chose de vraiment nouveau.

 

Les mouvements de capitaux vers la Chine seront dans les semaines à venir l'élément clé des discussions internationales. La Chine s'affirme et entre dans le jeu dangereux de la crise.

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